La jalousie n’est pas le monopole d’Anna Mouglalis et de Louis Garrel cette semaine. Un autre acteur brûle probablement de jalousie depuis la rencontre de deux hommes un peu moins célèbres, Paolo Scaroni et Bijan Namdar Zanganeh. Le directeur de la major italienne Eni a effectivement rencontré le ministre du pétrole iranien Bijan Namdar Zanganeh.
Ryad a raison de se faire du souci, car les deux acteurs entretiennent une liaison depuis plusieurs années. Si Eni était jusque-là restée discrète sur ses affaires en Iran du fait des sanctions contre le régime des mollahs, elle peut désormais afficher ses ambitions devant les caméras depuis que l’Iran a signé un accord de six mois avec les pays occidentaux sur son programme nucléaire. Eni pourrait ainsi investir dans de nouveaux projets pétroliers ou gaziers en Iran.
Avec le retour de l’Iran sur le marché — qu’un accord de long terme assurerait définitivement — le marché pourrait être submergé de pétrole. On comprend l’inquiétude de l’Arabie Saoudite et des autres monarchies du Golfe.
L’Iran et l’Irak au banc des accusés
Si l’Iran revenait sur les marchés, ce serait un million de barils supplémentaires qui seraient produits pour rattraper le niveau de production d’avant les sanctions, voire plus en cas d’investissements massifs.
Cette vision fait à double titre peur à l’Arabie Saoudite. D’une part, Ryad n’a jamais autant produit de pétrole. Cette décision provient de son souci de compenser la chute de la production syrienne et surtout libyenne.
D’autre part, l’Arabie Saoudite sait que Téhéran ne saura pas faire montre de la même rigueur qu’elle sur l’application des quotas de production de l’OPEP. L’Iran fait partie du camp des “faucons” de l’OPEP, de ces pays où le besoin de récupérer des devises est tellement important que le gouvernement est prêt à ouvrir les vannes des puits pour vendre un maximum de pétrole. Le risque est de voir les prix chuter. A l’inverse, l’Arabie Saoudite fait partie de ces “colombes”, capables de respecter ses quotas pour maintenir un certain de niveau de prix.
D’ailleurs, l’Iran ne craint pas une éventuelle “guerre des prix”. Le ministre du pétrole iranien a déclaré cette semaine que “dans tous les cas, nous atteindrons 4 millions de barils par jour même si les prix tombent à 20$ le baril”.
L’année n’est décidément pas faste pour l’Arabie Saoudite, car l’essor du pétrole de schiste est également en train de rogner ses marges.
Le Moyen-Orient touché à son tour
Jusque-là, la plupart des analystes soulignaient que le pétrole africain entrait directement en concurrence avec la production américaine de shale oil. Les raffineries de la côte est américaine se privaient volontiers du pétrole nigérian au profit du nouveau pétrole texan. Mais comme l’explique Robin Mills, à la tête du consultant dubaïote Manaar Energy, “jusqu’à maintenant, les pays africains de l’OPEP portaient l’essentiel du fardeau du [pétrole] de schiste avec un rabais de 10 à 20$ par baril, mais le schiste commence à devenir inquiétant pour les membres du Golfe à leur tour”.
Les prix pratiqués par Ryad et Bagdad (représentés par l’indice Argus Sour Crude), ont chuté de 18% depuis mi-septembre. Sur les 2 millions de barils de pétrole saoudien, irakien et koweitien acheminés quotidiennement vers les Etats-Unis, c’est un manque à gagner de 50 millions de dollars par jour. Pour l’instant, les membres de l’OPEP qui se sont réunis cette semaine à Vienne ont décidé de ne pas modifier leurs quotas de production. Mais les forces du marché pourraient les contraindre à changer leur fusil d’épaule.
Quels scénarios à venir ?
Je l’ai souvent écrit, c’est l’OPEP qui tient entre ses mains l’avenir du pétrole à long terme, grâce à ses réserves et à sa capacité à influencer les prix. Toutefois, à court et moyen terme, l’horizon est plus sombre. Soit les pays de l’OPEP intègrent les ambitions de l’Iran et de l’Irak et acceptent de produire moins, soit ils décident de réorienter leur exportations vers l’Asie, où les prix sont bien plus élevés. Comme le souligne le Financial Times, les pays du Golfe sont cependant liés aux Etats-Unis. Ils ont massivement investi dans les raffineries américaines, et bénéficient de la protection militaire américaine en tant que fournisseurs de brut.
Le plus probable, dans un avenir court, est de voir les prix du WTI continuer à baisser. Cette hypothèse ne serait cependant pas forcément une mauvaise nouvelle pour le Golfe — et ce à long terme.”Vous savez ce qu’il va se passer si les prix [du pétrole] vont à 20$ ? Vous savez combien de pays arrêteront de produire, dont le pétrole de schiste, dont les sables bitumineux du Canada ou du presel [brésilien]. Ils disparaîtront tous”, a prédit le ministre du pétrole saoudien, Ali al-Naimi.



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