L’optimisme chinois bridé par le fiscal cliff

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leadimg

On aurait tendance à l’oublier, mais les pays émergents continuent d’afficher des taux de croissance de deux à trois fois supérieurs aux nôtres. C’est ce qu’est venu confirmer un récent sondage réalisé par la Société Générale, qui a indiqué qu’il était temps de revenir sur les marchés émergents.

Sur le panel interrogé par la banque, composé majoritairement d’investisseurs et de gestionnaires de portefeuille en Europe, en Asie et aux Etats-Unis, 85% sont haussiers sur les marchés émergents à court terme (deux semaines). En octobre, ils n’étaient que de 60,7%. Surtout, les baissiers ne sont que 3,5%, contre 26,3% en octobre. Le plus étonnant, c’est qu’à moyen terme, le sentiment est encore pus fort. Ils sont 89,4% à être haussiers.

Or au regard des dernières nouvelles en provenance de Chine, le premier des marchés émergents, on comprend l’optimisme du panel.

En octobre déjà, l’investisseur réputé Jim Rogers confiait être redevenu haussier sur le marché chinois. Cet optimisme commence désormais à se répandre. La confiance est de retour en Chine même. Le journal chinois Le Quotidien du peuple expliquait hier, citant l’Académie chinoise de sciences sociales, que “la croissance chinoise pourrait accélérer à 8,2% l’année prochaine, dépassant les 7,7% attendus cette année grâce aux mesures de soutien”. Cette annonce sortait la même semaine que la publication officielle de l’indice PMI, l’indice des produits manufacturiers, en hausse pour le deuxième mois consécutif. Sujet à caution, cet optimisme étatique s’est retrouvé pourtant également dans les calculs de la banque HSBC. Selon la banque basée à Hong Kong, les directeurs d’achats indiquent une expansion de l’activité industrielle pour la première fois depuis treize mois, à 50,6 (un chiffre en dessous de 50 indique une contraction de l’activité). Pour monsieur Tang, un économiste chinois de la Bank of Communications, “nous devrions assister à une amélioration continue de l’indice PMI au cours des mois à venir”.

Ces bonnes nouvelles auraient dû permettre aux matières premières de décoller, métaux en tête. Pourtant les publications aux Etats-Unis et en Europe ont quelque peu freiné la hausse, quand elle n’a pas été complètement stoppée.

Les métaux piétinent d’impatience
Avec le retour chinois, tous les métaux auraient dû afficher de vigoureux mouvements haussiers. Le début de semaine a d’ailleurs laissé penser que ce scénario allait se réaliser. Le plomb, l’aluminium et le nickel ont chacun touché leurs plus hauts depuis deux mois en début de semaine dernière. Mais le reste de la semaine a pesé sur leurs cours. Certains métaux, comme le plomb, ont même fini en forte baisse, à plus de 2%. Au final, le LME, la Bourse des métaux de Londres, a conclu cette semaine dans l’expectative.

Le cas du cuivre est révélateur. En forte hausse lundi, les cours ont même atteint les 8 000$ la tonne en milieu de semaine. Pourtant jeudi et vendredi ont été fatals. Le métal rouge est ainsi redescendu sous ce seuil. Les raisons sont simples : la poursuite des débats au sein du Congrès américains sur un accord bipartisan sur le budget et l’annonce d’une récession de 0,3% en 2013 en Europe par la BCE.

Cette situation de flou devrait perdurer encore quelques semaines, au minimum. Comme l’explique Robin Bhar, analyste de Société Générale, “sur le court terme, d’ici Noël, les fluctuations dans l’appétit des investisseurs pour les actifs jugés risqués au gré des développements politiques et des publications macroéconomiques aux Etats-Unis devraient alimenter la volatilité des cours des métaux”.

L’agriculture attend l’USDA
Les investisseurs attendent cette semaine la publication du rapport de l’USDA sur l’état des stocks agricoles américains. Or on pressent déjà qu’ils seront en hausse, conséquence de la faiblesse des exportations américaines ces dernières semaines. C’est ce qui explique que le maïs et le soja sont partis à la baisse en toute fin de semaine.

Cette mauvaise orientation a été accentuée par les bonnes nouvelles du côté météorologique. Les pluies au Brésil vont profiter aux récoltes, notamment au soja. Seul l’Argentine devrait voir une réduction de sa production de maïs l’année prochaine, ce qui pourrait soutenir les cours dans les semaines à venir.

Les informations les plus intéressantes étaient à chercher du côté des produits tropicaux cette semaine. Pour la banque Commerzbank, les investisseurs sous-estiment le potentiel de hausse du coton, du café et du sucre pour 2013. Leurs faibles performances cette année ont incité les agriculteurs à planter du soja, ce qui va réduire l’offre pour l’année prochaine. Le café pourrait être la matière première phare de l’année, avec une hausse d’un tiers. Pour la banque, “bien qu’il n’y ait pas de pénurie de café actuellement, les prix pourraient remonter dans les mois à venir alors que la récolte brésilienne est attendue en baisse du fait d’une baisse des rendements”.

Les métaux précieux attendent Ben
Ben Bernanke, le patron de la Banque centrale américaine, va ouvrir la réunion mensuelle de la Fed demain. En attendant, le prix des métaux précieux sont restés apathiques. Pour animer cette semaine, le site Kitco a réalisé un sondage sur le pronostique des prix de l’or. Selon le groupe de 24 sondés, composé de traders comme d’analystes techniques ou de négociants en métaux précieux, 15 voient les prix monter, cinq les voient baisser, et quatre restent neutres. On peut en conclure qu’une tendance haussière “molle” se dessine.

Le pétrole sceptique
Les investisseurs s’attendaient à une stabilisation du chômage. Avec l’annonce de chiffres meilleurs que prévus la semaine dernière, avec un chômage à 7,7%, la surprise a été totale. Ce scénario aurait dû entraîner logiquement une remontée du WTI, encouragé par ce nouveau signe de reprise américaine. Mais les investisseurs ne se sont pas laissés prendre, semble t-il.

Ils considèrent avec “scepticisme”, selon le terme de l’analyste indépendant Andy Lipow, ces chiffres du chômage, qui auraient dû augmenter avec l’effet Sandy. Selon la compagnie Nomura, la baisse du chômage est davantage due aux désinscriptions des listes de demandeurs qu’à la reprise économique. C’est ce qui explique la perte de pratiquement 3% du WTI cette semaine.

 

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
30 novembre
2012
Vendredi
7 décembre
2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 2 079 2 077

-0,10%

Cuivre* 7 954 7 991 0,47%
Plomb* 2 253 2 253 -2,66%
Nickel* 17 255 17 070 -1,07%
Etain 21 700 21 525 -0,81%
Zinc* 2 044 2 013 -1,52%
Acier (Méditerranéen) * 300

292

-2,67%
Pétrole light
(New York 1 mois)
88,84 86,35 -2,80%
Or (spot Comex) 1 718,5 1 711,1 -0,43%
Argent spot Comex) 33,55 33,3

-0,75%

Platine (spot Comex) 1 607 1 615 0,50%
Palladium (spot Comex) 681 698 2,50%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,530 8,39 -1,64%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,564

7,296

-3,54%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,6 14,722

0,84%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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