Small is beautiful !
Enfin le minimalisme triomphe, le gigantisme périclite. C’est la tendance qui anime les marchés miniers depuis l’année dernière. Ce retournement de tendance est notamment à l’origine d’un bouleversement à la tête des grandes compagnies minières. Rendez vous compte, en l’espace d’à peine 12 mois, les dirigeants des 5 plus grandes minières du monde, BHP Billiton (BHP:NYSE), Rio Tinto (RIO:NYSE), Anglo American (AAL:LSE), Xstrata et Vale (VALE:NYSE) ont été remplacés.
Leur faute ? Avoir accumulé des projets miniers sans tenir compte de leur rentabilité.
Résultat Roger Agnelli (Vale), Mike Davis (Xstrata), Cynthia Carroll (Anglo) Tom Albanese (Rio) et Marius Kloppers (BHP) ont acheté quelques bouteilles de mousseux et ont organisé tristement leurs pots de départ. Pratiquement tous porteront encore longtemps le poids de l’échec d’un ou deux projets calamiteux, comme Minas-Rio au Brésil (Anglo), Alcan (Rio) ou Petrohawk (BHP).
Mais il faut faire attention de ne pas expliquer toutes les baisses des cours de ces minières par le simple fait que des investissements hasardeux ont été faits. Le départ de ces dirigeants a correspondu également à la fin d’une époque, celle du super cycle des métaux. L’industrie minière est une activité cyclique par excellence, et la baisse des cours des métaux expliquent aussi la baisse de BHP de 34% depuis son pic de 2011, ou de 52% d’Anglo American.
Aujourd’hui, alors que les métaux font l’unanimité contre eux, je vous propose de revenir sur ce secteur. Certaines de ces sociétés ont mis en oeuvre une nouvelle stratégie mieux adaptée au nouveau contexte du marché. Moins diversifié, plus investi sur les métaux rentables, BHP Billiton fait figure d’exemple.
Vale et Rio Tinto restent englués
Deux sociétés n’ont pas encore tourné la page de leur période fastueuse des années 2000, la brésilienne Vale et l’anglo-australienne Rio Tinto. Toutes deux désireuses de se recentrer sur leurs actifs les mieux valorisés, Vale reste encore une compagnie trop diversifiée. Depuis ses mines de fer, Vale a réussi à se développer dans l’aluminium, le nickel ou encore les engrais. Or autant les perspectives sur le fer sont encourageantes, autant celles sur l’aluminium restent incertaines.
Avec Rio Tinto, si la compagnie a annoncé vouloir vendre pour 7 milliards de dollars d’actifs dans l’aluminium, ce même métal reste LE fardeau du groupe. Le rachat d’Alcan en 2007 pour 34 milliards de dollars restera l’erreur du minier. Obligé de passer une dépréciation entre 10 et 11 milliards de dollars sur son secteur aluminium, le groupe reste encore largement surendetté.
Le destin de BHP Billiton est tout autre comparé à ses deux rivaux.
BHP Billiton le moins mauvais des miniers
C’est en février dernier que le groupe a annoncé le remplacement de son PDG, Marius Kloppers, arrivé en 2007, par Andrew Mackenzie. Cette annonce a été faite avec la publication de résultats particulièrement décevants sur le plan financier.Sur le dernier trimestre 2012, le bénéfice sous-jacent (qui exclut les éléments exceptionnels) a reculé de 43% à 5,7 milliards de dollars, et le chiffre d’affaires a baissé de 14% à 32 milliards.
Paradoxalement, le départ de Marius Kloppers a surpris les analystes, car c’est grâce à lui que le groupe a surperformé ses rivaux. “Il faut noter que contrairement [à d'autres groupes], le changement de direction n’est pas, selon nous, conduit par des résultats décevants car BHP a fait mieux que ses concurrents avec Marius Kloppers à sa tête” soulignait RBC Capital Market à l’annonce de la succession.
Voici une comparaison des évolutions des titres de 3 minières depuis 2007, date de l’arrivée de Marius Kloppers à la tête de BHP Billiton.
Titre : Comparaison des cours de BHP Billiton (en rouge),
Rio Tinto (en vert) et d’Anglo American (en bleu) depuis 2007
Cliquez sur sur le graphique pour l’agrandir
On se rend bien compte que BHP a largement su préserver sa rentabilité à partir de 2009. Aujourd’hui, alors que les cours de certains métaux ont touché des plus bas qu’ils auront du mal à battre, l’opportunité de rentrer sur la mine devient à nouveau intéressant. C’est la réflexion que s’est faite Andrew Mackenzie, puisque le groupe a lancé une nouvelle stratégie.
BHP Billiton : Objectif rentabilité
Andrew Mackenzie a présenté la stratégie du groupe lors de la conférence Global Metals, Mining and Steel, organisée à Barcelone le 14 mai par Bank of America Merrill Lynch. Cette stratégie peut se décomposer en 3 points :
1. S’alléger
BHP a lancé depuis le début de l’année la vente de plusieurs participations, dont celles dans la mine de diamants canadienne d’Ekati et dans le joint-venture gazier Brownse, revendues à PetroChina. La vente de la mine de charbon métallurgique de Gregory-Crynum, serait également à l’étude.
En ce qui concerne les investissements, ils devraient passer de 22 milliards de dollars cette année à 18 milliards de dollars en 2014.
2. Focaliser
La mine n’en reste pas moins un secteur rentable. Andrew Mackenzie a estimé que les inquiétudes autour de la demande étaient largement surestimées. “Mise à part l’Europe, qui est encore à la traîne, il y a plus de preuves du retour de l’optimisme dans les pays développés”. Et de continuer en expliquant que le groupe allait se concentrer sur 4 matières particulières : le pétrole et le gaz non-conventionnel aux Etats-Unis, le cuivre au Chili, le fer en Australie ainsi que le charbon métallurgique.
[NDLR : Matières à Profits est rentré en fin d'année dernière sur une des plus belles valeurs du pétrole de schiste américain. Après un premier gain de 25% l'année dernière sur ce marché, MAP vise à nouveau un gain de 30% cette année sur cette valeur. Retrouvez plus de détails dans Matières à Profits...]
Pour Mackenzie, il est peu probable de voir les prix des métaux s’envoler une nouvelle fois. Il souligne toutefois que les marchés oublient régulièrement que si la demande est exponentielle, l’offre n’est qu’arithmétique.
3. Privilégier l’actionnaire
Il n’est toutefois pas question de recommencer les erreurs du passé et d’investir à nouveau à tout crin. Cette stratégie va avant tout privilégier l’actionnaire au détriment des investissements, revus à la baisse. Le nouveau PDG a ainsi annoncé que la moitié des profits sous-jacents du groupe reviendrait aux actionnaires.
Déjà en 2012, alors que les résultats plongeaient avec la chute des prix, BHP Billiton a augmenté ses dividendes de 11%.
Mon conseil : Privilégiez BHP contre RIO
Si la nouvelle stratégie de BHP (BHP:NYSE) apparaît comme cohérente, la comparaison avec son concurrent direct devrait finir de vous convaincre que ce minier est le mieux positionné pour profiter d’un éventuel retour de la croissance du marché.
Le P/E à venir de BHP Billiton s’établit à 11,3 sur l’année fiscale en cours, contre 7,2 pour Rio, et la croissance du revenu net devrait progresser de 32% pour BHP contre 26 pour Rio Tinto.
En cas de reprise sur le marché des métaux, je vous conseille de garder un oeil sur BHP.




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