Qui remplacera Kodak sur le marché de l’argent ?

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Le 17 janvier dernier, le géant de la photographie Kodak se déclarait en faillite. Ce choc symbolique représentait pour de nombreux acteurs du marché une conséquence logique de la perte de vitesse des grands groupes industriels de la photographie à partir de la fin des années 1990. Ainsi dans son sillage Polaroid ou Fuji ont connu des fortunes similaires, alors que Sony attrapait le bon wagon de la photographie, et au bon moment.

De quel wagon s’agissait-il ? Celui de la photographie numérique. Le passage de l’argentique au numérique n’a pas eu pour seule conséquence la fermeture, comme le rappelle le patron de Kodak, de “treize usines et 130 laboratoires et [et la suppression de] 47 000 postes depuis 2003″, rappelle le PDG du groupe. Le déclin de l’argentique a également retranché la demande de centaines de kilos d’argents. Or les cours de l’argent ont paradoxalement connu dans les années 2000 une des plus importantes périodes de croissance.

Alors que le prix de l’once est passé cette semaine sous les 20 $ après avoir tutoyé les 50 $ en 2011, je vous propose de revenir sur les fondamentaux physiques du marché du métal argent.

L’argent atteint son pic en 1999
C’est effectivement cette année que l’industrie de la photographie atteint son pic de consommation d’argent. Selon l’USGS, la consommation du secteur en argent atteint les 267 millions d’once. Le marché pour les seuls Etats-Unis s’établit à 93 millions d’once d’argent. Une once sur quatre extraite du sol est destinée à la photographie.

Cette apogée était pourtant le début de la fin. A partir de 1999, la demande du secteur s’est contractée de 70%. Bien entendu, les géants de la photo y étaient pour beaucoup. Pour se prémunir de cette dépendance, Kodak s’efforçait de recycler au maximum ses déchets, réduisant ainsi sa consommation de métal. Mais c’est bien entendu l’arrivée du numérique, qui supplanta l’argentique tout au long des années 2000, qui fut fatale à l’argentique. La consommation d’argent baissait ainsi de 12 à 15% par an.

Le cours de l’argent a connu l’effet inverse, puisqu’il est passé de moins de 10 $ l’once dans les années 1990 à 50 $ en 2011.

Titre : Prix de l’once d’argent, en dollar/once depuis cinq ans

Prix de l'once d'argent, en dollar/once depuis cinq ans

Perspective assombrie pour le métal gris
Alors que la production d’argent a progressé de 23% entre 2003 et 2013, les cours ont continué de décoller jusqu’en 2011 soutenu par une double demande, des investisseurs et des particuliers. Aujourd’hui, le déclin auquel on assiste sur ce métal, mais aussi sur l’ensemble des métaux précieux, est le fait de désengagement d’investisseurs.

L’annonce de la réduction des achats de dette de la Fed la semaine dernière a effrayé plus d’un financier devant la perspective d’une baisse des liquidités en circulation. Toutefois l’autre moteur de la demande, la demande physique, est restée en marche.

L’U.S. Mint, l’organisme chargé de la vente des pièces de monnaie argent aux Etats-Unis, a souligné que les ventes ont atteint des records sur les six premiers mois de l’année. Pour Bloomberg, “les ventes de pièces de monnaie connaissent leur meilleur départ cette année depuis au moins 1986 alors que les prix ont plongé”.

Cette chute des prix pourrait également attirer de nouveaux acteurs sur le marché, qui pourraient profiter à leur tour des opportunités actuelles.

La nouvelle demande industrielle
En 2012, Phil Baker, président de la minière Hecla, rappelait que la moitié de la production d’argent dans le monde était absorbée par les nouvelles technologies. On retrouve ainsi l’argent dans les pansements pour ses caractéristiques anti-bactériennes, dans les systèmes électriques pour la conductivité exceptionnelle de ce métal, ou de plus en plus dans les panneaux photovoltaïques. Or ces secteurs sont eux en croissance.

Si l’on prend en considération la faiblesse des stocks d’argent, il serait cinq fois moindre que ceux d’or, les fondamentaux de l’argent sont donc loin d’être catastrophiques. D’autant plus que l’offre va être amenée à se restreindre, l’ensemble des minières revoyant actuellement à la baisse leurs investissements.

Mon conseil
Il est pour l’instant trop tôt pour miser sur le marché de l’argent. Toutefois ce marché ne doit pas disparaître de votre champ de vision. Pour capter les signaux haussiers autour de l’argent, je laisserai le mot de la fin à David Morgan, éditeur de The Morgan Report : “plus bas iront les prix de l’argent, plus courte sera la période de baisse des cours”. Ainsi un retour du prix de l’once vers les 15 $ amènera les producteurs à couper plus vite leur production, créant les conditions plus favorables à un retour des prix à la hausse.

Un seul conseil donc, guettez les premiers signes de pénurie d’argent dans l’industrie, ce sera un signal haussier.
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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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