Come-back chinois dans l’énergie !

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Dans quel cycle les matières premières entrent-elles ? Si un seul mot devait résumer l’état du marché actuellement, ce serait : incertitude. Depuis un mois, les grandes institutions internationales, du FMI à la Banque asiatique de développement en passant par l’OPEP, ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance, laissant augurer une moindre consommation de matières premières pour le quatrième trimestre 2012. Aujourd’hui, c’est la Banque mondiale qui a abaissé ses perspectives de croissance sur la Chine. Selon l’institution de Washington, la croissance pour 2012 devrait s’établir à 7,7%, contre 8,2% initialement prévue. Le déclin de la Chine a largement été à l’origine de la chute des métaux cette année. Le FTSE mining, l’indice des minières, affiche une baisse de quasiment 8% sur l’année 2012. C’est pourquoi le 18e congrès prévu pour le 8 novembre prochain, et qui verra le renouvellement de l’exécutif chinois, est attendu avec impatience. Seule la nouvelle équipe sera capable de donner un peu plus de visibilité aux investisseurs.

Coïncidence du calendrier, les Etats-Unis éliront leur prochain président seulement deux jours avant cette date. Les deux plus grandes puissances du monde changeront ainsi de dirigeants la même semaine. Beaucoup d’incertitudes seront alors levées dès le mois de novembre. En attendant, la Chine est devenue un argument de campagne dans l’élection américaine. Le pays est devenu la source de beaucoup de maux de l’industrie américaine, et les deux candidats ne se sont pas privés de dénoncer le soutien de l’Etat chinois à son secteur industriel. Au-delà de l’acharnement électoraliste, assez classique lors de ces périodes, un point en particulier a retenu mon attention lors des séances de china-bashing.

D’abord la Chine a fait irruption dans les débats après que Barack Obama ait bloqué l’investissement d’une compagnie chinoise, Ralls Corp., spécialisée dans l’énergie éolienne. Le motif invoqué était qu’une base militaire était située à proximité. En représailles, la compagnie chinoise a décidé de poursuivre le président américain. Cette affaire faisait suite à la multiplication des plaintes auprès de l’OMC à l’encontre de la Chine, notamment en ce qui concerne ses subventions aux constructeurs de panneaux solaires. Enfin récemment, la Chine a fait une nouvelle irruption dans la campagne, alors que le gouvernement canadien doit annoncer s’il autorise le Chinois CNOOC à racheter la compagnie pétrolière Nexen pour 15,1 milliards de dollars.

Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est que tous ces investissements concernent le secteur de l’énergie. Alors que les analystes s’inquiètent du ralentissement chinois, celui-ci ne semble pas perturber les investissements de long terme de la Chine. Cette analyse est partagée avec Jim Rogers, gourou des matières premières, qui vient d’annoncer son retour sur la Chine. Il justifie son choix de manière simple et direct : “je n’achète la Chine que lorsqu’elle baisse”.

Les investissements chinois à l’étranger ne doivent ainsi pas être pris pour le chant du cygne de Pékin, mais bien comme la poursuite de la croissance chinoise. La Chine va donc continuer de sécuriser ses approvisionnements en matières premières, et de pénétrer les marchés occidentaux avec les technologies sur lesquelles elle a un avantage. A mon avis, il est ainsi probable de voir le cours des matières repartir à la hausse l’année prochaine.

Calme plat sur les métaux de base
Les métaux industriels sont restés stables sur la semaine, exception faite de l’étain. C’est l’occasion de poursuivre l’étude des conférences annuelles qui se tiennent traditionnellement en septembre et octobre. Après le fer la semaine dernière, la préparation d’une conférence à Londres sur le cuivre nous a déjà donné des indications sur la tendance des marchés.

Selon les premières analyses, le cuivre ne devrait pas monter beaucoup plus haut que ses cours actuels. Alors que les Chinois avaient “sur-réservé”, selon l’expression de MetalBulletin, leurs contrats en cuivre l’année dernière, le pays devrait les revoir à la baisse cette année. Les prix sont plus hauts qu’à la même période en 2011, et surtout, la demande chinoise est moindre. Le Français Natixis a complété cette analyse, en rappelant que les Chinois étaient plutôt en train de déstocker que de reconstituer leurs stocks de cuivre, privant le marché d’un autre soutien à la hausse. Pour la banque, il est peu probable que le cuivre dépasse les 8 500 $ en moyenne en 2013.

L’argent fait le show
L’argent est toujours sous les projecteurs. Alors que le métal gris continue d’attirer les investisseurs en quête de placements tangibles, c’est le versant industriel qui a tiré la demande cette semaine. Selon une étude de CaseyRechearch, le boom du marché du photovoltaïque au Japon a entraîné une augmentation de la demande en argent. Alors que le marché s’attendait à une baisse de la demande, notamment devant le ralentissement des installations allemandes, la mise en place de tarifs particulièrement généreux de rachat des kWh de solaire fixé en juillet dernier par Tokyo a fait bondir les installations. Les nouveaux tarifs ont été fixés à 0,53 $ par kWh/heure, soit le double des tarifs allemands. De manière générale, une étude du Silver Institute a mis en lumière le rôle industriel croissant de l’argent. Son usage devrait passer de 40% aujourd’hui, à 60% d’ici 2015.

L’or a également été bien secoué. Le président de la Fed de Chicago a redonné un coup de pouce à l’once, affirmant que le taux de chômage américain ne devrait pas tomber sous les 7% avant 2014, entraînant une poursuite de l’intervention de la Fed même en cas de pressions inflationnistes. L’once est passée au-dessus des 1 780 $, franchissement même le seuil des 1 800 $

Le pétrole reflète l’inquiétude
La publication de la Banque asiatique de développement d’une révision à la baisse de la croissance en Asie, notamment pour la Chine (de 8,7% à 8,1% en 2013), a assombri les perspectives sur le marché du pétrole. Alors que les stocks de brut aux Etats-Unis restent particulièrement hauts, seule la croissance asiatique pouvait s’imposer comme un soutien des cours. Selon le site CommodityOnline, le ralentissement de la croissance en Asie pourrait ainsi limiter le potentiel de hausse du brut, validant au passage le déplacement du “centre de gravité” du marché du pétrole dont je vous ai parlé mercredi dernier dans l’Edito Matières Premières & Devises.

L’apaisement continue dans l’agriculture
Le secteur a continué sa baisse amorcée il y a deux semaines. C’est notamment pour le blé que le cours diminue, alors que la menace d’un embargo russe s’éloigne. Si la FAO a revu à la baisse ses prévisions de production, l’institution de Rome a souligné que la production de céréales cette année était “proche du niveau de la deuxième plus abondante récolte de 2008″. A noter, le café et le sucre, dont les cours sont de plus en plus corrélés, ont également commencé à remonter. Le sucre a ainsi pris quasiment 10% sur le mois, et le café plus de 7%. La raison est à chercher du côté du Brésil. L’arrivée de pluies inquiète les producteurs, alors que la récolte du café entre dans sa dernière phase et que la récolte de cannes à sucre devrait durer encore jusqu’à décembre.

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Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
28 septembre
2012
Vendredi
05 octobre
2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 2 125 2 110 -0,71%
Cuivre* 8 246 8 295 0,59%
Plomb* 2 300 2 268 -1,39%
Nickel* 18 540 18 595 0,30%
Etain 21 640 22 450 3,74%
Zinc* 2 112 2 062 -2,37%
Acier (Méditerranéen) * 350 350 0,00%
Pétrole light
(New York 1 mois)
91,51 88,39 -3,41%
Or (spot Comex) 1 768 1 768 0,00%
Argent spot Comex) 34,4 33,79 -1,77%
Platine (spot Comex) 1 650 1 677 1,64%
Palladium (spot Comex) 628 651 3,66%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,98 8,57 -4,57%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,65 7,41 -3,14%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
15,86 15,41 -2,84%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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