Ce n’est pas une déclaration de guerre, mais ça y ressemble.
Le CME, Chicago Mercantile Exchange, la Bourse de Chicago, vient de lancer un contrat à terme sur l’aluminium.
Harrier Hunnable, directrice générale de la branche métaux du CME, a expliqué en marge de la LME week — le grand raout annuel des métaux qui se tenait la semaine dernière — “nous voulons lancer un contrat à terme qui soit une alternative aux contrats des autres Bourses”.
Sans citer de nom, l’allusion est limpide. Le LME, le London Mercantile Exchange, la Bourse de Londres, est la cible. L’attaque est d’autant plus logique que le LME est une bête blessée. Les critiques pleuvent depuis des mois sur son organisation, notamment celle de ses entrepôts et de leur logistique. Depuis 2009, la fourniture d’aluminium à partir d’un contrat acheté sur le LME peut prendre plusieurs mois. Et le coût du métal s’en ressent.
Pourtant, cette concurrence du CME pourrait bien cacher une remise en cause plus fondamentale du marché de l’aluminium, voire du marché des métaux dans son ensemble.
Un quasi-monopole sur les marchés des métaux
Le LME règne sans partage sur les contrats de métaux depuis plus d’un siècle. Seules quelques Bourses asiatiques se sont essayées ces dernières années à créer leur propre Bourse des métaux, sans grand succès.
Le LME a ainsi été le grand bénéficiaire de la hausse de la demande dans les années 2000. Résultat, la Bourse londonienne voit s’échanger chaque année 170 millions de lots de métaux, pour un total de quatre milliards de tonnes.
L’aluminium représente les joyaux de la couronne de la Bourse. Ce métal concentre près de 40% des échanges du groupe, loin devant les autres métaux cotés, comme le cuivre, le plomb ou le zinc. Or le marché de l’alu pèse 90 milliards de dollars. On comprend l’importance de ce contrat.
Pourtant, le temps d’attente devant les entrepôts a fini par excéder ses clients.
Un problème d’entrepôt
Lors de l’ouverture de la LME week, un mot était sur toutes les lèvres, warehouse ou entrepôt. Les clients du LME n’ont plus supporté de devoir faire la queue aux quatre coins du monde pour recevoir leur livraison de métal.
Les critiques se sont concentrées sur le fait que de nombreuses banques sont devenues propriétaires des entrepôts de métaux. Le New York Times avait pointé du doigt en particulier les manipulations de Goldman Sachs sur ce marché. La banque américaine est accusée de rallonger artificiellement les délais d’attente pour son seul profit. Pour plus de détails, suivez ce lien. Au final, les clients devaient payer un coût supplémentaire (premium) correspondant à celui de stockage en plus, ce qui pouvait représenter une hausse de prix de 10 à 15% comparé au cours du LME. Les prix du LME n’étaient plus en phase avec les prix réels de l’aluminium.
Plusieurs solutions ont été avancées par le LME. Ainsi, la Bourse a proposé le 1er juillet dernier l’idée de limiter à 100 jours le délai maximum de livraison. Mais, contre toute attente, ces propositions ont reçu un feu nourri de critiques.
Chute des prix en vue
Ce sont les producteurs qui ont le plus critiqué la proposition du LME. Tout simplement parce que la réduction des queues entraînerait une augmentation des sorties d’aluminium, et donc de la quantité de métal disponible sur les marchés. Pour Klaus Kleinfeld, le directeur exécutif d’Alcoa, la proposition du LME a été “très irresponsable”.
Car, au-delà de cet impact, les géants comme Alcoa ou Rusal ont expliqué que les cours de l’aluminium ne surnageaient que grâce au premium apporté par l’embouteillage aux portes des entrepôts. Selon les cas, celui-ci pouvait aller de 93$ à 265$ sur une tonne d’aluminium vendue sur le LME. Sans premium, la chute des prix de vente affecterait les résultats des producteurs… qui ne sont déjà pas brillants. Mieux, la Deutsche Bank a calculé sur 80% de la production aux Etats-Unis et en Chine, ainsi qu’en Australie et en Inde, ne serait pas rentable si elle n’était pas vendue avec cette hausse des prix.
La chute annoncée des prix ne convainc toutefois pas tout le monde. Oleg Mukhamedshin, membre de la direction de Rusal, a estimé que la baisse des prix engendrée par le changement de règle serait compensée par celle des stocks mondiaux. “Nous pensons que le prix effectif resterait plus ou moins le même”.
Si la proposition du CME vise à profiter des déboires voire du discrédit du LME, son contrat surfe également sur un changement de tendance profond, à l’oeuvre sur le marché des métaux.
C’est là où le CME peut faire la différence
A l’inverse du LME, le CME n’a pas l’intention de proposer un contrat journalier, mais mensuel. L’annonce est surprenante puisque la tendance sur le marché global des métaux était à la synchronisation de plus en plus rapide de l’offre et la demande depuis… à vrai dire, 20 ans. Le LME a créé son contrat sur l’aluminium en 1978. Avec l’effondrement des cours dans les années 1980 et plus encore dans les années 1990, les prix “producteurs”, c’est-à-dire les contrats de long terme négociés entre producteurs et vendeurs, ont laissé la place à un contrat “marché”, négocié sur le LME permettant une plus grande volatilité des cours.
Ce retour en arrière est d’ailleurs soutenu par les producteurs. Après avoir encouragé les clients à venir sur les marchés, ce qui leur permettait de profiter plus rapidement de la hausse des cours, ils les encouragent désormais à se protéger en signant dès à présent des contrats de long terme. Signe qu’ils s’attendent bien à une poursuite de la baisse des prix.
Mon conseil
Les producteurs comme Alcoa (AA : NYSE) ou Rusal (0486 : HKSE) sont actuellement les moutons noirs du marchés, et ne doivent pas être approchés. La surproduction n’est toujours pas résolue, en dépit des nombreuses réductions de production engagées depuis l’année dernière.
La mauvaise santé de ces entreprises contraste avec la hausse de la demande pour l’aluminium de spécialisé. Ce secteur reste particulièrement haussier.
[Dans Matières à Profits, Florent a repéré un des leaders de l'aluminium spécialisé. Après être devenu un des fournisseurs majeurs de l'aéronautique avec des alliages en aluminium ultra-performants, cette société aux solides racines françaises vient tout juste de rentrer sur le secteur de l'aluminium automobile. Peu endettée, la valeur affiche une marge brute de 13% et un chiffre d'affaires en constante augmentation depuis 2009. Une recommandation à découvrir dans Matières à Profits.]
Bon investissement



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