Nouveau décrochage de l’or et des mines : jusqu’où ?

leadimg

Je reprends très exceptionnellement ma plume, étant donné le violent décrochage de l’or et des mines, et à la demande de certains d’entre vous. Juste un petit point rapide pour partager avec vous mon sentiment personnel.

Graphique du cours de l'or

Les causes du nouveau décrochage de l’or, vous les connaissez : crise de liquidité en Chine, craintes de l’arrêt du quantitative easing (QE), hausse des taux d’intérêt. Je n’y reviens pas.

Voici rapidement la situation
L’or vient de casser un support long terme de plusieurs années (cf. droite rouge en pointillés), d’où le violent décrochage constaté.

Graphique du décrochage du cours de l'or

Le cours de l’once (1 198 $) est actuellement 25% sous sa moyenne mobile de 200 jours (1 601 $). Une situation extrême… pire qu’en 2008. C’est très rare, pour ne pas dire historique, que le cours s’éloigne à ce point de sa MM200. C’est une situation extra-ordinaire qui peut difficilement tenir longtemps dans le temps. Un retour vers la moyenne est inévitable, tôt ou tard.

Pourtant, étant donné les pressions vendeuses et la faiblesse de l’once, la baisse devrait se poursuivre. Il est probable que le cours se replie dans les prochaines semaines jusque vers les 1 050 $ (825 euros). Nous avons là un support long terme solide (cf. oblique bleue).

Les “mains faibles” sont en train d’être sorties du marché “manu militari”… Nous sommes en mode “épuration”.

Nous assistons probablement à la phase terminale de la consolidation de moyen terme entamée il y a 2 ans (à l’été 2011, lorsque l’or cotait 1 900 $).

Côté COT, la situation est encourageante
Jamais depuis 2002 les commerciaux (smart money) n’ont diminué à ce point leurs positions nettes vendeuses sur l’or. La situation est encore plus extrême sur l’argent métal (du jamais vu depuis 1997 !). Au point où nous en sommes, il ne manque pas beaucoup pour voir une position nette acheteuse se construire progressivement. Là encore, nous sommes confrontés à une situation extrême qui tôt ou tard doit se normaliser et conduira à une pression haussière sur le cours.

Du côté des indicateurs de sentiment
C’est la débandade. Ils sont tout simplement à des niveaux plus qu’extrêmes, sous les seuils du creux de 2008. Je crois n’avoir jamais vu un pessimisme ambiant aussi profond sur l’or. La dépression est démesurée. Là encore, il me paraît impossible qu’une situation aussi extrême dure dans le temps. Un retour vers la moyenne est inévitable.

Du côté des dernières news, ayez en tête que :

  • En mai les banques centrales rempilent et font grimper leurs réserves d’or : la Russie a acheté 6,2 tonnes d’or, le Kazakhstan 4, la Turquie 18,2 t ;

  • Le CME a encore fait grimper de 25% les appels de marge sur l’or et l’argent ;

  • L’Inde persiste et signe : après une hausse des taxes à l’import sur l’or, elle interdit à ses banques de prendre l’or en garantie pour octroyer des prêts ;

  • Enfin, du côté de la Chine la crise de liquidité peut peser sur le cours de l’or quelque temps.

En synthèse :
La saisonnalité est mauvaise, l’or touchant en général un point bas l’été avant de se reprendre à l’automne. Il est donc probable que nous touchions le fond d’ici septembre. Ce fond pourrait être le support des 1 050 $. Et cela mettrait un terme à la grande correction de moyen terme entamée en 2011. Donc j’attendrais encore pour revenir (voire renforcer) sur l’or.

C’est un avis personnel, qui n’engage que moi. Pour la suite, vous connaissez mon point de vue. Je n’y reviens pas.

Petit point rapide sur les minières
La baisse du cours de l’or a entraîné un décrochage violent des mines, celles-ci devant passer de lourdes provisions pour dépréciations d’actifs.

L’indice HUI, qui affiche aujourd’hui 210 points, a perdu 68% depuis son point haut de septembre 2011 (639 points).

Nous sommes entrés dans une zone de turbulence violente bien connue des minières dont l’activité est très cyclique : le cours de l’or devenant inférieur aux coûts de production, les mines ne sont plus rentables. Elles perdent de l’argent, ce qui les oblige à interrompre leur production et de cesser leurs investissements. Fermer les gisements va mener rapidement à une baisse importante de l’offre.

Sachant que l’offre d’or physique est déjà insuffisante aujourd’hui, cette situation fera remonter mécaniquement les cours de l’or tôt ou tard.

Ajoutez à cela l’impossibilité pour les juniors de se financer (les marchés ne leur sont plus accessibles et les banques ferment le verrou de l’argent). Les faillites vont se multiplier et c’est la production future de l’or qui est ainsi décimée.

Dans ces situations, seules les mines armées d’une trésorerie importante, capables de “faire le dos rond” un certain temps, s’en sortent.

Oui, les mines sont très cycliques ; aux hausses succèdent les baisses ; aux baisses succèdent les hausses… Nous sommes entre ces deux phases, comme à l’automne 2008. Et la question n’est pas de savoir SI le cycle baissier va s’inverser, mais QUAND.

Je situe le plancher dans la zone 150 points/200 points sur l’indice HUI. Probablement d’ici septembre. Donc j’attendrai encore un peu pour revenir sur les mines. Comme pour l’or, l’élastique est tendu jusqu’à un niveau extrême. Il est clairement en mode rupture. Un retour vers la moyenne est inévitable, tôt ou tard.

Au stade actuel, la seule stratégie qui vaille est probablement d’attendre le grand sell off sur les mines pour ensuite remonter très progressivement dans les mines, en pyramidant progressivement à la hausse au fur et à mesure que la tendance haussière du cours de l’or se solidifie à coups de passage au-dessus de résistances cruciales.

Je vous conseille au passage de suivre de près la politique de couverture des mines dans les prochains jours et semaines. Leur volonté (ou non) de se hedger nous en dira long sur leurs anticipations quant à l’évolution du cours de l’once.

Voilà, en très bref et à chaud, une synthèse de mon point de vue sur l’or et les mines après le décrochage d’hier.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connait bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles sur les sites Protections & rendement, Edito Matières Premières et Agora Formation

Un commentaire
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  1. Chère Isabelle.

    Article plein de bon sens.
    j’achète des titres de cuivre via plus500, quant aux titres sur l’or il devrait monter à 1380 US$ l’once avant la fin du mois de septembre 2013.
    Bien cordialement.
    Jean-Claude Guillermain
    http://mocona.over-blog.com/article-evolution-du-prix-du-cuivre-et-des-terres-rares-en-2013-2014-2015-119533906.html

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