Leur jeter du riz aurait été un clin d’oeil amusant. Mais dans ce temple de la discrétion qu’est la Suisse, la minière Xstrata a préféré annoncer par une simple déclaration son accord pour une fusion avec le leader du négoce de matières premières Glencore. Les deux géants Xstrata et Glencore sont donc prêts et consentants pour s’unir.
La fusion du négociant et du troisième minier au monde semble enfin sur de bonnes voies, après sept mois de tergiversations. Il aura même fallu l’intervention d’un ancien Premier ministre, Tony Blair, pour que les parties s’entendent. Le nouveau groupe contrôlera ainsi 60% du marché du zinc, et 50% de celui du cuivre, et aura également un poids non négligeable sur le charbon.
Le plus important, c’est que la fusion respecte finalement les intérêts de chacun. Xstrata n’est pas marginalisé dans le futur conseil d’administration, et Glencore va pouvoir diluer sa dette. Au-delà de ce point, les deux acteurs vont surtout bénéficier d’une plus grande stabilité de leur activité. Les négociants prospèrent lorsque les cours sont volatils, alors que les minières en souffrent. A l’inverse, les grossistes font moins de bénéfices lorsque le marché se calme, alors que les minières ont besoin de temps long pour financer leurs projets miniers.
Or bien malin celui qui saura prévoir la tendance sur le marché des matières premières. Les injections de liquidité de plusieurs banques mondiales ces dernières semaines n’y ont rien fait. Les cours sont montés pour redescendre tout aussi rapidement. Rien ne semble pour l’instant amorcer un véritable décollage sur le marché des métaux. Mais notez que rien n’indique non plus que le marché va rester encore longtemps déprimé. Le Parti communiste chinois a enfin fixé la date de son Congrès. Ce sera le 8 novembre. Nous saurons alors, après le 8 novembre, vers quel modèle économique se dirige le pays.
Avec la tenue des élections américaines, et plus marginalement de la tenue du Congrès de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, en décembre prochain, le marché des matières devra encore attendre quelques semaines avant d’y voir plus clair. Est-ce que le Congrès américain reconduira les allègements d’impôts pour 2013, sans lesquelles le pays verra sa croissance reculer au premier trimestre 2013 ? Est-ce que l’ANC renforcera sa mainmise sur les mines en 2013, faisant fuir les investisseurs ? Il est encore trop tôt pour dessiner une tendance globale sur les matières premières. Le deal Glencore-Xstrata apparaît ainsi comme symptomatique de la période. Le marché est actuellement dans une phase d’incertitude, mais à plus long terme, ses acteurs ne doutent pas d’une reprise de la croissance, et accentue leur emprise sur les marchés les plus profitables.
En attendant une réelle reprise, seule l’agriculture semble savoir où elle va… et c’est à la hausse !
La Russie joue à la roulette
C’est la Russie qui se retrouve arbitre du marché du blé actuellement. La région de la mer Noire, grande productrice de blé, a également été touchée cet été par la sécheresse. Les marchés craignent ainsi que Moscou ne décide, comme il y a deux ans, un embargo sur ses exportations. Les prix étaient passés de moins de 5 $ le boisseau, à 7,85 $ au plus haut en été, soit une hausse de près de 70%. D’après Claire Fages, de RFI, deux lignes contradictoires, pro et anti-embargo, s’affronteraient au sein du gouvernement russe, et la décision ne serait pas encore tranchée. Les prix devraient de toute façon rester assez élevés, les conditions globales du marché ne conduisant pas à anticiper une baisse.
Du côté du maïs, le marché a effacé une partie de ses pertes de la semaine, alors que l’USDA, l’Agence agricole américaine, a annoncé vendredi que les approvisionnements étaient particulièrement serrés. Surtout, les prévisions des investisseurs d’une hausse des stocks ont été démenties par l’USDA, qui a révélé une chute de 11 et 21% des stocks de maïs et de soja. Cependant, la chute du soja s’explique par une baisse moins sévère que prévue des stocks.
Doutes persistants sur une reprise du cuivre
Cette semaine, c’est le cuivre qui fait la une des actualités. Et cette nouvelle popularité n’est pas de bon augure. La baisse de 1,86% sur la semaine indique une poursuite de la décélération de l’activité économique, principalement en Chine. Pour le sixième mois consécutif, l’indice PMI de l’activité manufacturière reste en dessous des 50 points, signe d’une décélération du secteur. La déclaration de Liu Ligang, économiste du groupe ANZ, cité par le Financial Times, “les politiques mises en place jusqu’ici [baisse des taux et investissements dans les infrastructures] ont échoué à enrayer le cycle baissier”, témoigne bien des blocages créés par l’absence de direction crédible à la tête de l’Etat.
Un point néanmoins sur le fer. D’après les dernières déclarations des autorités chinoises, 40% des mines de fer auraient fermé du fait de la chute des cours (les cours sont brièvement passés sous les 100 $ en début de mois, contre 150 $ en avril). J’étais revenu dans l’Edito Matières Premières sur le cas des mines chinoises. Lorsque les cours du fer plongent, elles sont les premières touchées car leurs coûts de production sont parmi les plus élevés au monde. Avec la fermeture de 40% de ces mines, les cours du fer devraient continuer leur hausse. Le rebond des cours de l’acier de pratiquement 10% en est une première manifestation.
Le pétrole se reprend après sa chute
Après sa baisse appuyée en milieu de semaine dernière, le pétrole a redressé timidement la tête en fin de semaine. La publication d’un rapport de Bloomberg sur une hausse de la consommation des ménages américains a été un des principaux facteurs haussiers. Mais je reste pessimiste sur l’évolution à moyen terme, du fait de l’incertitude provoquée par le changement possible de leaders aux Etats-Unis et en Chine. Actuellement, seule une crise au Moyen-Orient pourrait tendre à nouveau les cours durablement.
L’Afrique du Sud ne change rien
Malgré l’extension des grèves dans les mines d’or en Afrique du Sud, quatrième producteur mondial d’or, les cours de l’once sont restés étonnement stables. Plus étonnant encore, les chutes du platine et encore plus du palladium, respectivement de -3,45 et -9,90%. Ces baisses témoignent peut-être de l’absence de perspectives sur la demande de platinoïdes alors que le premier producteur du groupe des platinoïdes, AngloAmerican, vient de menacer de licencier les mineurs absentéistes de sa mine de Rustenburg. Je reste sceptique sur l’attitude des marchés pourtant, alors que les différentes crises qui éclatent actuellement dans le pays devraient probablement se finir par une hausse, même modeste, des salaires. Je m’attends à une stabilisation des cours, du moins dans les semaines à venir.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 21/09/2012 |
Vendredi 28/09/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 107 | 2 125 | -2,30% |
| Cuivre* | 8 280 | 8 246 | -1,86% |
| Plomb* | 2 284 | 2 300 | 2,09% |
| Nickel* | 18 075 | 18 540 | 5,64% |
| Etain | 20 950 | 21 640 | 1,12% |
| Zinc* | 2 125 | 2 112 | 0,43% |
| Acier (Méditerranéen) * | 340 | 350 | 9,38% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
92,18 | 91,51 | -7,65% |
| Or (spot Comex) | 1 761,4 | 1 768 | -0,32% |
| Argent spot Comex) | 33,98 | 34,4 | -0,58% |
| Platine (spot Comex) | 1 608 | 1 650 | -3,45% |
| Palladium (spot Comex) | 655 | 628 | -9,90% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
9 | 8,98 | -1,43% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
7,47 | 7,65 | -1,16% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
16,08 | 15,86 | -7,41% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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