Pour donner des sueurs froides à un investisseur spécialiste des métaux, plusieurs solutions existent. Vous pouvez lui recommander d’investir sur une mine de platine sud-africaine. Une autre solution consiste à lui proposer sur une minière car son nom est joli. Une dernière solution, de loin la plus effrayante, est de lui recommander le nickel.
Le nickel, c’est le métal du diable. Ce n’est pas un qualificatif dont on a affublé le “cuivre blanc” par hasard, l’origine dérive vraiment de ce nom. Le mot allemand “kupfernickel” signifie “cuivre du diable”, du fait que l’on prenait à l’origine le nickel pour du cuivre. La difficulté d’extraire le métal de la roche lui a conféré ce surnom.
Mais ces dernières années, la diabolisation du nickel a continué, pour des raisons bien plus prosaïques. Les cours du nickel se sont effondrés. Ils ont été quasiment divisés par deux depuis 2011, et par plus de trois depuis 2007. En prime, les cours sont réputés pour être hyper-volatils, donnant des frayeurs aux investisseurs.
Mouton noir du LME, le marché des métaux de Londres, cette année du fait d’une situation de surproduction, l’année prochaine était annoncée comme une année pire encore. Pourtant, depuis quelques mois, l’espoir renaît de voir les cours se redresser.
Le diable surgit là où on ne l’attend pas.
Surproduction en 2013…
Dans les mois à venir, l’aboutissement de nombreux projets d’extraction a fait craindre une surproduction. Ainsi, les projets de Barro Alto et d’Onca Puma au Brésil, Koniambo et Goro en Nouvelle-Calédonie vont gonfler l‘offre de minerai. Ces grands projets seront accompagnés par de nombreux autres projets de moindre envergures, comme celui Koniambo à Madagascar, opéré par le Canadien Sherritt.
Pour le premier producteur de nickel au Japon, Sumitomo, le marché est bien parti pour connaître une troisième année de surplus en 2013. Il rejoindrait même les niveaux observés en 2008, proche des 60 000 tonnes. C‘est peut-être ces prévisions qui expliquent le statut de mouton noir du métal cette année. De tous les métaux industriels, le nickel est celui qui a le plus baissé, de pratiquement 20% sur l’année.
Le sort du nickel est-il donc scellé ? Pas forcément… car certains producteurs vont réduire la voilure.
… qui sera peut-être évitée
Xstrata a ainsi annoncé en septembre dernier la fermeture de sa mine de Cosmos, en Australie, du fait de la baisse des prix. De même, Norilsk Nickel a réduit de 10% ses investissements pour la même raison. Et c’est sans compter sur l’arrêt des programmes d’une myriade de petites minières, à l’instar de Liberty Mines au Canada. Etranglé par la chute des cours, son directeur Chris Stewart se justifiait en expliquant que cet arrêt était “dans l’intérêt à long terme de nos investisseurs et de nos partenaires stratégiques”. Comme le rappelait l’institut de recherche Brook Hunt, au cours actuel, 20% de l’industrie produit à perte.
Toutefois, la décision la plus importante concerne la Chine. Premier consommateur de nickel, avec 43% de la production mondiale absorbée, le pays est aussi un important producteur. Or en 2013, Pékin a décidé de réduire sa production de 3,4%. Surtout, sa production de fonte de nickel baissera de 7,7% l’année prochaine. Pourtant ce n’est pas la diminution de la production qui va permettre aux cours de se redresser.
La finance pourrait porter les cours vers les 19 000 $
Certains acteurs restent optimistes sur le marché. Pour Norilsk Nickel, le premier producteur de nickel au monde, le marché serait même à l’équilibre. Trois effets expliquent cet optimisme :
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La poursuite de la demande
En septembre dernier, certains économistes ont rappelé que la demande en nickel avait encore progressé de 3% en 2012. Et elle pourrait monter à 4% en 2013. Or comme le rappelait Bart Melek, à la tête de la stratégie matières premières chez TD Securities, “tout ce qui est au-dessus de 3% est une bonne nouvelle pour les matières premières”.
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Les restrictions indonésiennes
Depuis un an, Jakarta a mis en place une politique ambitieuse et autoritaire, visant à forcer les minières à transformer leur nickel sur place. La même politique est en place sur l’étain depuis 2002. Ainsi en 2014, l’exportation de nickel brut sera définitivement interdite. Cette politique a déjà commencé à réduire les exportations, alors que Jakarta assurait 15% de la production mondiale. En attendant que les fours et les capacités de raffinage soient construits, la production indonésienne va manquer à l’appel.
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La financiarisation du nickel
Ce sera l’élément-clé du marché pour 2013. Selon Steve Reece, le responsable du trading de Standard Bank, dans une interview de Metal Bulletin, les stocks de nickel pourraient devenir des actifs financiers à l’instar de ce qui s’est passé pour le cuivre et l’aluminium. Cette transformation compliquerait l’approvisionnement en métal du fait des mouvements plus fréquents des stocks.
Mon conseil
Lors de la réunion du London Stock Exchange en milieu de mois, les analystes sont donc revenus sur le marché du nickel avec un avis bien moins tranché qu’en début d’année. Selon eux, les cours du nickel pourraient même progresser. Actuellement autour des 16 000 $, la tonne pourrait rapidement atteindre les 17 000 $ en fin d’année, pour passer au-dessus des 19 500 $ fin 2013.
Pour profiter de cette lente mais durable appréciation, le marché français offre une opportunité en or. La minière française Eramet est le septième producteur de nickel au monde. En hausse de 13% depuis trois mois, cette société pourrait être portée actuellement par les bonnes perspectives du marché de 2013 bien au-dessus des 100 euros.


Ces grands projets seront accompagnés par de nombreux autres projets de moindre envergures, comme celui Koniambo à Madagascar…FAUX Ambatovy à Madagascar. Koniambo est situé en Nouvelle-calédonie