Jamais l’océan Atlantique n’aura paru aussi vaste aux Etats-Unis et à l’Europe qu’en ce début d’année.
L’euphorie qui règne sur les marchés américains n’a d’égale que les mornes perspectives en Europe. Comme le rappelait Jean Marc Vittori dans les Echos vendredi dernier, il faut remonter à la frénésie de la bulle internet aux Etats-Unis pour constater un tel écart entre les deux blocs.
Et l’écart ne cesse de se creuser
Alors que le taux de chômage américain est passé de 10 à 8,1% en quelques mois, l’Europe continue de se débattre au-dessus des 10% en moyenne.
Le cas de l’automobile est particulièrement frappant. Alors que les constructeurs américains ne cessent de se relever en bourse, Ford gagne 16% en 2012, les immatriculations en Europe ont baissé de 9,2% sur un an.
Par conséquent, le marché des métaux, industriels et précieux, a évolué au gré des annonces américaines.
Les matières premières prises entre deux feux
En effet, le come-back de certains secteurs américains a un impact important pour nos matières. C’est particulièrement le cas dans l’automobile.
Le transport par exemple absorbe 26% de la production d’aluminium. Le platine et le palladium sont également essentiels, notamment dans la construction des pots catalytiques. Le contraste des situations en Europe et aux Etats-Unis montre bien que le sort des métaux reste incertain.
Les économies ne repartent pas toutes au même moment. Les métaux ne repartiront pas tous au même rythme.
La Chine fait contrepoids à l’euphorie américaine
En Chine, l’indice Shanghai Composite pique à nouveau du nez depuis fin février (-2%).
Baromètre des matières premières, le faible mais long ralentissement de l’économie chinoise commence à créer quelques incertitudes sur le marché des matières.
Il faut cependant rester prudent
Ce n’est pas parce que les chiffres sont moins bons que prévu qu’il faut obligatoirement voir se dessiner un scénario de hard landing. En arrière-plan, n’oublions pas non plus que Pékin encore largement les moyens d’intervenir pour relancer son activité.
Les métaux soutenus par Wall Street
Une fois n’est pas coutume, il semble que ce soit Wall Street qui soit à la baguette sur le marché des métaux. Comme l’illustre le graphe, le tracker sur les métaux est, sur le mois de mars, davantage corrélé au marché américain qu’à l’indice chinois.
Comparaison du tracker métaux iPath Industrial Metals (en bleu),
avec le S&P 500 (en marron) et le Shanghai Composite (en vert)
Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Le cas de l’aluminium est ici un cas d’école. Le métal croît de +2,60% sur la semaine, alors que les importations américaines ont bondi de +43% en janvier. Les cours retrouvent leur niveau d’il y a six mois, autour de 2 100 $ la tonne.
Autre facteur, les réductions des capacités de production effectuées par Rio Tinto, Alcoa ou encore Norsk Hydro commencent à porter leurs fruits.
L’étain pour sa part gagne 5%. C’est encore une fois l’Indonésie qui donne le tempo sur le marché. Le comité indonésien de l’étain vient de déclarer vouloir freiner les exportations du métal.
Pékin joue encore un rôle
Néanmoins, les inquiétudes autour de la Chine continuent de peser sur certains métaux.
Ainsi le cuivre reste dans l’expectative. Le trou béant du commerce extérieur chinois le mois dernier aurait dû peser sur les cours. Pour l’instant, la faiblesse des stocks en Europe permet au métal de gagner plus de 2% sur la semaine.
Le plomb continue d’être déprimé devant les mauvais chiffres chinois, et progresse d’un maigre 0,71%.
Le nickel enregistre un +2,12% sur la semaine, mais pourrait régresser, alors que la consommation chinoise ralentit.
Le maïs en fanfare
La Chine fait le bonheur des paysans.
Les prix du maïs ont atteint un nouveau record sur le marché chinois de Dalian. Ce record a amené les investisseurs à anticiper de nouvelles importations de Pékin. Les cours à Chicago ont ainsi bondi de +3,81% sur la semaine.
Le soja a pour sa part augmenté de 2,32%, toujours poussé dans le dos par la demande chinoise.
Le blé pourrait connaître quelques perturbations, alors que la sécheresse menace l’Europe. Des pays comme la France, la Norvège et l’Espagne n’ont reçu que 25% des précipitations moyennes habituelles en février. Le blé rencontre ainsi la plus forte hausse de la semaine dans l’agriculture, avec un +4,22%.
Le coton a fait les gros titres cette semaine, alors que l’Inde a été obligée de revenir sur sa volonté d’interdire les exportations. Mais au-delà de ça, le niveau des stocks pourrait être surestimé, et celui de la demande chinoise revu à la hausse. Donc un accroissement est à attendre.
Le sucre augmente également, alors que des rumeurs laissent présager un retard dans le début des récoltes au Brésil.
Pétrole, Washington va-t-il intervenir ?
Le pétrole est toujours pris entre deux feux.
D’une part, l’amélioration de la situation aux Etats-Unis et la poursuite des importations de pétrole en Chine pourraient justifier un maintien du baril au-dessus des 120 $.
A l’inverse, l’incertitude autour de la croissance chinoise et la baisse de la consommation mondiale devraient conduire à un apaisement des cours.
Les récentes discussions entre les Etats-Unis et l’Angleterre à propos de l’utilisation des stocks stratégiques laissent entrevoir des mesures fortes pour faire baisser les cours. L’Arabie saoudite pourrait ainsi être incitée à intervenir de son propre chef, afin d’empêcher une action unilatérale des pays développés. D’ailleurs, Riyad vient d’annoncer aujourd’hui des mesures à venir pour faire baisser les prix.
Précieux, le platine tire son épingle du jeu
Pour la première fois depuis six mois, le prix du platine est passé devant celui de l’or. L’once cote 1 670 $, contre 1 660 $ pour l’or. La principale explication tient au fait que le marché a été amputé de 1,6% de sa production, après le mouvement de grève en Afrique du Sud chez le minier Impala.
Ce croisement des courbes s’explique aussi par la correction sur les marchés de l’or et de l’argent. Ce métal précieux, très volatil, perd ainsi plus de 5% sur la semaine. Pour une explication plus précise, je vous renvoie à l’Edito du 14 mars, que vous retrouverez ici.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 09/03/2012 |
Vendredi 16/03/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 207 | 2 265 | 2,63% |
| Cuivre* | 8 394 | 8 593 | 2,37% |
| Plomb* | 2 116 | 2 131 | 0,71% |
| Nickel* | 18 870 | 19 270 | 2,12% |
| Etain | 22 660 | 23 800 | 5,03% |
| Zinc* | 2 047 | 2 092 | 2,20% |
| Acier (Méditerranéen) * | 520 | 505 | -2,88% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
106,71 | 106,79 | 0,07% |
| Or (spot Comex) | 1 713 | 1 660 | -3,09% |
| Argent spot Comex) | 34,32 | 32,56 | -5,13% |
| Platine (spot Comex) | 1 683 | 1 670 | -0,77% |
| Palladium (spot Comex) | 708 | 699 | -1,27% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,4 | 6,67 | 4,22% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,45 | 6,70 | 3,81% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
13,37 | 13,68 | 2,32% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



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