Ici Pékin, veuillez rester assis jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse

| |
leadimg

Voilà un an que je vous parle de l’atterrissage de la Chine. “Hard” ou “soft”, les débats ont été particulièrement intenses, sans jamais qu’un diagnostic ne l’emporte sur l’autre. Je suis revenu personnellement un nombre incalculable de fois sur cette thématique. C’était nécessaire, la Chine est la véritable tour de contrôle des matières premières, la vigie, le sémaphore.

Une chose est certaine, la croissance chinoise a ralenti. La semaine dernière, l’abaissement des perspectives de croissance de la Chine, passant de 8% à 7,8% pour 2012 par le FMI, est venu confirmer une fois encore ce ralentissement. Mais cette perspective baissière pourrait bien être la dernière.

Cette semaine constitue peut-être un tournant dans l’histoire économique de la Chine. Ce matin, le Financial Times titrait “China slowdown could be nearing end“. Il est possible que vous échappiez dans les mois à venir à mes métaphores aériennes douteuses à propos de l’économie chinoise… car la Chine a peut-être enfin atterri.

Aujourd’hui, je vous propose de faire le point sur la situation chinoise. Surtout, je vous proposerai une série d’investissements qui pourraient décoller en cas de retour de la Chine aux avant-postes de la croissance mondiale.

Un atterrissage plus brutal que prévu
Selon l’institut de recherche Dragonomics, trois raisons peuvent expliquer le ralentissement chinois depuis un an :

  1. L’échéance de la transition politique
  2. Le durcissement de la politique étrangère
  3. La fin d’un cycle de croissance

Pour l’institut, les raisons d’être optimiste sont désormais là, car la transition sera bientôt derrière nous. Le 8 novembre prochain se tiendra le 18e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui verra arriver une nouvelle équipe au pouvoir. La politique étrangère pourrait également s’adoucir, et les excès du dernier cycle haussier devraient bientôt être purgés.

Je suis souvent revenu sur le poids que fait porter la transition politique sur les investissements. J’aimerais donc traiter ici du troisième point relevé par Dragonomics. En particulier, j’aimerais revenir sur l’importance de la lutte contre l’inflation et ses conséquences.

La victoire contre l’inflation
Il n’y a pas que l’Allemagne qui soit allergique à l’inflation. La Chine, et la plupart des pays émergents ces dernières années, se battent pour la contrôler. Produit de leur croissance exceptionnelle, la pression inflationniste a également été accrue par les nombreux rounds de quantitative easing (QE) américains. Yuan, mais aussi roupie indienne ou réal brésilien, ont connu plusieurs pics ces dernières années, ce qui a eu pour effet de pénaliser les exportations.

La Chine s’était fixé un objectif d’inflation autour de 3-4%. Or en 2011, l’inflation était de 6,5%. Le gouvernement a ainsi pris une série de mesures pour contrôler sa masse monétaire, prenant le risque de ralentir l’activité économique en réduisant le crédit. Pour rejoindre l’analyse de Dragonomics, le gouvernement a mis fin au cycle du crédit “tout azimut”, pour reprendre le contrôle de sa politique économique.

En septembre 2012, l’inflation s’est établie à 1,9%. C’est encore plus bas que les 2% d’août dernier. Le pays peut désormais affirmer qu’il a gagné son combat contre l’inflation. Cette lutte a trop souvent été ignorée dans l’analyse du ralentissement chinois. Elle a également expliqué la timidité des interventions de la Banque centrale chinoise. Aujourd’hui, alors que l’inflation est maîtrisée, le gouvernement a retrouvé de la marge de manoeuvre.

L’inflation vaincue, l’heure des réjouissances a-t-elle sonnée ?
La maîtrise de l’inflation a ouvert la voie à de nombreux commentaires optimistes. Ainsi cette semaine, Lu Ting, de Bank of America Merrill Lynch, estimait que “le musellement des pressions inflationnistes apportera plus de marge de manoeuvre pour le gouvernement pour introduire de nouvelles politiques d’assouplissement [monétaires] et de nouvelles mesures de stimulation”.

Cet optimisme a été soutenu par la publication de quelques indicateurs positifs. Ainsi, les exportations chinoises sont ressorties la semaine dernière en hausse de 9,9% sur un an, chiffre qui a dépassé les attentes des analystes. Il n’en fallait pas plus pour que l’on crie au retour de la Chine !

Je resterais extrêmement prudent sur cette analyse. Le maintien de fortes exportations, quand bien même vers des marchés aussi déprimés que le sont l’Union européenne et les Etats-Unis, est en partie une des conséquences du contrôle de l’inflation. Les prix chinois étant moins chers, le pays a réussi à conserver ses parts de marché. Peu de commentateurs ont relevé que les importations, elles, n’avaient progressé que de 2%.

De toute manière, la Chine est en train de revenir sur les écrans radars des investisseurs.

Jim Rogers lance le come-back chinois
C’est Jim Rogers qui a le mieux ce mois-ci incarné le retour de l’intérêt pour la Chine. Gourou des matières premières, cet investisseur américain répète qu’il va faire son grand retour sur le marché chinois. Fondamentalement haussier sur la Chine et les matières premières, Jim Rogers a rappelé qu’il n’achetait la Chine “que lorsqu’elle ralentit”.

De même, l’approche du 18e Congrès chinois pourrait changer la donne. Récemment Li Yinan, économiste à l’université de Stockholm, affirmait que les reculs de l’investissement avant les Congrès étaient aussi communs que les booms d’après Congrès.

C’est indéniable, l’approche de la transition chinoise commence à attirer les investisseurs qui croient au potentiel chinois. Mais à mon avis, ces investisseurs passent à côté de l’essentiel. Certes, la nouvelle équipe va insuffler davantage de stabilité sur les marchés, et oui, la Banque populaire de Chine possède actuellement de nouvelles marges de manoeuvres… mais pour faire quoi ?

L’importance de la transition politique…
La période qui s’ouvrira après novembre va nous offrir deux pistes d’investissements. Je vous propose d’étudier les deux :

=> Investissements de court terme

Historiquement, les rebonds des marchés ont toujours accompagné les passations de pouvoir. Ainsi en 1977, avec Deng Xiaoping, en 1992 avec le retour de Deng, en 2002, avec l’arrivée de Hu Jintao et de Wen Jiabao. Concrètement, je m’attends à un rebond du marché des métaux. En effet, la transition va permettre de débloquer le problème du financement des chantiers lancés en septembre par les régions de l’ouest. Ces régions se sont lancées dans un programme de 125 milliards de dollars pour développer leurs infrastructures. Pour l’instant, les investisseurs hésitent à financer ces programmes. Le 18e Congrès va donner davantage de visibilité aux marchés (les dirigeants chinois seront élus pour cinq ans).

D’ailleurs, je reste haussier à moyen terme sur les matières premières, car les régions de l’ouest demeurent profondément sous-développées. La poursuite de la croissance chinoise continuera de tirer la demande, en métaux notamment. Rappelez-vous, la consommation de cuivre par habitant est encore cinq fois moindre que celle de la Belgique.

[NDLR : Découvrez dès aujourd'hui la lettre d'investissement de Florent Detroy qui vous recommandera d'investir dès novembre sur une valeur idéalement positionnée pour profiter du redémarrage chinois. Pour bénéficier des analyses... de tous les conseils... des recommandations et du suivi de portefeuille de Florent Detroy sur les matières premières : suivez le guide...]

=> Investissements de long terme

Au-delà du financement des chantiers de l’ouest du pays, la nouvelle équipe au pouvoir aura à gérer une affaire autrement plus compliquée que construire une ligne de métro à Chongqing : la transition vers un autre modèle économique.

Comme l’affirme Dragonomics, elle passera du stade de la mobilisation du capital à celui de l’efficience du capital. Après avoir financé sans discernement ses projets d’infrastructures notamment, l’importance de la rentabilité du capital va devenir un critère de plus en plus prégnant.

Cette transition ouvrira la voie à une rationalisation de la gestion des compagnies chinoises. Ce changement sera alors une aubaine pour nous, car les sociétés occidentales joueront enfin avec les mêmes règles que leurs homologues chinois.

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.