La scène se passe à Pékin, le 8 mars 2011.
Derrière le comptoir, John Culver, président de Starbucks Coffe International, tend un gobelet rempli de café à une jeune Chinoise. Les flashs crépitent alors, la jeune Chinoise vit ses cinq secondes de célébrité et John Culver tend encore un peu plus son sourire. L’opération de communication est un succès.
En 2011, les prix du café étaient attendus plus que jamais à la hausse. Les Chinois amorçaient leur conversion au breuvage noir, et l’arrivée d’1,5 milliard de consommateurs sur ce marché laissait libre cours à tous les fantasmes économiques. Un mois après, effectivement, le café atteignait un record historique, à près de 3$ la livre (2,99$ pour être exact).
Pourtant depuis ce pic, les cours n’ont cessé de chuter. L’année 2012 a été l’année de toutes les désillusions. Les spéculateurs avaient un peu trop vite oublié que le prix d’un marché est le fruit d’une demande… et d’une offre. Or l’offre a été plus qu’abondante.
En ce début d’année 2013, l’espoir renaît à nouveau. Tombés au fond du gouffre, les cours sont désormais incapables de descendre plus bas. Et les facteurs de hausse se profilent. Voici comment profiter d’un marché qui commence tout juste à remonter la pente.
Le Brésil inonde le marché
Depuis avril 2011, les prix ont perdu près de 50% de leur valeur sur le marché spot de New York. La raison est simple : l’Amérique du Sud a connu une production record. Celle du Brésil a augmenté fortement, pour atteindre les 50 millions de sacs (soit environ plus ou moins 3 millions de tonnes).
La surprise est venue de Colombie, le deuxième producteur mondial. Malmenée trois années de suite par de mauvaises conditions météorologiques, le pays était devenu un des principaux facteurs haussiers du marché. Pourtant en 2012, alors que la récolte était une nouvelle fois en deçà de ses niveaux historiques, à 11 millions de tonnes, les acheteurs ont trouvé une alternative, l’Amérique centrale. Cette situation a provoqué le délestage des fonds spéculatifs sur le café au printemps, ce qui a accéléré la chute des prix.
Le retour de l’optimisme
Résultat, les cours ont touché en décembre un point bas historique, sous les 1,40$. Car désormais, pour l’Organisation Internationale du Café (ICO), “le potentiel d’une nouvelle correction à la baisse des prix est limité”.
L’ICO ne tire pas son pronostique d’une lecture dans le marc de café, mais plutôt d’une analyse des récoltes des principaux producteurs américains. “Certains pays d’Amérique centrale ont été affectés par de mauvaises conditions climatiques, ainsi que par la peste du caféier, en particulier la rouille des feuilles de café et le scolyte des baies du caféier, ce qui pourraient avoir un impact sur la production à venir”.
l’ICO a ainsi réduit ses prévisions de production d’1,9 million de sacs pour la récolte 2012-2013. Ainsi, les cours ne vont pas se contenter de stagner, mais pourraient rapidement repartir à la hausse.
Les banques suivent l’ICO
Dans leurs grandes prévisions pour 2013, les banques ont placé traditionnellement le cuivre et le pétrole parmi leurs grands favoris des matières premières de 2013. Mais à la dernière minute est venu s’ajouter le café.
Pour Barclays, alors que les cours sont passés sous les 140 cents, “il y a un potentiel de rebond des prix”. Alors que l’ICO s’attend tout de même à une progression de 8,4%, la banque, elle, table une progression de seulement 6,4%. Car en plus de la baisse de la récolte en Amérique centrale, Barclays estime que la production colombienne s’établira une nouvelle fois loin cette année de son niveau historique, ce qui privera le marché de plusieurs millions de sacs de café.
C’est peut-être ce qui explique que le négociant français, Louis Dreyfus, s’est justement jeté sur la production colombienne 2012-2013, en pronostiquant que les cours remonteraient. Le groupe français a déjà mis la main sur 6% de la production, faisant naître le soupçon que le négociant s’apprête à stocker cette production pour attendre que les cours remontent au printemps prochain.
Et selon l’analyse technique, cette hausse a déjà commencé…
Marché spot du café
Source : stansberryresearch.com
- Le cours a cassé par le haut fin décembre le biseau descendant (lignes bleues) dans lequel il était installé depuis septembre. Après une légère correction, le cours a rebondi et est désormais orienté à la hausse.
- Le cours devrait passer sans difficulté la résistance mineure des 1,65$, pour buter contre les 1,85$. Ce scénario validerait une hausse de 30% des cours en quelques semaines, signe que le marché redevient haussier.
Mon conseil
Je n’ai pas l’habitude de vous recommander des investissements à court terme. Si les cours de l’arabica sont effectivement orientés à la hausse, ils le sont également à long terme. Le timing est donc excellent pour se positionner !
Car l’arrivée de la Chine sur le marché du café est une donnée structurelle. Ce n’est pas le fruit du hasard si Starbucks va faire passer le nombre de ses établissements en Chine de 800 à 1 500 en 2015. Car, d’ici 2020, le marché du café devrait peser près de 116 milliards d’euros selon l’Association internationale du Café à Pékin.
Pour profiter de la remontée des prix, je vous conseille de miser sur les compagnies qui vendent les catégories haut de gamme du café, comme Green Mountain Coffee Roasters (NASDAQ, code : GMCR). Ce type de compagnie ne sera pas affecté par la remontée des cours grâce à sa position de niche sur le haut de gamme, et profitera de la hausse du marché à l’international.
[NDLR : Notre lettre spécialisée sur les matières, Matières à Profits, suit en continu les marchés des matières premières. Or depuis deux mois, le super cycle des matières premières est en train de repartir au diapason de la reprise chinoise. Pour profiter des meilleures opportunités, abonnez-vous à Matières à Profits.]



Laissez un commentaire