Combien de temps durera l’explosion des matières premières ?

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Pour la deuxième semaine consécutive, le marché des matières premières a bondi brutalement. Aux mêmes causes, mêmes effets. Il y a deux semaines, c’était l’intervention de Mario Draghi qui rassérénait les marchés et donnait du souffle aux matières. Pékin participait également au phénomène, grâce à l’annonce d’un important plan d’investissement dans les infrastructures. La semaine dernière, cétait Ben Bernanke qui, selon les commentateurs, a “frappé fort”. L’annonce par la Fed du rachat pour 40 milliards de dollars par mois de créances immobilières a une fois encore orienté les marchés à la hausse. L’indice FTSE All-World a pris 1,1% à la clôture jeudi soir, un record historique depuis 13 mois. Le CAC 40 ouvrait pour sa part en hausse de pratiquement 2% le vendredi matin. Côté matière, c’était l’euphorie. Le cuivre passait au-dessus des 8 000 $ la tonne, du jamais vu depuis sept mois.

Très vite pourtant, les investisseurs ont fait une différence avec les précédents mouvements d’euphorie des QE1 et QE2. Force est de constater que les précédents plans n’ont pas installé durablement les marchés sur une dynamique haussière. Pour M. Norrish, de Barclays Capital, cité par le quotidien canadien LaPresse, “si les métaux de base pourraient bénéficier à court terme d’un regain de confiance des investisseurs, leur appétit pourrait s’estomper faute d’amélioration sensible” de l’environnement économique.

Et les motifs d’inquiétudes sont encore nombreux. Compte tenu de la radicalisation des débats aux Etats-Unis, un possible blocage du Congrès pour la fin d’année est particulièrement inquiétant, et pourrait casser un timide début de reprise. Je rappelle que l’économie américaine survit grâce aux perfusions des abaissements d’impôts. Si la fin d’année commence à être évoquée comme une échéance majeure, je vois un risque bien plus grand se profiler en Chine.

La Chine navigue à vue
Pékin est la véritable vigie sur le marché des matières. Or depuis quelque temps, le navire des matières vogue sans capitaine. La majorité des observateurs, étrangers et chinois, se posent tous une même question : où est passé Xi Jinping ?

Pendant deux semaines, le dirigeant politique pressenti pour devenir le chef de l’Etat chinois lors du prochain congrès du Parti communiste en octobre, n’a pas été vu en public. Le plus étrange, c’est qu’aucune information n’a été communiquée, les autorités restant murées dans le silence. Il a finalement été vu ce week-end sur un obscur site internet pékinois, lors de la journée nationale de popularisation de la science. Si la preuve a été faite de son présence, le journaliste français basé à Pékin Eric Meyer décrit son apparition ainsi : “visite éclair, sans discours, le sourire crispé”.

On en est réduit à imaginer tous les scénarios possibles. S’est-il blessé ? A-t-il a été attaqué ? Est-il forcé de rester discret en attendant que le bureau politique choisisse un nouveau leader ? Les dernières rumeurs font état d’un infarctus du myocarde.

Quoiqu’il en soit, son affaiblissement arrive à un moment délicat pour la Chine. Le ralentissement plus fort que prévu de l’industrie chinoise est au coeur de toutes les inquiétudes. Devant l’aggravation de la situation, l’Etat a finalement été contraint de lancer un plan de relance de plusieurs milliards de renminbi (la monnaie chinoise). Toutefois Pékin n’a pas sorti la grosse artillerie. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un éditorial de l’agence de presse chinoise Xinhua est venu expliquer ce choix. Selon son auteur, Liu Jie, un plan de relance massif “est non seulement improbable, mais serait surtout pénalisant pour la croissance à long terme du pays”. Cette déclaration revient à laisser la porte ouverte à tous les autres types de résolution de la crise que traverse le pays. On comprend surtout derrière cette déclaration que l’Etat navigue pour l’instant à vue. Le parti a besoin de temps pour donner à l’économie une direction définitive.

Or l’absence de leadership actuellement n’aidera pas la Chine à se tirer de cette situation. Les réformes à faire, du marché du travail et des politiques sociales par exemple, sont des réformes lourdes. Ensuite, le QE3 de la Fed obère les marges de manoeuvre de la Banque centrale chinoise. Celle-ci devra désormais être focalisée sur les risques inflationnistes que le QE3 va créer dans les pays émergents. En l’absence de pouvoir fort, l’Etat chinois risque plus que jamais de subir les événements économiques extérieurs.

En attendant, les matières caracolent en tête des indices. Pour l’instant, il est trop tôt pour savoir si le rebond sera durable.

Les métaux sont euphoriques
Les métaux se sont largement redressés cette semaine, profitant de l’annonce de la Fed et de la baisse du dollar. Ce mouvement positif ne doit pas faire illusion, les métaux sont encore loin d’avoir retrouvés leurs niveaux “normaux”. En août dernier, le LME, la bourse des métaux industriels, a touché un plus bas de deux ans, après une chute de 19% depuis février. Si les plans de relance ou de soutien à l’économie portent leurs fruits en Europe, aux Etats-Unis et en Chine, les métaux devraient progressivement remonter jusqu’en 2013. Mais pour l’instant, de nombreuses mines dans la bauxite, le fer en chine, ou l’étain en Indonésie, restent dans le rouge aux niveaux actuels des cours.

Les métaux précieux, doublement haussiers
L’or a apprécié les interventions de la banque centrale américaine, sans pour autant verser dans l’euphorie. L’or a enregistré une progression modeste de 1,6% vendredi matin, pour atteindre les 1 775 l’once. Il s’agit tout de même du niveau le plus haut atteinte depuis six mois.

Les prix du platine et du palladium ont connu une nouvelle semaine de fièvre, alors que le mouvement de grève en Afrique du Sud a atteint une nouvelle phase. Les grèves se sont étendues à un nouveau producteur de platine, Amplats, qui a été obligé d’arrêter ses activités. Le groupe des platinoïdes bondit ainsi de plus de 6%.

Le pétrole réagit aux troubles du monde musulman
Les prix du pétrole ont bondi la semaine dernière, avec le regain de tension en Libye en dans le monde musulman. La mort de l’ambassadeur américain a réintroduit de la tension sur le marché. Cet événement dramatique s’est associé à une demande en pétrole en légère hausse et aux conséquences de l’embargo sur le pétrole iranien. Le WTI, le pétrole coté à New York, devrait très prochainement passer au-dessus des 100 $ le baril.

L’agriculture temporise
Seule l’agriculture est restée imperméable aux charmes de Ben Bernanke. Le boisseau de soja est resté autour des 17,53 $. Il faut dire que le cours atteint déjà des niveaux stratosphériques. La prévision de voir le soja grimper à 20 $ reste d’ailleurs d’actualité. Le début de la saison des semences au Brésil est marqué par un temps trop sec. Le maïs est également à surveiller, alors que la récolte européenne pourrait être décevante. Le marché sera peut-être alors déçu, et demandera aux Etats-Unis d’exporter davantage. En résumé, les prix agricoles restent pour l’instant hauts et rien ne laisse présager une baisse rapide.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
07/09/2012
Vendredi
14/09/2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 994 2 175 9,08%
Cuivre* 7 855 8 402 6,96%
Plomb* 2 070 2 253 8,84%
Nickel* 16 260 17 550 7,93%
Etain 19 950 21 400 7,27%
Zinc* 1 940 2 103 8,40%
Acier (Méditerranéen) * 320 320 0,00%
Pétrole light
(New York 1 mois)
96,46 99,09 2,73%
Or (spot Comex) 1 733 1 773,60 2,34%
Argent spot Comex) 33,62 34,6 2,91%
Platine (spot Comex) 1 591 1 709 7,42%
Palladium (spot Comex) 657 697 6,09%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,84 9,11 3,05%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,98 7,74 -3,01%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
17,31 17,13 -1,04%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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