Est-il bien sérieux de parler encore de supercycle des terres rares ?

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Par Florent Detroy, rédacteur de Matières à Profits

Molycorp a gagné 34% vendredi dernier !

Molycorp, vous vous souvenez ? C’est cette petite minière américaine de terres rares, que le gouvernement a encouragé à recommencer à produire par crainte de manquer de terres rares.
Arrêté en 2002 du fait de la concurrence chinoise, Molycorp voit depuis 2011 sa production lentement redémarrer.

Les meilleurs résultats qu’attendus ont provoqué ce rush sur le titre Molycorp. Ce bond signe-t-il la réussite d’une stratégie de diversification des occidentaux pour réduire leur dépendance à la Chine, productrice de 97% des terres rares dans le monde ? A vrai dire, non.
Le gain de 34% a laissé sceptique bon nombre d’analystes.

Si vous croyez que Molycorp va rebondir, c’est qu’on vous a mal expliqué.
Le marché des terres rares n’est plus sous la menace d’une pénurie, mais de la surproduction.
Pourtant certains marchés des terres rares restent lucratifs. Les opportunités sur le marché des terres rares ne sont tout simplement plus là où vous pensez.

Molycorp à contre temps

Le gain de 34% du cours intervient après une série de trimestre tous plus catastrophiques les uns que les autres.
Depuis son pic de 2011, à 79$, le cours Molycorp a perdu 92% de sa valeur. Aujourd’hui le titre cote autour de 6$, après être passé sous les 2$.

Le principal problème qui pèse sur les épaules de Molycorp, c’est que le prix du kilo de terres rares n’arrête pas de baisser depuis 2011.
Le prix de minerai concentré est passé de 82$ à 36$ le kilo en 2 ans. Problème, l’horizon n’est toujours pas prêt de s’éclaircir.
“Je ne vois pas à court terme de raisons d’espérer que les prix des terres rares changent de direction” confirmait dans un communiqué Molycorp, après avoir fait état d’une perte de 450 millions de dollars en 2012.

Le scénario apparaît rétrospectivement assez classique. Les investisseurs se sont laissés surprendre par le “show” de la Chine en 2011.
Aveuglé par le monopole de la Chine, le caractère stratégique de ces métaux pour nos industries, et l’agressivité de Pékin contre ses partenaires commerciaux, les investisseurs se sont rués sur les quelques gisements de terres rares en dehors de Chine.

Pourtant les tensions sur le marché ont disparu très vite, pour 3 raisons :

- Les projets fleurissent, en Australie, en Inde, en Russie ou encore au Groenland.

Au total, c’est plus de 400 projets miniers qui sont à un stade plus ou moins avancé dans le monde.
Les terres rares n’ont paradoxalement jamais été aussi disponibles. De quoi faire craindre le risque de surproduction.

- La R&D a permis de réduire la consommation de terres rares, dans les aimants notamment.

La R&D japonaise a réussi à produire l’année dernière un aimant à base de ferrite qui affichait des performances proches de celles des aimants en terres rares.

-La Chine a assoupli sa politique de quotas

Après 7 ans de baisse ininterrompue des quotas d’exportations, le ministre du commerce chinois a relever ses quotas d’exportations en 2012.

Si la hausse n’a été que de 2,70%, cet assouplissement a été perçu comme un signe d’apaisement de la Chine face à ses partenaires commerciaux.

Cette tendance a même amené certains mineurs a abandonné leur projet.
Ce fut le cas des minières australienne Southern Crown Resources et de Black Fire Minerals, qui ont toutes les deux renoncé l’année dernière à exploiter leur gisements de terres rares.

Dans ce contexte, toute tension a t-elle disparu ? Hélas non.

Le creux dans la vague dans lequel est le secteur doit vous permettre d’en profiter.

Dysprosium, la seule terres réellement “rares” ?

Selon Tony Parry, analyste chez l’australien Resource Capital Research, la demande de terres rares pourrait doubler sur les 10 prochaines années.
Mais si l’analyste se veut confiant sur la capacité l’offre à répondre à la demande, ce ne sera pas vrai pour une poignée des terres rares. C’est peut être ce qui caractérise aujourd’hui le marché des terres rares.
La pénurie de certaines terres est possible, voire probable à l’horizon 2016-2017.

L’USGS (United States Geological Survey), le BGS (British Geological Survey) ou encore le BRGM, tous concordent à dire que s’il y a une terres rares dont les ressources ne seront pas suffisantes, c’est le dysprosium.

Le dysprosium fait partie du sous groupe des terres rares “yttriques”, ou “lourdes”.
Il regroupe le terbium, le dysprosium, le holmium, l’erbium, le thulium, l’ytterbium, le lutécium, auxquelles on adjoint le plus souvent l’yttrium et le scandium.
Si les quantités de dysprosium consommées sont très faibles, il est pourtant de plus en plus indispensable.

L’ajout de dysprosium dans les aimants Neodyme-fer-bore permet de renforcer les performances. Là ou les aimants classiques voient leur magnétisme se réduire au-dessus de 80°C, les aimants avec du dysprosium peuvent résister à des températures bien plus élevées.
Au-dessus des 2200$ le kilo en 2011, le prix est redescendu près des 1000$ actuellement. Mais avec la montée en puissance de certain marché particulièrement friand de ces aimants de hautes performances, la demande de dysprosium va croître fortement.
Dans ses estimations hautes, le ministère de l’industrie estime que la demande pourrait croître de 18,6% par an jusqu’en 2022.

Or l’offre sera elle à la peine dans les années à venir de manière quasi certaine, notamment du fait du développement du marché des éoliennes.
Patrice Christmann, analyste du BRGM, expliquait l’année dernière dans une interview donnée à l’Usine Nouvelle qu’il faut “environ 25 kg [de dysprosium] par MW électriques produits par les éoliennes (…) alors que la production mondiale actuelle n’est que de 1 600 tonnes par an !”.
Et effectivement, le développement rapide de l’éolien notamment offshore augmente fortement les besoins.

Et M.Christmann rappelle que “sur les 30 projets d’exploitation de terres rares les plus sérieux, hors Chine, le dysprosium ne représenterait pas plus de 1,1% de la ressource totale en terres rares”.

Conférence "A la recherche du rendement perdu"

Mon conseil

Deux pistes d’investissements s’ouvrent à nous.
Pour jouer le marché des terres rares, vous pouvez soit miser sur la technologie, en investissant sur les séparateurs de terres rares ou les producteurs d’aimants, soit sur les producteurs de dysprosium. Attention, dans les deux cas, il s’agit de pari d’avenir. Investisseur prudent s’abstenir.

-Les technologies

Il n’y a pas si longtemps, la France possédait à travers Rhodia un des leaders mondiaux sur les technologies de séparation des terres rares.
Rachetée par Solvay (SOLB:BR), cette activité reste de toute façon trop minoritaire dans les activités du groupe pour représenter une opportunité d’investissement.

Par contre, Molycorp (MCP:NYSE), conscient que sa production minière à venir, essentiellement composée de terres rares légères, ne lui permettrait pas de rester rentable face à la Chine, a investi dans un groupe spécialiste de la production d’aimants, Neo Materials.
Cet investissement lui permettra d’être un groupe totalement intégré, de la “mine jusqu’à l’aimant”, et de pouvoir absorber la baisse des prix de la mine.
Le destin de Molycorp n’est donc pas (encore) scellé, même si je ne vous conseille pas pour l’instant de revenir sur Molycorp.

Great Western Minerals Group (GWG:TSX) a suivi le même parcours que Molycorp. Le groupe canadien possède une filiale, LCM (Less Common Metals), qui lui permet d’être présent sur l’aval de l’industrie.
L’arrivée d’une nouvelle production mi 2013 pourrait aider les cours à se relever.

-Le dysprosium

Si vous souhaitez investir sur la mine, il vous faut d’abord cibler les projets où les terres rares lourdes dominent.
Le projet minier de Norra Karr, de la junior canadienne Tasman Resources (TAS:NYSE), possède près de 50% de terres rares lourdes.

Le projet Stromberg, développé par la minière junior TUC Resources (ASX:TUC), est également prometteur, avec 84% de terres rares lourdes.
Ces projets ne produiront pas de terres rares avant plusieurs années, mais ils méritent d’être suivis, tant les ressources en terres rares lourdes sont en train de devenir la première source de tensions pour nos industries.

Une seule doit dominer vos investissements, soyez prudent. Les abandons de projets de l’année dernière témoignent bien du caractère incertain de ces projets. Les terres rares restent cependant stratégiques, et particulièrement intéressantes pour les investisseurs.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

2 Commentaires
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  1. Bonsoir,j’aimerais des information sur supercycle des terre rares merci de votre compréhension bonne fin de soireé

  2. DELABAUDINIERE LAURENT sur 29 déc 2013 à 2:48

    Bonjour,

    J’aimerais connaître le cours du dysprosium depuis mi décembre à aujourd’hui.

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