Il semble que si le soleil soit revenu à Paris (j’y ai quand même gardé quelques contacts), les places financières doivent se préparer à un été maussade. Car la crise européenne avance chaque semaine un petit peu plus.
Alors que Berlin est passé furtivement sous les projecteurs après l’avertissement de Moody’s sur la note de sa dette, c’est le recul plus fort qu’attendu du PIB anglais, ainsi que les cascades de licenciements en France qui ont marqué la semaine. Et pour couronner le tout, la Grèce se dirige lentement mais sûrement vers un deuxième défaut sur sa dette.
Et ce ne sont pas les déclarations de Matamore de Mario Draghi qui me rassureront sur l’avenir de la Zone euro. Comme le note Dick Green, du site d’analyse financière Briefing.com, si l’affirmation que la BCE “est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro” a permis un bond des marchés”, des doutes persistent “sur ce que la BCE peut réellement accomplir” pour sauver la Zone euro. Entendez, il faut attendre des mesures concrètes pour juger de l’efficacité de la BCE. C’est peut-être ce qui explique que le marché des métaux, très financiarisé, soit resté relativement insensible à cette annonce.
Pour finir ce mois de juillet sur une note plus positive, je voudrais rappeler quelques motifs d’optimisme à moyen terme sur le marché des matières premières. L’annonce d’une probable fin du “super cycle des matières premières” en début d’année a ralenti le flux d’investissements dans ce secteur, diminution accentuée par la crise européenne. Cependant on se rend compte que le tableau des matières est loin d’être sombre. Si le secteur des matières est moins bien orienté depuis quelques mois, certaines matières restent fondamentalement positionnées à la hausse. Je vous l’avais une première fois confié dans un Edito en mai dernier. Cette idée commence à essaimer depuis cet été.
Ainsi le chef de la recherche de chez Natixis, Nic Brown, a confié au journal web Mineweb récemment qu’une deuxième tendance est actuellement à l’oeuvre dans les matières, “et qui se produit lorsque le revenu des populations évolue, notamment du fait du changement d’habitudes de consommation de la classe moyenne, dans des pays comme la Chine”. Nic Brown continue en estimant que nous assisterons à “une hausse de la demande en bien durable, ce sont les produits “blancs” et “bruns” [électroménager par exemple], ou encore le transport, secteurs qui consomment encore beaucoup de ressources”. En attendant, les métaux continuent leur phase de ralentissement, que les bons chiffres en provenance de Chine n’ont pas réussi à ralentir.
La Chine échoue à relever les métaux
Les métaux sont à nouveau partis à la baisse cette semaine. Le LME, la bourse des métaux de Londres, finit la semaine sur une baisse de plus de 2%. Certains reculs m’ont fait mentir, puisque le nickel est finalement passé en dessous des 16 000 $ la tonne. Les meilleurs chiffres de la production industrielle chinoise révélés la semaine dernière n’ont pas eu d’effet sur la déprime du secteur.
Pourtant certains miniers restent optimistes. Sur le cuivre, en baisse de 3,22% depuis vendredi dernier, le chinois Minmetals reste confiant. Selon la compagnie, les facilités d’accès aux liquidités décidées par le gouvernement depuis plusieurs semaines vont renforcer les achats. Surtout que les stocks chinois sont en baisse.
A noter, le zinc limite ses pertes sur la semaine. Le même Minmetals a révélé que sa mine australienne de Century, la troisième mine au monde, sera épuisée en 2015. Sa production devrait d’ailleurs commencer à ralentir cette année.
Agriculture, le pire est à venir ?
Malgré l’accalmie des prix du soja et du blé, en retrait de 2,2% et 2,6% sur la semaine, l’agriculture reste soumise à de vives tensions. C’est le soja qui pourrait à court terme s’en tirer le mieux, puisque des pluies arrivées cette semaine devraient permettre de sauver certaines récoltes.
Le maïs a en revanche augmenté une nouvelle fois, prenant 2% sur la semaine. C’est cette céréale qui concentre les craintes, car la sécheresse du mois d’août pourrait être encore plus grave que celle du mois de juillet. Pire, elle pourrait perdurer jusqu’en octobre. Le boisseau pourrait ainsi atteindre les 10 $, alors qu’il tourne actuellement autour de 8 $.
Par répercussion, les consommateurs pourraient se reporter sur le blé, même si ce marché n’est pas mieux orienté. Les prix affichent déjà une hausse de 45% et de 30%, respectivement à Chicago et à Paris, du fait de la sécheresse qui touche également la région de la mer Noire.
L’or se relève mollement après Draghi
Les propos de Draghi jeudi dernier ont renforcé l’idée d’une intervention concertée des banques mondiales. Ainsi les liquidités pourraient abonder sur l’or et l’argent. Toutefois seul l’or a bénéficié de cette annonce. Si l’once d’or a dépassé les 1 600 $ l’once, elle ne progresse toutefois que d’un maigre 2%. Les investisseurs attendent peut-être que ces déclarations se matérialisent.
Je suis souvent revenu sur ce marché, il ne fait pas de doute que les 1 622 $ devraient rapidement être dépassés d’ici la fin de l’année. En ce qui concerne les platinoïdes, le marché reste morose. La chute des résultats nets d’AngloAmerican, la minière impliquée dans les platinoïdes en Afrique du Sud, reflète cette déprime. Toutefois, les niveaux de prix actuels devraient évoluer d’ici la fin 2012, alors que la moitié des mines de platine d’Afrique du Sud fonctionnent actuellement à perte.
Le pétrole reste stable
Le WTI, le pétrole à New York, est revenu au contact des 90 $, et le Brent s’est stabilisé autour des 105 $. Le niveau du Brent pourrait rester à ces paliers, si jamais l’afflux de liquidités envisagé après les propos de Mario Draghi se concrétise. En sens inverse, l’absence de mesures ferait retomber le soufflet. On peut toutefois compter sur l’Iran cette année pour soutenir épisodiquement les cours. Téhéran ne ratera pas l’occasion de perturber la campagne présidentielle américaine, qui rentrera dans sa dernière ligne droite en septembre.
Je note au passage que la Chine a renoué avec sa stratégie classique de se ruer sur le pétrole lorsque les cours sont en baisse. La volonté de CNOOC de racheter Nexen pour 15,1 milliards de dollars est en ça symptomatique. “Soft” ou “hard” landing, la consommation d’énergie de la Chine doublera d’ici 2050, et le pays doit s’y préparer dès à présent.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 20/07/2012 |
Vendredi 27/07/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 934 | 1 897 | -1,91% |
| Cuivre* | 7 761 | 7 511 | -3,22% |
| Plomb* | 1 926 | 1 878 | -2,49% |
| Nickel* | 16 175 | 15 975 | -1,24% |
| Etain | 18 995 | 17 695 | -6,84% |
| Zinc* | 1 854 | 1 815 | -2,10% |
| Acier (Méditerranéen) * | 370 | 370 | 0,00% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
91,49 | 90,04 | -1,58% |
| Or (spot Comex) | 1 580 | 1 622 | 2,66% |
| Argent spot Comex) | 27,21 | 27,68 | 1,73% |
| Platine (spot Comex) | 1 400 | 1 405 | 0,36% |
| Palladium (spot Comex) | 574 | 576 | 0,35% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
9,36 | 9,12 | -2,56% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
7,93 | 8,12 | 2,40% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
16,77 | 16,41 | -2,15% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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