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Café : Torréfiez votre portefeuille !

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L’arabica flatte davantage le coeur des consommateurs, le robusta l’esprit.

C’est la réflexion que m’a inspiré ce matin l’étude des deux marchés du café mondial. Ma volonté était d’abord de savoir comment deux graines réunies sous le même nom pouvaient produire un goût si différent.

Parfumé et délicat, l’arabica possède une gamme infinie de variété. Du “Maragogype” mexicain au “Bourbon pointu” réunionnais, il est agréable de se perdre dans le large éventail des variétés. Leur diversité rappelle parfois celle des cépages du vin.

Quant au robusta, point de différence. Cette graine est plus résistante, d’où son nom, et c’est pratiquement tout ce qu’on lui demande. Oubliez saveur, parfum, finesse… j’ai encore en mémoire le souvenir de petits déjeuners gâchés par les volutes d’un café fumant bien trop corsé, caractéristique des robustas, signe que je m’étais trompé de paquet au supermarché.

En regardant les cours, je me rends compte que les deux graines n’ont pas qu’une différence de goût. Elles ont aussi une différence de prix. Depuis le début d’année, la tonne de robusta à Londres a gagné plus de 12%. A l’inverse, les cours de l’arabica à New York ont perdu 22%.

Comparaison des cours du prix du sac d’arabica et du robusta sur six mois

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

La population mondiale serait-elle en train de préférer la saveur corsée et ombrageuse du robusta, contre la douceur de l’arabica ?

C’est faire grand cas du choix du consommateur. Cela fait bien longtemps que le marketing en est venu à bout. Non, une explication plus rationnelle est en oeuvre : la discipline des producteurs de robusta.

Au-delà du cas du café, le retour de la discipline est un des traits majeurs sur les marchés des matières premières cette année.

Plus de stabilité signifie moins de risques pour nos investissements. Il est temps de repérer dès à présent sur quels marchés nous investirons en toute tranquillité.

L’arabica plus volatil et plus risqué
La différence d’évolution entre les deux graines est d’abord une affaire de climat.

Les plantations d’arabica sont particulièrement fragiles. Maladies et parasites dévastent facilement les cultures. La faute notamment à une faible diversité génétique.

A côté de ces risques, le principal producteur est également responsable d’un grand nombre de perturbations. Le Brésil est l’alpha et l’oméga du café arabica. Pourtant il ne maîtrise pas les cours.

Pour la saison 2010-2011, la récolte avait été particulièrement bonne, avec 133 millions de sacs (1 sac est égal à 60 kg) récoltés. Mais des problèmes d’approvisionnement et la faiblesse des stocks n’avaient pas empêché les cours d’atteindre les 300 cents la livre. Ils étaient par la suite redescendus vers les 230 en fin d’année.

Des producteurs en concurrence
Cette année, la production brésilienne devrait également être satisfaisante. L’International Coffee Organization (ICO) s’attend pour la saison 2011-2012 a une récolte proche des 131 millions de sacs.

Mais cette fois, si les incertitudes sur le climat ou l’acheminement vers les ports pourraient une nouvelle fois perturber le marché, il faudra également compter sur l’arrivée des récoltes du Costa Rica, du Honduras et du Guatemala.

Ainsi les prévisions d’un approvisionnement abondant du marché ont fait chuter les cours depuis le 1er janvier.

Sur le marché du robusta, le scénario est tout autre.

Le Vietnam met le marché du robusta en coupes réglées…
Hanoï produit 14% du café mondial, essentiellement du robusta. Son pouvoir sur le marché, le pays le tient de ses parts à l’exportation. Elles se montent à près 50% sur le marché du robusta.

Après de bonnes récoltes l’année dernière, les producteurs ont contrôlé l’accroissement de la moisson. Ils ont également régulé leurs exportations, n’hésitant pas à les freiner quand les prix étaient trop bas.

… et assure ainsi à ses agriculteurs des prix élevés
Comme le résume bien la banque Macquarie, “ils [les producteurs vietnamiens] sont confortables financièrement parlant, grâce à la bonne tenue des prix l’année dernière, et conservent ainsi leur récolte”.

Les prix se sont ainsi maintenus cette année autour des 2 000 $ la tonne, contre 1 800 $ en moyenne au dernier trimestre 2011.

Il faut noter que le Vietnam devrait voir son contrôle sur le marché quelque peu réduit, avec l’arrivée de la production indonésienne. En effet, Jakarta pèse 7% du marché du café.

Que nous apprend le cas du café ?
Cet exemple nous fait replonger en pleine guerre froide.

Attention, je ne parle pas de la course aux armements entre l’URSS et les Etats-Unis, mais bien de l’époque où les producteurs de matières premières avaient conscience d’appartenir à un même groupe. Une sorte de conscience de classe, en somme.

Cette conscience avait donné lieu à une régulation, autoritaire mais parfois efficace, de leur marché. Les systèmes de quotas permettaient notamment de contrôler les prix. C’était le cas surtout sur le marché du sucre, sur lequel l’International Sugar Organization (ISO) régnait.

Avec la chute de l’URSS, les politiques de régulation ont été démantelées. Or aujourd’hui, on voit un retour de cette volonté régulatrice. Dans les engrais, l’aluminium, et le robusta donc, les prix évoluent désormais avec un filet de sécurité.

Investir sur ces marchés, c’est donc investir sur un marché moins volatil. C’est se protéger.

Mon conseil
Ces derniers mois, plusieurs compagnies se sont distinguées par leurs mesures interventionnistes. En réduisant leurs capacités de production, ces entreprises ont empêché les cours de s’effondrer.

C’est le cas notamment d’Alcoa dans l’aluminium. La société a annoncé la semaine dernière des résultats en nette hausse. D’ailleurs, je vous avais recommandé dans l’Edito du 3 avril de vous positionner sur la valeur. Le cours a pris 8,59% à l’annonce de ses résultats le 8 avril.

Aujourd’hui, c’est un autre secteur qui devrait décoller grâce à la réduction de la production en début d’année. Il s’agit du secteur des engrais.

Une des valeurs que Matières à Profits suit pour vous est particulièrement bien positionnée sur ce marché. Elle profitera bientôt de sa stratégie de réduction de sa production. Avec le retour de la Chine sur le marché, cette valeur est actuellement sur la rampe de lancement. Pékin a importé sur les seuls mois de janvier et février 75% des volumes injectés sur toute l’année 2011. Ainsi l’administration chinoise s’attend à voir doubler ses importations d’engrais cette année. Cette valeur entrera d’ailleurs bientôt dans notre portefeuille pour profiter de ce boom.

Bon investissement.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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