Investissez sur les nouveaux tigres de papiers d’aluminium

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Les Etats vont dépenser 4 trillions de dollars en infrastructures sur les 20 prochaines années.

J’aime beaucoup ce type d’informations. Depuis quelques temps, je m’amuse à les collectionner.

  • Saviez-vous qu’entre 1 et 10% des espèces sont éliminées tous les 10 ans ?

  • Saviez-vous que nous n’aurons plus de pétrole dans 40 ans ?

  • Saviez-vous que nous serons 9 milliards d’êtres humains en 2050 ?

J’aime ces informations parce qu’elles laissent une large place à l’imaginaire.

10% des espèces en moins dans 10 ans ? Est-ce que la mouette, qui a décidé de me réveiller tous les matins par son interprétation assez fidèle du “crissement de pneu”, va disparaître ?

9 milliards d’êtres humains sur Terre ? Est-ce que je dois réserver tout de suite ma chambre d’hôtel avec vue sur le bassin d’Arcachon pour le 15 août 2050 ?

Beaucoup de questions peuvent être posées. Car le problème, c’est que l’on ne sait pas de quoi on parle. L’imagination devient fertile, certes, mais donne peu de pistes pour agir. Je préfère ainsi lire des informations similaires, mais accompagnées d’exemples.

Ainsi sur les espèces, d’ici 2050, la population de manchots d’Adélaïde pourrait avoir disparu selon WWF.

C’est plus parlant, non ?

En ce qui concerne les infrastructures, le raisonnement doit être le même. Les dépenses d’infrastructures augmentent, parfait, mais il faut savoir où ? Comment ? En quoi ça nous intéresse ?

Nous savons que les métaux en profiteront. Pour identifier clairement les opportunités, je vous conseille de lire ces quelques lignes.

Le rêve américain est encore vivace
Au sortir de la Première Guerre mondiale, il fallait 62 jours pour rejoindre Washington à San Francisco par la route. Après le “Great road program” lancé par Eisenhower dans les années 1950, il ne fallait plus deux jours.

Ce type de programmes ont fait quintupler le PIB américain. Ils ont permis de développer les compagnies du BTP ainsi que les minières et les industriels des métaux.

A présent, ce sont les pays émergents qui mettent en place de tels programmes, méprisant les “tigres de papiers” (pays occidentaux).

C’est donc au tour des minières et des utilities de ces pays de se développer.

La Chine et l’Inde, les deux vieux lions ?
La Chine et l’Inde restent des acteurs de taille internationale sur le marché des infrastructures et des métaux du simple fait de leur dimension.

Ainsi l’Inde a lancé son programme “Golden Quadrilateral”, qui prévoit d’investir plusieurs dizaines de milliards pour construire 6 500 km de route.

La Chine, dont certains s’inquiètent d’une bulle de la construction, a pourtant encore des besoins d’infrastructures gigantesques. Ainsi l’OCDE a estimé que la Chine pourrait encore compter pour 33% des dépenses en infrastructures en Asie d’ici 2030.

Pourtant le rythme de croissance est en train de ralentir dans ces pays. Entre 2003 et 2007, la construction de logement a progressé de 20% par an. Dans les années à venir, il ne devrait être “que” de 10%.

C’est le reste de l’Asie, admirative et jalouse de la réussite asiatique, qui devrait dans les années à venir prendre le relai de la demande.

L’Asie construit en dur, les métaux vont décoller

  • Les Philippines sont en train de faciliter les partenariats public-privé. Pour cette seule année, jusqu’à trois milliards de dollars pourraient être dépensés en infrastructure.

  • En Thaïlande, c’est 11 milliards de dollars qui seront mobilisés.

  • En Indonésie, c’est 140 milliards de dollars qui seront utilisés sur ce secteur jusqu’en 2014.

  • Enfin Hong Kong a annoncé une hausse de 6% de ses dépenses en infrastructures, pour atteindre 62 milliards de dollars hongkongais.

Voilà, nous arrivons mieux à saisir désormais comment vont se matérialiser les 4 trillions de dollars dépensés en infrastructures d’ici 2030.

Ainsi nous pouvons explorer les différents moyens d’en profiter.

Cuivre vs. aluminium, qui en profitera le mieux ?
Investir sur les métaux est le meilleur choix possible pour profiter de la construction en Asie. Mais le choix de tel ou tel métaux peut s’avérer cornélien.

Si le BTP arrive en tête pour la demande de cuivre, ce secteur arrive quand même en deuxième position pour l’aluminium.

Le cuivre présente un intérêt certain. Le métal rouge reste en situation de pénurie constante, ce qui permet de soutenir ses cours. Le Groupe international d’études sur le cuivre (ICSG) a annoncé que le marché du métal rouge a fonctionné avec un déficit de 358 000 tonnes en 2011.

Pourtant l’aluminium est en ce moment plus intéressant.

Tensions à court terme sur le marché
D’ici 2015, l’Asie consommera 50% de l’aluminium selon Tadeu Nardocci, président de Novelis Europe (leader de la production et du recyclage d’aluminium).

Les pays pionniers comme la Chine ont d’ailleurs multiplié les investissements pour augmenter leur production. Ca a été le cas récemment du géant de l’aluminium chinois Chalco, qui a récemment investi 927 millions sur une minière pour s’assurer un accès à l’énergie à bas coût.

[NDLR : Matières à Profits a récemment recommandé à ses lecteurs une minière charbon. Celle-ci vient de décoller grâce à un investissement réalisé cette semaine par un producteur d'aluminium. Pour plus d'informations : abonnez-vous dès aujourd'hui à Matières à Profits...]

Mais surtout, ce sont les fondamentaux du marché qui sont intéressants pour nous.

  • D’abord en début d’année, de grands industriels du secteur comme Alcoa ou Rio Tinto ont réduit leurs capacités de production alors que les cours menaçaient de tomber en dessous des 2 000 $ la tonne.

Graphique du cours de l'aluminium

  • Surtout, une pénurie est en train de se former sur l’aluminium, alors que les stocks n’ont jamais été aussi hauts.

L’aluminium indestockable, une réalité ignorée
Malgré le ralentissement de l’économie chinoise et la hausse des stocks à des niveaux historiques, le prix de la tonne d’aluminium est resté relativement haut.

L’explication est simple : il est devenu très difficile de récupérer l’aluminium que l’on a stocké.

La financiarisation excessive de ce marché mobilise d’importantes quantités de métal, qui assèche le marché physique. Le site Commodesk souligne ainsi que la prime (coût de stockage) en Amérique du Nord atteint le double de celle de 2008… alors que le ratio stocks/consommation est de 16 semaines contre 3,5 en 2008.

Certains industriels doivent ainsi atteindre plusieurs mois afin d’utiliser leur aluminium. La moindre perturbation sur le marché tendra immédiatement les cours. Or les problèmes sont déjà prévisibles.

Par exemple, à partir du deuxième trimestre 2012, les entrepôts de Detroit devront être capable de doubler leurs sorties de métal par jour, pour atteindre 3 000 tonnes de métal, afin de respecter leur engagements.

Le moindre dysfonctionnement créera une tension sur le marché.

Mon conseil
Alors que le ralentissement chinois inquiète actuellement le secteur des métaux, les tensions sur le marché devraient empêcher les cours de tomber en dessous des 2 000 $.

A plus long terme, le redémarrage de la Chine, attendu au deuxième ou troisième trimestre, et l’accélération de l’Asie du Sud-Est, supporteront les cours.

Vous pouvez décider d’investir directement sur les géants de l’aluminium. Le géant américain Alcoa fait partie de ces tigres de papiers d’alu les plus prometteurs.

Vous pouvez également décider de miser sur les producteurs d’énergie destinée à l’industrie de l’aluminium. Je vous rappelle que 40% des coûts de production de l’aluminium proviennent de l’énergie.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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