Chroniques émergentes : Chine, la révolution du pétard mouillé

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Et hop, une nouvelle pelletée de terre sur la tombe de Mao… (sauf que le corps de celui-ci, momifié, est exposé dans un grandiose mausolée construit en son honneur).

Le 12 novembre dernier s’est achevé le troisième plénum du dix-huitième Comité central du Parti communiste chargé de fixer la politique économique et sociale du pays pour les années qui viennent. Un événement très attendu. Tout d’abord parce qu’il était un test pour le chef du PCC, Xi Jinping. On le dit réformateur ? Mais qu’en est-il vraiment ? Et si réformes il y a, comment les imposer dans un pays tel que la Chine, dominé par les membres du Parti et les gouvernements locaux ? La Chine est un énorme paquebot difficile à manoeuvrer.

Ce plenium était d’autant plus attendu que les précédents de 1978 et 1993 étaient dans tous les esprits. En 1978, le troisième plenium (soit la troisième réunion de tous les membres du comité central du PCC) avait lancé la politique de développement économique de Deng Xiaoping. En 1993, sous la conduite de Jiang Zemin, la Chine se lance dans l’économie de marché et s’ouvre à l’extérieur.

Une réunion qui arrive alors que la Chine est loin d’avoir dissipé tous les doutes qui pèsent sur son économie. Certes, depuis la fin de l’été, les chiffres sont meilleurs que prévus, signe d’une reprise économique en cours mais le pays est encore confronté à de nombreux enjeux de taille : passé d’une croissance à deux chiffres avant la crise de 2008, l’empire du Milieu doit maintenant se contenter d’un PIB en progression de 7,5%.

A ce ralentissement de la croissance, il faut ajouter les risques induits par l’explosion du crédit et de l’endettement, des prix de l’immobilier ou encore des créances douteuses. La Chine est dans une passe dangereuse, à chemin entre une économie exportatrice et une économie reposant sur son marché intérieur. Et Pékin doit à la fois soutenir la croissance et limiter les risques de bulle, d’inflation ou les excès d’endettement. Un véritable jeu d’équilibriste dans lequel chaque erreur se paie comptant.

Nouvelle ouverture au marché…
Le plenium, qui s’est déroulé entre le 9 et le 12 novembre dernier, a accouché d’un rapport d’une vingtaine de pages détaillant un peu plus les objectifs de Pékin et sur lequel se sont jetés tout ce que la planète compte de commentateurs économiques. Le problème est que celui-ci est plutôt cryptique, dans le style même employé par des décennies par le PCC, et donc pas le plus clair au monde. Commentateurs et analystes s’acharnent donc depuis sur ce texte pour essayer d’y lire les intentions des dirigeants chinois.

Quelques pistes se dégagent. Première d’entre elles, une plus grande place, accordée au “marché”. Ce qui peut signifier peu ou beaucoup de choses. Apparemment, certains secteurs jusque-là réservés aux entreprises d’Etat s’ouvriraient aux entreprises privées et aux investissements étrangers. Sont concernés le transport aussi bien ferroviaire qu’aérien, les télécoms, l’énergie ou encore la finance. Mais tout ceci en rappelant le rôle prépondérant dévolu à l’Etat. N’allez tout de même croire que la Chine abandonne son dirigisme.

Autres mesures évoquées : l’assouplissement de la politique de l’enfant unique ou encore du système de contrôle des déplacements sur le territoire et du séjour des ruraux en ville, la poursuite de la convertibilité du yuan ou encore une réforme du système agraire.

De la différence entre croissance et démocratie
De quoi en rendre certains très très enthousiastes. “La version intégrale [du rapport] lève de nombreuses incertitudes et répond à beaucoup de questions, l’ampleur des réformes excède largement les attentes des investisseurs”, déclarait dans Le Figaro Jaibin Zhu, économiste de J.P. Morgan pour la Chine. Wei Yao, l’analyste de la Société Générale, est encore plus confiant : “Nous sommes impressionnés par le volontarisme des nouveaux dirigeants et nous sommes plus optimistes quant aux perspectives à long terme de la Chine”.

Il nous faut faire le tri dans les commentaires enthousiastes. Ils partent du principe que seule une plus grande intervention du marché peut conduire à une croissance économique durable et ils saluent toute évolution allant dans cette direction. Mais la Chine échappe en grande partie au modèle voulant que croissance, libéralisme et démocratie marchent main dans la main.

Le problème, c’est qu’au-delà de ces déclarations d’intention, ni calendrier ni mesures précises n’ont été indiqués. Or si Xi Jinping veut vraiment mettre en oeuvre les promesses contenues dans ce rapport, il va devoir affronter une forte opposition, non seulement au sein du Parti lui-même mais aussi de la part des gouvernements locaux ou encore des entreprises d’Etat qui ne vont pas abandonner de gaieté de coeur leur monopole.

Stabilité sociale et maintien du pouvoir en place
Et ce d’autant plus que la direction du PCC ne veut en aucun cas déstabiliser profondément le pays. La stabilité sociale reste une priorité absolue. Le Premier ministre chinois, Li Keqiang a rappelé il y a deux semaines que la Chine avait besoin d’une croissance d’au moins 7,2% pour maintenir un taux de chômage à 4% dans les zones urbaines. Ce qui représente tout de même 10 millions d’emplois supplémentaires à créer chaque année.

Outre la stabilité politique, c’est aussi celle de l’Etat que les dirigeants du PCC veulent préserver. Je vous le disais le compte-rendu du plenium insiste sur le rôle prépondérant de l’Etat en matière d’économie. Et comme le rappelle Le Monde, libéralisation économique ne signifie pas démocratisation : “Mais cela n’augure pas nécessairement d’un bouleversement radical, tant, depuis la fin des années 2000, et en particulier depuis l’avènement de la nouvelle équipe dirigeante, le Parti semble arc-bouté sur son pouvoir“.

Il est toujours réticent à laisser davantage d’espace à la société civile ou à toute ébauche d’organisation concurrente, ce qui indique combien sont puissantes les résistances. L’heure n’est pas aux réformes politiques, et les voix dissidentes ou critiques continueront d’être traquées“.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Sur le fond, le compte-rendu du plenium ne nous apprend pas grand-chose sur la direction donnée à l’économie chinoise. Il confirme la volonté de Pékin de maintenir sa croissance à un niveau élevé, à encourager le développement de la classe moyenne, la consommation, l’urbanisation ou encore de développer une économie plus “verte”.

Comme le rappelle Gabriel Gresillon, dans Les Echos, ces grandes orientations devraient profiter à des groupes français, et en particulier à deux secteurs : celui de la consommation et celui de l’urbanisation (avec une forte connotation environnementale). Des groupes comme Alstom, Veolia ou Suez pourront profiter des besoins croissants du pays en matière de transports, gestion des déchets, transport et traitement de l’eau ou encore en énergie renouvelable.

Première parution dans La Quotidienne d’Agora du 19/11/2013.

 

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Cécile Chevré

Rédactrice en Chef de Défis & Profits
Cécile Chevré est titulaire d'un DEA d'histoire de l'EPHE et d'un DESS d'ingénierie documentaire de l'INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Elle est également rédactrice en chef de Défis & Profits.

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