Avec un coût du Kwh moins cher de 20 à 25% que le nucléaire, des émissions de CO2 quasi nulles et une énergie régulière toute la journée, la géothermie concentre à première vue les avantages du pétrole avec ceux des énergies renouvelables. Etonnement oublié depuis les années 1990, le secteur de la géothermie en France bout à nouveau.
Fonroche mène la danse
Tous les regards sont tournés cette année vers la société Roquette, fabricant d’amidon. L’équipe que le groupe agroalimentaire forme avec la société Ecogi — dont EDF est partie prenante — et la Caisse des Dépôts viennent de lancer le premier forage de la future centrale géothermique de Rittershoffen (Bas-Rhin).
L’ambition de projet est d’alimenter en chaleur l’amidonnerie de l’usine située à Beinheim, dans le Bas-Rhin. Si ce projet est une première en France, la géothermie attire de plus en plus d’acteurs. Depuis deux ans, les autorisations de forage délivrées par l’Etat se sont multipliées. 10 permis de recherche pourraient être attribués rien que pour cette année et 10 autres sont en train d’être étudiés.
Un des acteurs les plus en vue dans cette relance concerne le spécialiste du solaire, Fonroche, qui a déposé à lui seul 8 permis de forer. Un permis lui a été accordé cette année à Pau, et un autre pour un projet à Strasbourg. Dans cette dernière ville, la société devrait forer à 4 000 mètres de profondeur pour y récupérer une des autres richesses profondes de la terre : de l’eau à 150 degrés Celsius. Car la géothermie, c’est est aussi simple que ça.
Il s’agit d’avoir accès en forant à des réservoirs d’eau chaude présents jusqu’à 6 000 mètres de profondeur. On remonte ensuite l’eau en surface, pour la “turbiner” (comprenez l’utiliser dans des turbines) et produire de l’électricité. L’eau peut également être utilisée comme moyen de chauffage. Toute la difficulté est de trouver une nappe d’eau chaude suffisamment importante pour pouvoir y réinjecter l’eau froide et de construire ainsi un circuit fermé. Aux côtés de Fonroche, les acteurs comme EDF, propriétaire de la seule centrale géothermique en France métropolitaine située à Soultz-sous-Forêts dans le Bas-Rhin, ou GDF s’y mettent.
10 000 emplois en 10 ans
Le potentiel affiché par les industriels fait effectivement envie. Si les forages de Fonroche dans le quartier strabourgeois de Hautepierre sont fructueux, la société pourrait fournir près de 80% de l’eau chaude de Strasbourg. Pour exploiter ce potentiel en France, le groupe s’est dit prêt à investir près de 400 millions d’euros dans le secteur. Au total, Fonroche estime que le marché pourrait permettre de créer jusqu’à 10 000 d’emplois d’ici 10 ans.
Outre son faible coût et son atout social, la géothermie a l’avantage d’être une énergie qui n’a pas besoin de matières premières pour produire de l’électricité, comme le biogaz, le bois énergie ou pire encore la centrale à gaz. En outre, c’est une source d’énergie qui est décentralisée. Chère au chercheur Jeremy Rifkin, la décentralisation de l’énergie permet d’économiser les coûts de transports de l’énergie, et mène vers une gestion plus locale de l’énergie.
On comprend que le gouvernement s’y soit intéressé. Le Grenelle de l’Environnement avait fixé pour objectif la multiplication par six de la production de chaleur par géothermie, avec pour objectif la production de 80 mégawatts dans l’électricité d’ici à 2020.
Le Texas de la géothermie n’est pas en France
Pour l’instant, beaucoup reste à faire. La part de la géothermie dans le mix énergétique français n’est encore que de 0,2%. Outre Soultz-sous-Forêts, la seule centrale d’envergure fonctionne en Guadeloupe, à Bouillante. Elle possède une capacité de 16,5 MW. Or cette centrale connaît régulièrement des problèmes techniques. Et EDF a annoncé cette année l’abandon de son projet sur l’île Dominique, dans les Caraïbes, probablement pour des raisons financières.
Surtout, les projets présentés peinent à convaincre. L’appel à manifestation d’intérêt géothermie lancé fin 2011 dans le cadre des investissements d’avenir s’est soldé par un succès mitigé. Seul deux projets auraient été retenus.
Pour miser sur la géothermie, c’est de l’autre côté des frontières qu’il faut chercher. Ainsi l’Islande est le “Texas de la géothermie” selon le titre d’un article de L’Usine Nouvelle. En Islande, il suffit de forer à 2 000 mètres de profondeur pour atteindre une eau à 240 degrés Celsius. Et 500 mètres suffisent pour une eau à 150 degrés Celsius, nécessaire pour produire de l’électricité. Les coûts de l’électricité sont ainsi particulièrement bas, entre 1,5 et 1,8 cent contre 8,7 cents pour Gaz de France.
Zones à ressources géothermiques
Selon une étude de l’Ademe et de Capgemini Consulting, ce n’est pas en Europe que la progression de la géothermie sera la plus forte à l’horizon 2023, mais en Afrique ou en Asie-Pacifique. Le marché mondial de l’électricité géothermique pourrait d’ailleurs plus que doubler d’ici 2023. Il pèserait alors 3,3 milliards de dollars par an. Avec une capacité de 11 000 MW installés actuellement, on mesure le potentiel. Plus inquiétant, l’Islande, l’Italie, les Etats-Unis et le Japon sont déjà bien partis pour imposer leur offre industrielle à ces pays.
Mon conseil
Les géants de la géothermie pour l’instant ne sont pas français. Il s’agit de l’Indonésien Pertamina ou de l’Islandais Reykjavik Energy. D’autres acteurs sont déjà actifs sur les marchés, comme Waterfurnace Renewable Energy (WFI : TSX).
Si le démarrage de ce marché a été moins fort que prévu du fait de l’effondrement des prix du pétrole en 2008, la géothermie reste un marché en forte progression. Alors que les prix du Brent sont à nouveau au-dessus des 110$, il est peut-être temps de se pencher sur ce marché.
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