Le BTP n’a-t-il plus la cote en Chine ?
Je ne pensais pas devoir me poser cette question avant longtemps. Revenant d’un voyage de deux mois en Chine, la construction m’était apparue aussi florissante qu’un prêteur sur gage espagnol.
Mais début septembre, j’ai dû me rendre à la raison. Le cours du fer est passé en dessous des 100 $ la tonne, avant de revenir juste au-dessus tout récemment. Quelque chose clochait définitivement sur ce marché. J’étais passé à côté d’un élément.
Car le fer, c’est la construction chinoise. La corrélation entre son activité et les cours du fer est forte du fait d’une moindre financiarisation du marché. Rendez-vous compte, à la différence des autres métaux, il n’existe même pas d’ETF sur les prix du fer ! Vierge, le fer est donc un bon indicateur de la santé économique chinoise.
Pourtant je n’avais pas rêvé, je slalomais bien entre les grues cet été. Et de nuit, les flashs des fers à souder illuminaient des quartiers entiers. Je me suis donc plongé sur le marché du fer.
Je n’ai plus de doute, le fer a un grand avenir. Je vous dirai comment en profiter à la fin de cet Edito. En attendant, je vais vous raconter comment les producteurs sont en train d’éliminer leurs concurrents du marché !
Le moral d’acier de la Chine
Les Chinois seront peut-être appelés le nouveau “peuple bâtisseur” dans les livres d’Histoire de 2050. Car les grands ports de Shanghai et Qingdao continuent d’absorber la plupart des cargaisons de fer des vraquiers géants. Aujourd’hui, le pays consomment 427 kilos de fer par personne et par an. A titre de comparaison, je consomme en tant qu’européen 314 kilos par an, et un Américain 263 kilos.
Pourtant le citoyen chinois ne détient pas le record du monde, loin de là ! La consommation coréenne surpasse de plus de 50% la consommation chinoise. La marge de progression est encore forte. Toutefois, ses ressors vont progressivement évoluer.
La Chine fait sa crise d’adolescence
C’est ce que nous apprend Michael Komesaroff, analyste pour la compagnie australienne spécialisée sur la Chine, Urandaline Investments. La consommation de fer d’un pays peut être divisée en quatre étapes :
1. Une société agraire, où le PIB par habitant ne dépasse pas les 2 000 $ par an ne va pas consommer beaucoup de fer.
2. La deuxième phase correspond à l’urbanisation de la population.
3. La troisième correspond à un changement du mode d’utilisation du fer, et marque habituellement un pic de consommation.
4. La quatrième phase amorce le déclin de la demande.
Où en est la Chine ? Pour Michael Komesaroff, la Chine est à cheval entre deux étapes. La population de l’ouest en est encore à la deuxième phase, alors que certaines villes de la côte sont entrées dans la troisième.
On en conclu tout simplement que la consommation de la Chine va encore progresser. Car rappelez-vous, à peine 50% de la population chinoise vit en ville. Les moteurs de croissance vont rester allumés encore longtemps.
Construire plus haut, le nouveau défi chinois
Toutefois, la consommation de fer devrait accélérer dans les mois à venir pour une raison spécifique à la Chine : le manque de place.
Source : Demographia world urban areas (2012)
Comme nous l’indique ce graphique, parmi les 10 villes les plus denses du monde, six sont chinoises. C’est une donnée que l’on ignore souvent, la Chine manque de place. Pékin est même plus dense que Tokyo ! Les constructeurs vont donc être obligés de construire de plus en plus haut, et cette tendance de fond va profiter au fer.
Avant le décollage chinois, la plupart des immeubles ne dépassait pas les six étages. Or l’intensité de la consommation de fer va croissante au fur et à mesure que l’on augmente les étages. Ainsi, un immeuble de 32 étages consomme deux fois plus de fer par étage qu’un immeuble de 8 étages.
Selon une étude de Mc Kinsey, le pourcentage d’immeubles bas en Chine était de 40% il y a 10 ans. Il devrait passer à 15% d’ici 2020.
Ainsi l’intensité en fer va aller croissante. Avec la poursuite de la construction, la demande en fer devrait croître encore sur les 10 ans à venir selon Michael Komesaroff.
Pourquoi les prix du fer chutent-il alors ?
Alors que les perspectives semblent assurées pour ce marché, les cours du fer sont effectivement tombés en dessous des 100$. L’explication pourrait être simple. L’activité industrielle chinoise ne vient-elle pas de toucher un plus bas depuis 2009 ? La faiblesse de la demande européenne ne freine-t-elle pas les exportations chinoises ? Ces explications ne sont cependant pas satisfaisantes. Une raison bien plus obscure explique cette chute.
Saviez-vous que les gisements de fer chinois sont très difficiles à exploiter ? Si mauvais que les mines chinoises connaissent les coûts de production parmi les plus élevés du monde.
La Chine a besoin d’un prix du fer supérieur à 120 $ pour que ses mines soient rentables. Depuis que, au début de l’été, les cours sont passés en-dessous, puis, récemment, à 100 $, les mines chinoises sont à l’agonie. Tout l’inverse des miniers étrangers !
La hausse du fer, une aubaine !
Cette baisse est une aubaine, car elle va éliminer plusieurs concurrents des grands miniers du fer qui tiennent le marché. Comme le souligne Claire Fages de RFI, ces compagnies sont étonnement résistantes face à la chute des cours, grâce à leur intégration verticale.
L’inconvénient à court terme, c’est que les profits de ces compagnies s’effondrent. Pourtant, à plus long terme, le pari est judicieux. Comme l’analysait le Financial Times récemment, la stratégie des grands miniers est d’augmenter les capacités de production “quoiqu’il en soit”, en comptant sur l’augmentation des volumes vendus pour compenser la baisse des prix.
Parier sur les grands mineurs internationaux du fer est donc actuellement une opportunité extrêmement intéressante.
[Une valeur du fer a énormément souffert en bourse. Pourtant sa situation de leader mondial du fer est unique, et il profitera de la remontée des cours. Les lecteurs de Matières à Profits détiennent tous les éléments pour en profiter et viser une belle plus-value : pourquoi ne pas en profiter vous aussi...]


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