Les marchés n’en finissent plus de célébrer le retour de la croissance chinoise. Les chiffres des exportations chinoises publiés vendredi dernier, en hausse de 14% sur le mois de décembre, sont venus cristalliser cette séquence d’euphorie.
Les matières premières ont ainsi renoué avec l’optimisme, symbolisé par le retour à l’équilibre des comptes du premier producteur d’aluminium au monde, Alcoa.
Ce mélange d’apaisement, devant la perspective de bonnes performances économiques, et de nostalgie, remontant aux fastes des années 2000 et des croissances à deux chiffres, est tout autant réjouissant que préoccupant. Car ce sentiment est loin d’être partagé en Chine.
Le rebond de la croissance économique s’est accompagné d’une hausse de l’inflation, ce qui n’a pas manqué d’inquiéter les dirigeants chinois. Cette hausse est d’abord le résultat d’un événement ponctuel. La Chine connaît actuellement une vague de froid parmi les plus graves depuis 30 ans. Ainsi le prix de l’énergie est en hausse, ainsi que celui des prix alimentaires.
L’inflation, qui s’est considérablement ralentie en 2012, à 2,5% alors qu’elle était au-dessus des 5% en 2011, a repris de la vigueur en décembre. Avec la reprise économique en cours, le mouvement pourrait se prolonger bien après le ralentissement de la vague de froid. Joy Yang, économiste chez Mirae Asset Securities, souligne que “nous nous attendons à ce que l’inflation augmente progressivement sur l’année 2013″.
C’est pourquoi le rythme de croissance de l’économie chinoise devrait rapidement ralentir. L’Etat et la Banque centrale n’hésiteront pas à freiner l’activité en cas de dérapage de l’inflation, à l’instar de la politique contra-cyclique qui a été menée en 2011. D’ailleurs, les économistes chinois ne s’attendent pas à une reprise forte en 2013, pronostiquant une croissance entre 8 et 8,5%.
Cette vigilance se manifeste déjà dans le cours des matières premières, notamment des métaux, dont l’ascension fulgurante de ce début d’année a été stoppée nette. Les seules hausses sont le fait de problème d’offre plutôt que de demande.
Les métaux stoppés net dans leur ascension
Les métaux ont symbolisé cette ambivalence à propos de la reprise chinoise. Après un pic le 2 janvier dernier, le LME, la Bourse des métaux de Londres, a vu son cours s’effriter, et perdre 2% depuis. Depuis une semaine, on se rend compte que les cours ont été au final quasi stables, coincés entre bonnes nouvelles économiques, inquiétudes pour les semaines à venir et héritage de 2012.
Côté signes positifs, Stephen Briggs, l’analyste matières premières de la BNP, analyse que “l’affaiblissement du dollar et [la publication] d’indicateurs économiques dans l’ensemble encourageants, en particulier les chiffres du commerce extérieur de la Chine pour décembre” ont aidé les métaux. De même, l’affaiblissement du dollar a aidé les importations de métaux.
Côté négatif, la bonne orientation des métaux s’est essoufflée dès jeudi, pour deux raisons. D’abord, les investisseurs ont pris leurs bénéfices en fin de semaine sur les métaux. Ensuite, le regain d’inflation a commencé à instiller le doute chez les investisseurs. Le marché “s’est essoufflé (vendredi), tiré vers le bas par la faiblesse des places boursières asiatiques après l’annonce d’un bond de l’inflation en Chine à son plus haut niveau en sept mois”, a souligné Edward Meir, analyste du courtier INTL FCStone.
Ainsi sur cette semaine, le cuivre reste quasiment à l’équilibre. Il faut noter cependant que le cuivre ne progresse pas, également parce que la Chine a accumulé en 2012 des stocks de cuivre conséquents. Seul l’étain continue son parcours de métal non conformiste, tiré vers le haut par les barrières commerciales mises en place par l’Indonésie, le premier producteur.
Le fer est également en hausse. Mais comme je vous le confiais la semaine dernière dans l’Edito Matières Premières & Devises, la hausse devrait rapidement ralentir. En fin de semaine, on a appris de surcroît que plusieurs mines indiennes étaient à l’arrêt. Or l’Inde importe 15% du fer mondial. Une raison de voir les cours progresser artificiellement.
Les métaux précieux réalisent la bonne opération
Malgré la bonne tenue de la Bourse outre-Atlantique, l’or a eu du mal à profiter de l’élan. Plus petite progression de la semaine parmi les métaux précieux, l’or est victime de la déclaration de la Fed qui a estimé que les risques de voir l’inflation se redresser en 2013 étaient faibles. Seule la baisse du dollar, face à un euro que la BCE n’entend pas pour l’instant faire baisser, a aidé le métal jaune à progresser.
Le contraste est frappant avec les platinoïdes, qui continuent leur progression. Cette hausse est ici très corrélée avec les bonnes nouvelles en provenance de Chine. La reprise du marché chinois, notamment des ventes d’automobiles, va profiter à fond aux platinoïdes qui sont un élément de plus en plus indispensable à ce marché.
[NDLR : Matières à Profits a repéré pour vous un producteur de palladium qui saura en particulier profiter de la reprise chinoise en 2013 et 2014. Intimement lié au marché automobile, ce métal saura capter en particulier la croissance des pays émergents. Attendue en hausse de 7% en 2013 dans le marché automobile, contre 1% pour le platine, une valeur en particulier saura profiter de ce marché. Pour en profiter vous aussi, abonnez-vous à Matières à Profits].
L’USDA fait progresser l’agriculture
L’agriculture est, avec les métaux précieux, le secteur gagnant de la semaine. Pourtant comme nous l’avons vu la semaine dernière, le rebond du marché était attendu, ne serait-ce parce que les cours étaient tombés trop bas compte tenu des fondamentaux. C’est ce qu’a confirmé vendredi dernier l’USDA, l’agence de l’Agriculture américaine. Son rapport mensuel a annoncé que les stocks américains de maïs de décembre ont baissé comparé aux attentes. Les stocks se sont établis à 8,03 milliards de boisseaux, contre 8,28 attendus.
L’explication est le maintien d’une demande de nourriture animal forte, qui a compensé le ralentissement des exportations. Le marché du maïs se révèle être ainsi particulièrement tendu, sensible à la moindre intempérie.
Du côté du blé, le rapport a enfin amené la preuve que la sécheresse américaine de cet été continue d’influencer le marché. Les emblavements de blé tendre sont en dessous des attentes selon Agritel, du fait d’un déficit hydrique encore fort sur les blés d’hiver,
Ryad revient à la normal sur le pétrole
La décision la semaine dernière de l’Arabie Saoudite de réduire de 5% sa production a eu l’effet escompté sur le marché du pétrole. Le WTI progresse ainsi de plus de 1,39%. Malgré la demande chinoise de pétrole qui pourrait progresser dans les semaines à venir, les analystes estiment que le marché est en surplus.
L’OPEP avait augmenté sa production pour rassurer les marchés devant la mise en banc de l’Iran. Ainsi le mouvement actuel apparaît adapté à la situation, maintenant que tout risque de flambée des cours du brut a été écarté. Le WTI pourrait amorcer sa décrue prochainement.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 04 janvier 2013 |
Vendredi
11 janvier 2013 |
Variation
hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 088 | 2 116 |
1,34% |
| Cuivre* | 8 059 | 8 089 | 0,37% |
| Plomb* | 2 354 | 2 332 | -0,93% |
| Nickel* | 17 400 | 17 400 | 0,00% |
| Etain | 23 925 | 24 700 | 3,24% |
| Zinc* | 2 054 | 2 035 | -0,93% |
| Acier (Méditerranéen) * | 270 |
294 |
8,89% |
| Pétrole light
(New York 1 mois) |
92,6 | 93,89 | 1,39% |
| Or (spot Comex) | 1 655,1 | 1 669 | 0,84% |
| Argent spot Comex) | 30,05 | 30,75 |
2,33% |
| Platine (spot Comex) | 1 557 | 1 633 | 4,88% |
| Palladium (spot Comex) | 682 | 698 | 2,35% |
| Blé
(le boisseau sur le Cbot) |
7,51 | 7,68 | 2,26% |
| Maïs
(le boisseau sur le Cbot) |
6,846 |
7,21 |
5,32% |
| Soja
(le boisseau sur le Cbot) |
13,99 | 14,34 |
2,50% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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