Les banques centrales déclarent la guerre des devises

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La BCE a le destin de l’euro entre ses mains… et ça fait peur.

Je souhaite aujourd’hui vous faire un point sur le rôle des banques centrales. Tiendront-elles leurs bonnes résolutions pour 2013 ? En ont-elles pris d’ailleurs ? Et quelles sont-elles ? Voici quelques pistes d’explorations.

Pas de résolution pour le Congrès !
Il semble que les dirigeants politiques américains n’aient pas eu le temps de faire cet effort de remise en cause. Le message envoyé lors des discussions de la dernière minute concernant le fiscal cliff est clair : on prend les mêmes et on recommence !

L’accord n’en est pas un. Il ne fait que repousser le problème de deux mois et la dette ne cesse d’enfler. Nouriel Roubini mettait une nouvelle fois en garde récemment contre une nouvelle crise de grande ampleur aux Etats-Unis. On voudrait nous faire croire que les choses ont changé, que la politique a repris le dessus et traité le mal. Mais on vous trompe.

L’austérité, la détresse sociale qui envahit tous les pays développés, les difficultés des jeunes à trouver un emploi et des anciens à conserver une retraite digne ne peuvent être cachées par des indices boursiers en hausse soutenus par les banques centrales.

Les banques centrales déclarent la guerre des devises !
Aux Etats-Unis comme ailleurs, on applique les mêmes recettes, niant la réalité, repoussant l’échéance.

La dernière arme à leur disposition pour relancer une machine économique asphyxiée ?

La guerre des devises et donc de la compétitivité.

Le Japon a donné le ton. Shinzo Abe, ancien et nouveau Premier ministre a promis 136 milliards de dollars de plans de relance pour stimuler l’économie. Après ses déclarations sur un objectif d’inflation à 2% au lieu de 1% et la remise en cause de l’indépendance de la Banque centrale, le Japon se prépare à une vague d’assouplissement jamais vue auparavant.

Il faut toutefois relativiser ces efforts budgétaires d’un pays dont le coût de la dette seul dépassera les besoin de financement de l’Allemagne ou encore de la France. C’est clairement une fuite en avant.

Japon, Brésil, Australie, Etats-Unis, Suisse et beaucoup d’autres font le choix de la compétitivité en protégeant le cours de leur devise.

L’exemple du yen et du franc suisse
Regardez par exemple ce graphique du yen (JPY). Sous le feu des déclarations et des assouplissements, le yen a reculé de près de 10%.

Graphique du yen
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Le graphique de l’euro face au franc suisse est également une illustration de ce que peut faire une banque centrale.

Graphique de l'EUR/CHF
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Ici, ces deux pays assument leur protectionnisme et leur indépendance. En revanche, la Fed, elle, ne peut pas se permettre d’être aussi catégorique et transparente au risque de froisser ses créanciers, lésés par une baisse éventuelle du billet vert. De plus, d’un point de vue commercial, cela affaiblirait le rôle de devise mondiale du dollar.

La seule arme encore à leur disposition ? La communication
Je voudrais ici évoquer un risque majeur qui concerne désormais l’efficacité des politiques monétaires.

Jusqu’à présent la plupart des banques centrales avaient à leur disposition des armes, disons, “concrètes” (encore que…) comme les taux directeurs par exemple. Mais aujourd’hui, la seule arme qui leur reste pour maintenir la confiance, soutenir le circuit économique et les places financières c’est : la communication !

Attention, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir communiquant d’une Banque centrale qui peut, par de simples annonces, impacter fortement les marchés. Personne n’a envie de se retrouver en face d’une Banque centrale prête à imprimer des billets à l’infini.

Changement de paradigme pour la politique monétaire
Ça, la Fed et la Bank of Japan (BoJ) l’ont bien compris, aidées par des économistes comme Woodford qui avait fait sensation à Jackson Hole en recommandant à la Fed de changer ses objectifs.

En effet, cette dernière a depuis la fin d’année défini des objectifs pour sa politique concernant le chômage et la croissance alors que le seul objectif officiel était jusque-là, la stabilité des prix.

C’est un vrai changement qui lie les politiques monétaire à l’activité économique “réelle” et permet de justifier des mesures inédites pour assurer le bon fonctionnement des circuits économiques et la confiance des intervenants. Ainsi, les banquiers centraux pourront, malgré les risques inflationnistes ou déflationnistes, aller plus loin dans la relance et le soutien à l’économie.

Mais… et la BCE là-dedans ?
Mais voilà cher lecteur… nous sommes-là où je voulais vous emmener !

Le point commun entre le Japon, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou encore la Suisse ? C’est l’indépendance, ou en tout cas la capacité de réaction de leur Banque centrale !

La BCE, elle, s’en tient à son mandat et a toutes les peines du monde — malgré les efforts de Draghi — à faire bouger les lignes devant les très orthodoxes Allemands et autre coalition nordique. La faute aussi aux inégalités entre les pays membres qui avec des attentes et contraintes si différentes, rendent le navire bien lent à manoeuvrer.

Pour moi, l’enjeu de 2013 est simple pour la Zone euro
Soit Mario Draghi parvient à confirmer son coup de force de juillet et instaurer un changement durable dans la politique de la BCE qui privilégierait la défense de la croissance et de l’emploi plutôt que de l’inflation.

Soit, l’euro va continuer d’être la devise qui subit les politiques monétaires de nos partenaires.

Désormais un euro fort sera plutôt le signe d’une BCE faible…

L’année 2013 promet d’être un grand cru !

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Jérôme Revillier

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd'hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

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