Comment faut-il jouer le prochain cycle chinois ?

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Avez-vous détaché vos ceintures ?

La semaine dernière, je revenais sur l’atterrissage de l’économie chinoise dans un Edito titré “Ici Pékin, veuillez rester assis jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse“.

Depuis lors, les signes d’un atterrissage achevé de l’économie chinoise se sont multipliés. La production industrielle a progressé le mois dernier de 9,2% sur un an, contre 8,9% au mois d’août. Les ventes au détail progressent également par rapport à août. Enfin, on assiste à un retour de l’investissement en capital fixe.

La lenteur de l’atterrissage avait jusque-là retardé la reprise des investissements à l’étranger de la Chine. Aujourd’hui, alors que l’économie donne des signes de vigueur, et que le 18e Congrès qui doit voir le changement de direction à la tête du Parti communiste chinois (PCC) approche, l’optimisme est à nouveau de mise.

Je m’attends à un mouvement qui est caractéristique de ce cycle : le retour des investissements miniers chinois à l’étranger. L’intérêt pour les métaux reste toujours aussi grand pour Pékin, alors que l’urbanisation de la population est loin d’être achevée.

Aujourd’hui, je vous propose de profiter du redémarrage d’un nouveau cycle !

La mine, l’horizon chinois…
Pour satisfaire ses besoins en infrastructures, la Chine décide en 1999 de lancer ses compagnies publiques à l’assaut des ressources minières mondiales. C’est la “go out Policy” initiée par Zhou Rong Zi, qui consiste à aider les entreprises “adolescentes” à s’aventurer en dehors de leurs frontières chinoises, se traduit par une hausse des investissements notamment dans le Pacifique, en Afrique et en Amérique latine.

Pourtant, après 13 ans d’une politique expansionniste, on se rend compte que les résultats sont mitigés sur le plan économique. Le manque de savoir-faire a souvent bloqué ou fait gonfler les coûts des projets miniers. Par exemple, le prix du projet de mine de fer de CITIC en Australie occidentale a vu son montant passer de 1,9 à 7,1 milliards de dollars. De même, en Zambie, la fusillade dans la mine de cuivre de Chambichi opérée par China non-Ferrous Metals Corporation a affecté pour longtemps l’image de la Chine en Afrique.

Comme le révèle Michael Komesaroff, consultant australien pour Urandaline Investments, la Chine ne disposait pas des ressources nécessaires pour réussir entièrement sa percée à l’étranger.

… et le révélateur de son immaturité
Trois raisons peuvent expliquer les fréquents échecs commerciaux de la Chine :

  1. La diversité des acteurs

Alors que le gouvernement chinois contrôle directement la décision de creuser ou de ne pas creuser, à l’étranger, les miniers sont souvent confrontés à une diversité d’acteurs, du gouvernement aux syndicats en passant par les mouvements écologistes.

  1. La difficulté à imposer une main-d’oeuvre chinoise

De plus en plus de pays, notamment en Afrique, refusent que la minière chinoise amène sa main-d’oeuvre de Chine. La minière chinoise perd alors un de ses avantages compétitifs.

  1. L’absence des fournisseurs chinois

La force de la Chine réside également dans un réseau de fournisseurs. A l’étranger, ce réseau ne fonctionne plus, et ralentit l’exécution du projet.

La Chine a essayé de réagir
Avec la multiplication des échecs, le gouvernement a compris que le prix proposé n’était pas la seule variable qui jouait dans la décision d’un gouvernement d’attribuer sa concession minière. A partir de 2005, le pays a mis sur pied un processus de supervision des investissements miniers à l’étranger.

Ainsi les projets doivent passer sous les fourches caudines de la State-owned Assets Supervision and Administration Commission (Sasac) et de la National Development Reform Commission (NDRC). L’objectif de ces deux organismes est d’amener progressivement les minières à mettre sur pied des projets miniers rentables.

C’était une façon de privilégier l’intérêt économique sur l’intérêt politique. Pourtant, le naturel est revenu très vite au galop. En 2008, le gouvernement a autorisé le rachat de 9% du capital de Rio Tinto par Chinalco pour un montant, de l’avis des analystes, largement surpayé. Mais l’intérêt politique était clair : éviter ainsi la fusion de Rio Tinto et de BHP Billiton.

Mon conseil
L’heure n’est pas venue pour nous de miser sur la rentabilité des minières chinoises pour profiter de la hausse de la demande en métaux. Pour vous donner un aperçu du chemin qu’il reste à parcourir, voici une comparaison des cours depuis cinq ans du minier anglo-australien BHP Billiton (en vert) et de Minmetal (en bleu), le principal groupe minier chinois :

Comparaison graphique des cours depuis cinq ans du minier anglo-australien BHP Billiton (en vert) et de Minmetal (en bleu)

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

On se rend compte que les cours du groupe occidental ont largement surperformé les cours du minier chinois.

A moins d’investir directement sur une minière chinoise qui travaillerait en Chine et exporterait sa production, les minières occidentales restent le meilleur moyen de jouer la hausse de la demande chinoise.

Alors que la consommation redémarre en Chine, quels sont les métaux les plus attirants pour Pékin ? Ces dernières années, on a constaté une légère diversification des investissements vers la bauxite et le nickel. Mais un métal va rester au coeur de la stratégie industrielle chinoise : le cuivre.

Actuellement autour des 8 000 $ la tonne, Goldman Sachs a prévu que la tonne atteindra les 9 000 $ en moyenne, alors que l’offre courra encore longtemps derrière la demande.

[NDLR : Le marché du cuivre restera tendu du fait de la difficulté pour les minières de trouver de nouveaux gisements riches et localisés dans des pays stables. Cette situation profitera aux compagnies qui bénéficient déjà d'amples réserves, ainsi que de coûts de production compétitifs. Bonne nouvelle : Florent Detroy a repéré une telle opportunité. Cette minière sera au coeur du prochain numéro de Matières à Profits : n'attendez pas pour profiter de cette opportunité et de bien d'autres encore...]

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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