La vague de froid qui a congelé la côte Est des Etats-Unis en début de mois a fait décoller de nombreuses matières premières, des plus attendues aux plus originales. C’est le cas notamment du prix du jus d’orange, lorsque la vague s’est approchée des côtes de la Floride. Puis ce fut le tour du bétail, après que la paralysie des transports a empêché de regarnir les stocks de viandes, vides depuis Noël.
Mais c’est bien entendu du côté de l’énergie que l’effet a été le plus direct. A -50 degrés, les consommateurs ont eu la permission de rester chez eux, collés aux radiateurs. La consommation de pétrole et de gaz a alors décollé. Ça a été particulièrement le cas avec le gaz, dont les cours ont touché les 4,60$. C’est un niveau quasiment inédit depuis 2011.
Prix du MBTU sur le Henry Hub sur 3 ans
Bien entendu, cette vague de froid est exceptionnelle — du jamais vu depuis 20 ans. On remarque toutefois que la hausse des cours a commencé dès 2012. Après une année 2012 où les gaziers ont mangé leur chapeau et tenté de compenser l’effondrement des prix en misant sur le pétrole de schiste, ces sociétés pourraient voir enfin le retour de leur investissements sur ces gaz.
Ce rétablissement des cours est peut-être le début d’une “normalisation” du marché du gaz US.
Les Etats-Unis ne sont plus un îlot
En 2011 la chute des cours du gaz (de 32%) a effectivement effrayé plus d’un producteur désireux. Si beaucoup ont choisi de se diversifier dans le pétrole de schiste pour profiter de prix restés élevés, d’autres ont également essayé de s’expatrier sur d’autres territoires.
C’est bien entendu là où des réserves présumées ont été localisées que ces acteurs sont allés.
Ressources techniquement récupérables en gaz de schiste,
en pied cube (0,028 m3)
Ainsi Shell et Hess sont partis en Chine, ConocoPhillips, Total, Mitsubishi et Bharat Petroleum sont partis en Australie, et Exxon puis ConocoPhilipps ont pris la direction de l’Europe de l’Est.
Pour suivre le chemin de ces majors, un seul critère suffit, celui de la différence de prix. Si les prix remontent doucement aux Etats-Unis, il n’en reste pas moins que les prix pratiqués en Europe mais aussi en Asie restent particulièrement hauts comparativement.
Comptez 9 à 10$ le MBTU en Europe, et pas loin de 20$ en Asie. On comprend l’empressement des majors à s’allier avec les majors chinoises pour exploiter le gaz non conventionnel chinois, malgré les problèmes techniques et environnementaux.
La France est-elle absente ?
Paradoxalement, la France est toujours un des leaders des gaz de schiste dans le monde par l’intermédiaire de Total. Si le groupe est présent en Australie, il vient surtout de marquer des points en Angleterre.
Le groupe de Christophe de Margerie vient d’acquérir deux petits permis d’exploitation de gaz de schiste à Gainsborough Trough, dans la région des East Midlands. Il y est associé à Dart Energy Europe (17,5%), Egdon Resources UK (14,5%), Island Gas (14,5%) et eCorp Oil & Gas UK (13,5%).
Il s’agit du cinquième pays dans lequel le groupe a investi dans les gaz de schiste. En Europe, Total est déjà actif au Danemark, et suit attentivement les évolutions en Pologne.
Qui profitera du boom international ?
Ce qui est intéressant pour les investisseurs à propos de l’entrée de Total en Angleterre, c’est que le groupe a dû s’associer avec des petits producteurs locaux pour acquérir une assise locale dans le pays. Comme le rappelle le Financial Time, Dart Energy Europe et Egdon Resources UK faisaient partie (jusqu’à il y a peu) d’illustres inconnus sur les marchés de l’énergie.
Cet accord me rappelle les débuts des gaz de schiste aux Etats-Unis, où des petits producteurs locaux comme Devon ou Chesapeake ont vu leur cours exploser une fois la “révolution” commencée… avant de subir la chute des prix. Depuis son accord avec Total, Egdon Resources (EDRL : L) a ainsi pris près de 160%, et Dart Energy (DTO : BE) 35%.
Je vous recommande de guetter les petites valeurs des pays ayant le plus gros potentiel en gaz de schiste. Ce sont vers elles que les majors se tourneront pour propager la “révolution” des gaz de schiste.



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