L’idée d’un “découplage” des économies mondiales n’est plus qu’une vieille rengaine, utilisée par ceux qui croient encore à l’efficience des marchés, à l’autorégulation de la finance, ou encore que la Terre est plate.
Cette semaine, nous constatons ainsi tout naturellement que l’aggravation de la crise de la dette dans la zone euro pèse mécaniquement sur les résultats des autres places boursières, notamment asiatiques. Le Hang Seng, l’indice de Hong Kong, a à nouveau ouvert en baisse ce matin, à -2,3%.
Et les espoirs de reprise sur ce continent devront être reportés à plus tard, tant la situation européenne apparaît pour l’instant désespérée.
Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, c’est au tour de l’Espagne de se retrouver au centre de la crise. Sa légitime stratégie de ne pas vouloir accepter de tutelle européenne, comme le lui demande la Commission en échange d’une aide, crée une légère tension parmi les investisseurs européens. Résultat, déjà 97 milliards d’euros de dépôts ont quitté l’Espagne au premier trimestre 2012, soit 10% du PIB. Surtout, les taux d’emprunt de l’Etat à 10 ans dépassent désormais les 6,5%, et font monter le spread, c’est-à-dire l’écart avec les taux allemands, à plus de cinq points. Comme le souligne Jean Pisani-Ferry, économiste au centre de réflexion européen Bruegel dans Le Monde daté d’aujourd’hui, un tel niveau avait signifié “le début de la fin” pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal.
Les marchés asiatiques s’enfoncent dans la crise…
Si l’Union européenne est devenue l’homme malade de la mondialisation, on peut affirmer que l’Asie a elle-même attrapé froid. Car ce sont bien les tensions latentes autour de la zone euro qui fragilisent actuellement les marchés de l’autre côté du globe.
Ainsi en Chine, alors que l’indice PMI chinois avait bien résisté en avril, à plus de 53, il est désormais tombé proche des 50 points. Même les entrées en bourse sont suspendues au règlement de la crise de la zone euro. Le joaillier londonien Graff Diamonds a repoussé son introduction à la Bourse de Hong Kong du fait de l’incertitude qui règne sur les marchés. Un refus qui correspond également à une baisse de régime du secteur du luxe, indicateur pour le moins inquiétant.
Les partenaires régionaux ont également publié des indicateurs inquiétants. Ainsi l’Indonésie a annoncé pour la première fois en deux ans un déficit commercial, et les exportations sud-coréennes ont chuté pour le troisième mois consécutif. Enfin l’Inde a publié un préoccupant 5,3% de croissance au premier trimestre 2012, soit un niveau inférieur à l’époque post-crise de 2008.
… mais préparent déjà leur rebond
Pourtant, si l’Asie est fortement liée à l’économie européenne, elle reste fondamentalement autonome dans ses moyens de relance. Ainsi la Chine a multiplié les mesures de soutien à l’activité, comme la relance des investissements, l’ouverture de certains secteurs aux investissements étrangers (trains, réseaux électriques) et a facilité l’accès au financement des PME. De même, l’Inde pense à abaisser ses taux directeurs. Ce type de mesures a tendance à se multiplier dans les pays émergents, qui ont bien plus que l’Europe les moyens de soutenir leur activité.
Ainsi, nous savons que ces pays sont en situation de retrouver une croissance après un passage à vide. C’est toute la différence avec l’Europe, qui devra s’habituer à une croissance molle encore de longs mois, pour ne pas dire années. Pour le marché des matières, cela signifie avant tout que des opportunités d’investissements vont rapidement se présenter.
Le cuivre reste hypersensible, l’aluminium bien orienté
Hypersensible au climat économique, le cuivre continue sa longue chute. Le métal rouge est passé en dessous des 7 400 $ la tonne. A noter que le Pérou est en train de confirmer son rôle de nouvel eldorado du cuivre, alors que Cuzco a l’intention d’augmenter sa production de 75% d’ici 2015. La production arriverait alors à 2,15 millions de tonnes par an, confortant sa position de deuxième producteur mondial.
Habitué à être en queue de peloton depuis des mois, le nickel pourrait toutefois avoir fini sa période de purgatoire, et revenir sur le devant de la scène. Une série d’analyses, de Commerzbank et de Barclays notamment, a redonné de l’espoir au marché. Aidé par la nouvelle taxe à l’exportation imposée par l’Indonésie, le nickel pourrait même renouer avec les 20 000 $ la tonne au quatrième trimestre 2012 selon Bloomberg. En attendant, la tonne approche les 16 000 $, et pourrait passer en dessous à court terme en cas d’aggravation de la crise économique.
Quant à l’aluminium, il continue de bien résister face aux autres métaux, avec une perte de moins de 2% cette semaine. La réduction de la production mondiale porte ses fruits.
Baisse inespérée mais temporaire du soja et du maïs
Les cours du blé ont plongé cette semaine, plombés par la déprime de l’ensemble du secteur agricole. Les marchés n’ont pas tenu compte du début d’inquiétude aux Etats-Unis sur le manque de pluie, et sur le manque d’eau en Russie. La prochaine récolte pourrait donc en être affectée. A suivre.
Ensuite, pour la deuxième semaine consécutive, le soja et le maïs sont en baisse. Les cours du maïs ont cassé leur plancher à 5,8 $, pour aller tutoyer les 5,5 $ le boisseau. De même le soja a continué sa course descendante. Pourtant, rien n’explique fondamentalement cette baisse, si ce n’est le climat économique morose. Comme le souligne ironiquement Jon Michalscheck , consultant en matières premières chez Benson-Quinn, “après avoir connu un mois comme celui de mai, il est facile de comprendre comment et pourquoi les marchés des matières premières peuvent rendre les traders un peu plus humbles”.
Le pétrole, symbole de la dépression des matières
Chute impressionnante : le Brent est passé sous les 100 $. Après avoir cassé le support des 103 $ dans la semaine, Dominic Schnider, du pôle matières premières d’UBS à Singapour, voyait jeudi un baril à 95 $ à court terme. Nous n’en sommes déjà pas si loin.
Côté WTI, le pétrole à New York, certains analystes, comme le groupe japonais Newedge, voient le baril tomber à 75 $ au troisième trimestre. En cause, l’augmentation rapide de la production américaine, inédit depuis 1999.
L’or bat un record de plus de 30 ans
L’or n’avait pas connu de mois de mai aussi sombre depuis 30 ans. L’once clôture le mois en perte de 6%, en baisse pour un troisième mois consécutif. La remontée du dollar explique en partie cette désaffection pour l’once. Toutefois, on a assisté à une légère remontée de l’once, passée au-dessus des 1 600 $, en fin de semaine. Les investisseurs estiment peut-être que des mesures de relance sont désormais inévitables.
A plus long terme, l’actualité de l’euro ne doit cependant pas faire oublier les faiblesses intrinsèques du dollar. Les investissements sur l’or sont plus que jamais judicieux dans une perspective à moyen terme, même au risque de subir une poursuite de la correction à court à terme.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Jeudi 24/05/2012 |
Vendredi 01/06/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 008 | 1 979 | -1,44% |
| Cuivre* | 7 612 | 7 365 | -3,24% |
| Plomb* | 1 945 | 1 897 | -2,47% |
| Nickel* | 17 000 | 16 085 | -5,38% |
| Etain | 19 690 | 19 400 | -1,47% |
| Zinc* | 1 878 | 1 858 | -1,06% |
| Acier (Méditerranéen) * | 379 | 400 | 5,54% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
90,63 | 82,24 | -9,26% |
| Or (spot Comex) | 1 557 | 1 618 | 3,92% |
| Argent spot Comex) | 28,32 | 28,38 | 0,21% |
| Platine (spot Comex) | 1 414 | 1 428 | 0,99% |
| Palladium (spot Comex) | 613 | 603 | -1,63% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,73 | 6,17 | -8,32% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
5,84 | 5,59 | -4,28% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
13,78 | 13,44 | -2,47% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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