Le monde a retenu son souffle jusqu’à ce week-end.
L’Espagne allait-elle sombrer dans un flot d’insolvabilité bancaire ? Les torrents d’épargnants espagnols allaient-ils continuer à se ruer sur les guichets des banques ? Les capitaux étrangers allaient-ils migrer vers d’autres rivages ?
Nous craignions le déluge, nous avons eu finalement un déluge monétaire : 100 milliards d’euros prêtés par l’Union européenne à l’Espagne (à sa demande, précise-t-elle). Comme le rappelle un négociateur du plan d’aide ce matin dans Les Echos, il fallait “donner le chiffre le plus élevé [...] afin de clore ce chapitre une fois pour toute”.
La semaine dernière, nous nous attendions pourtant à ce que ce soit d’autres acteurs qui sortent leur carnet de chèques, à savoir Mario Draghi et Ben Bernanke, qui tenaient leur conférence respectivement mercredi et jeudi dernier.
Si le renflouement de l’Espagne et de ses banques a permis d’apaiser les tensions à court terme, les déclarations des deux banquiers centraux n’en demeurent pas moins fondamentales à moyen terme.
Petit rappel des épisodes précédents :
Acte I : Draghi
Si Draghi connaissait sûrement les négociations autour du sauvetage espagnol lors de sa conférence, le message qu’il a voulu faire passer n’en reste pas moins clair à moyen terme : si la BCE ne va pas intervenir, la BCE n’exclut rien. Comprenez, la BCE sera là en dernier recours.
Acte II : Bernanke
On craignait que Draghi gèle le rôle de la BCE. Son inaction a ainsi paradoxalement été bien accueillie. A l’inverse, on attendait que Bernanke relance. Le patron de la Fed n’a pas annoncé de QE3. Son inaction a ainsi été mal vécue. L’or a finalement fini en perte de plus de 2% à la clôture jeudi.
Que peut-on retirer de cette semaine ?
D’abord que les banquiers centraux ne s’interdisent rien. Les deux apprentis deus ex machina de notre tragédie économique ont à peu près déclaré la même chose : nous serons là en cas de pépin.
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D’autre part que les Etats vont devoir proposer des solutions plus convaincantes et arrêter de compter uniquement sur les injections monétaires. Ca a été notamment le discours de Mario Draghi.
Ainsi la pression sera encore un peu plus forte sur les épaules d’Obama, qui devra réussir à présenter un budget 2012-2013 impliquant une réduction de la dette américaine. De l’autre côté de l’Atlantique, la zone euro devra également avancer sur les euro-obligations et la question des transferts de souveraineté lors du prochain Conseil européen prévu les 28 et 29 juin (sur lequel les élections grecques pèseront probablement).
Face à cette situation, les métaux précieux sont restés stables malgré leur volatilité, bringue-ballés entre les grands espoirs du début de semaine, la déception Bernanke, et le soulagement espagnol.
A plus long terme, je retiens que les métaux se sont stabilisés. Les bonnes nouvelles en provenance de Chine pourraient porter ce secteur sur le reste de l’année.
Pékin redonne espoir aux métaux
Le LMEX, la bourse des métaux à Londres, s’est stabilisée cette semaine, avec un modeste gain de 0,11%. Pause dans la chute inexorable des métaux ou stabilisation du marché ? A l’instar de nos banquiers centraux, les métaux temporisent avant de choisir leur direction. Mais l’horizon pourrait rapidement s’éclaircir.
Malgré la tourmente européenne, la Chine donne quelques signes encourageants. L’annonce d’une baisse des taux d’intérêt chinois, la première depuis 2008, associée à une relance des investissements dans les infrastructures, redonnent quelques espoirs aux métaux.
Ainsi l’aluminium est resté stable cette semaine, à -0,30%. La réduction de la production de plusieurs acteurs continue de porter ses fruits. Le cuivre perd un peu plus, alors que le zinc gagne modestement à 1%.
Le nickel retrouve quant à lui des couleurs, en hausse de plus de 2%. Je vous annonçais la semaine dernière que la période de purgatoire pourrait être finie pour le métal du diable. Les cours s’éloignent pour l’instant des 16 000 $ la tonne.
L’OPEP reprend espoir devant la stabilisation du pétrole
Les cours du pétrole ont connu une brève période d’euphorie jeudi, après que la Chine ait abaissé ses taux d’intérêt. L’empire du Milieu est le deuxième consommateur de pétrole au monde. Après la déception en provenance de la Fed, le sauvetage de l’Espagne a finalement fait remonter le Brent vers les 100 $.
L’espoir en Chine ne suffira pas à maintenir indéfiniment les cours du pétrole. L’or noir est moins dépendant de la Chine que les métaux. Ainsi ses cours pourraient continuer à baisser en cas de retour rapide des tensions en Europe et aux Etats-Unis.
L’USDA fait-elle de la com’ ?
Le chef économiste de l’USDA (US Department of Agriculture), M. Glauber, est venu rassurer la semaine dernière sur les perspectives du maïs.
Pour l’économiste, la hausse de la récolte américaine devrait permettre de répondre facilement à la demande, malgré la période climatique difficile que viennent de traverser les régions productrices. Il a également souligné que la stagnation de la production d’éthanol pèsera moins sur le marché du maïs alimentaire.
Plan de com’ raté ?
En tout cas, le prix du boisseau de maïs a pris plus de 7% ce matin, et est repassé au-dessus des 6 $. Le retour de la pluie dans le Middle West pourrait expliquer la hausse brutale des prix. A plus long terme, l’augmentation des importations chinoises de plus de 70% dans les deux années à venir rendra le marché particulièrement réactif au moindre incident climatique.
Le marché du soja sous tension
Le marché du soja reste quant à lui quelque peu tendu. Si M. Gauber est resté confiant sur le maïs, il a souligné que la sécheresse qui a touché le Middle West pourrait avoir endommagé la récolte de soja. Le cours du boisseau a ainsi fait un bond de plus de 7% cette semaine. Le marché va rester tendu encore quelques temps.
Le blé reste dans l’expectative cette semaine. Après son bond de la semaine dernière, les cours sont revenus dans leur canal 6-6,5 $ le boisseau. Toutefois la situation est loin d’être stabilisée. De grandes incertitudes planent sur la récolte russe. Après plusieurs semaines sans pluie en mai, un quart des exportations russes pourraient être en péril. Et Moscou est le deuxième exportateur de blé mondial…
Les métaux précieux à l’équilibre
L’or était sorti de son canal baissier alors que les rumeurs sur une intervention monétaire bruissaient dans les chancelleries. La baisse de l’or cette semaine a été à l’image de la déception. L’once est repassée en dessous des 1 600 $.
Pourtant, je note que l’aggravation de la situation de l’emploi aux Etats-Unis, avec un chômage reparti à la hausse, ne laissera pas le pouvoir, et la Fed, indifférents. Une injection monétaire reste très probable dans les mois à venir. Je reste ainsi confiant sur ce secteur.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 01/06/2012 |
Vendredi 08/06/2012 |
Variation hebdomadaire |
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En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 979 | 1 973 | -0,30% |
| Cuivre* | 7 365 | 7 265 | -1,36% |
| Plomb* | 1 897 | 1 900 | 0,16% |
| Nickel* | 16 085 | 16 400 | 1,96% |
| Etain | 19 400 | 19 475 | 0,39% |
| Zinc* | 1 858 | 1 878 | 1,08% |
| Acier (Méditerranéen) * | 400 | 349 | -12,75% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
82,24 | 85,24 | 3,65% |
| Or (spot Comex) | 1 618 | 1 595 | -1,42% |
| Argent spot Comex) | 28,38 | 28,71 | 1,16% |
| Platine (spot Comex) | 1 428 | 1 443 | 1,05% |
| Palladium (spot Comex) | 603 | 622 | 3,15% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,17 | 6,37 | 3,24% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
5,59 | 6,01 | 7,51% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
13,44 | 14,41 | 7,22% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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