Matières premières, qui sont les gagnants de l’été ?

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leadimg

14%, 11%, 12%… voici les bonnes nouvelles du mois d’août !

Un marché apparaît comme le grand vainqueur du mois d’août : celui des métaux précieux. Après l’agriculture en juillet, les métaux précieux sont les heureux gagnants de ce mois.

Que s’est-il passé ?

Une hausse des métaux précieux est souvent la conséquence d’une anticipation d’une injection de liquidité par les banques centrales. Ben Bernanke s’est-il porté garant de la dette américaine ? Mario Draghi est-il désormais acquéreur de la moindre émission de dette en Europe ?

Après vérification, aucun de ces scénarios ne s’est réalisé pendant le mois d’août. L’or, traditionnellement suspendu aux lèvres des dirigeants de la Fed, affiche d’ailleurs la moins forte hausse du secteur. La hausse des métaux précieux est finalement due aux caractéristiques propres de chacun.

Métaux précieux mis à part, le marché des matières premières n’a pas connu de réelle évolution. C’est d’ailleurs logique, puisque l’on retrouve les mêmes incertitudes que nous avions délaissées début août. Le sort de l’Union européenne est toujours entre les mains de la Cour de Karlsruhe, qui doit rendre son verdict sur le MES le 12 septembre prochain. Le gouvernement grec demande toujours plus de temps, peut-être afin de préparer au mieux sa sortie de la zone euro, alors que les équilibres budgétaires espagnols, italiens et désormais portugais inquiètent toujours les marchés.

De l’autre côté de l’Atlantique, les indicateurs économiques restent désespérément “contrastés” selon La Presse Affaire. Si l’activité industrielle américaine a progressé en juillet, l’activité manufacturière a ralenti en août à New York et à Philadelphie. L’économie américaine dérive toujours, alors que républicains et démocrates se battent toujours pour le contrôle du gouvernail. Enfin la Chine continue de souffler le froid et le chaud, en affichant une nouvelle fois un recul de son activité manufacturière selon HSBC, mais en conservant un fort taux d’investissement.

Depuis notre analyse de juillet, le marché des matières premières devient de plus en plus complexe. Nous privilégierons de plus en plus l’analyse au cas par cas.

L’Afrique du Sud met les platinoïdes au supplice
Au-dessus des 1 700 $ la tonne en début d’année, le ralentissement industriel mondial avait fait redescendre le platine vers les 1 400 $ en juillet. Cependant, les prix ont violemment bondi début août, pour repasser au-dessus des 1 500 $. Le platine enregistre une hausse de quasiment 10%, et le palladium de 12,8%. C’est la grève des mineurs de la mine de Marikana en Afrique du Sud qui est à l’origine de cette hausse subite. Le pays représente 80% de la production mondiale de platine.

Or le marché s’est très vite inquiété d’une contagion de cette grève à d’autres mines. Et c’est ce qui est en train de se passer. Le mouvement de Marikana a déjà amené des travailleurs des mines d’Anglo American et de Northam Platinum à rentrer à leur tour en grève. Les prix des platinoïdes pourraient encore croître.

La hausse de l’argent, de 11,8% sur les trois dernières semaines, résulte d’une forte baisse de la production aux Etats-Unis. La production américaine a baissé de 14%, entre mai 2011 et 2012. Pourtant, l’information n’a été publiée que ce mois-ci par l’USGS.

Une fois n’est pas coutume, les performances de l’or apparaissent relativement modérées. La progression de 3% reflète l’optimisme mesuré des marchés concernant une intervention de la Fed en septembre.

Le pétrole repart paradoxalement à la hausse
En août, le WTI comme le Brent sont partis à la hausse. Aux Etats-Unis, des stocks en baisse et un discours de la Fed perçu comme encourageant sur de prochaines mesures de relance ont permis au WTI de progresser de plus de 7% sur le mois.

En Europe, la baisse de la production de la mer du Nord, et les premières conséquences du boycott européen du brut iranien ont également soutenu les cours.

Toutefois les perspectives de croissance en Europe ou aux Etats-Unis n’ont fondamentalement pas évolué depuis juillet. D’ailleurs, l’Agence internationale de l’énergie vient de revoir pour la quatrième fois consécutive de l’année ses prévisions de consommation à la baisse en 2012.

Un message décevant de la Fed en septembre pourrait vite mettre un frein à la hausse.

Les métaux industriels stagnent
Si la désertion des investisseurs en août explique les faibles évolutions des métaux industriels, cette stagnation s’explique également par l’absence de nouvelles économiques de poids. Comme le résume bien Robin Bhar, analyste de la Société Générale, les métaux continuent “de fluctuer dans des fourchettes de prix étroites”, et dans des volumes très limités.

L’aluminium a retrouvé son équilibre. Si l’abondance des stocks chinois avait pesé sur les cours jusqu’en juin-juillet, la baisse de l’activité des grands producteurs a rempli son rôle.

De manière générale, le marché des métaux reste encore très incertain, et présente des perspectives toujours aussi floues. Seules les annulations des grands projets miniers annoncées cet été, comme celle de BHP Billiton en Australie, nous donnent quelques informations sur l’état de l’offre en 2013. Certains métaux pourraient ainsi profiter de cette pénurie artificielle, comme le cuivre.

Ces décisions nous confirment surtout que l’âge d’or des métaux est pour l’instant révolu.

Agriculture, coup de soleil ou insolation ?
Si le marché de l’agriculture a connu une stupéfiante croissance en juillet, le maintien à des niveaux historiques en août n’en est pas moins spectaculaire. En cause, une sécheresse historique aux Etats-Unis, jamais vu depuis 1895. A ce phénomène s’est ajouté un retard de la mousson indienne et des problèmes météorologiques autour de la mer Noire.

Nous ne sommes pas devant un simple coup de chaud estival de l’agriculture, mais devant une véritable catastrophe météorologique et alimentaire. La conjugaison des accidents climatiques pourrait ainsi porter le maïs vers les 9 $ le boisseau. Le soja pourrait également repartir à la hausse, alors que les Etats-Unis viennent d’annoncer une baisse de 12% de sa production.

Seul le blé a repris son souffle en août, après une hausse de 19% en juillet. Les annonces de Moscou concernant ses exportations seront décisives dans les semaines à venir.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
27/07/2012
Vendredi
24/08/2012
Variation
mensuelle

En $

En $

En %

Aluminium 1 897 1 901 0,21%
Cuivre* 7 511 7 616 1,40%
Plomb* 1 878 1 951 3,89%
Nickel* 15 975 16 545 3,57%
Etain 17 695 20 345 14,98%
Zinc* 1 815 1 858 2,37%
Acier (Méditerranéen) * 370 350 -5,41%
Pétrole light
(New York 1 mois)
90,04 97 7,73%
Or (spot Comex) 1 622 1 672 3,08%
Argent spot Comex) 27,68 30,95 11,81%
Platine (spot Comex) 1 405 1 542 9,75%
Palladium (spot Comex) 576 650 12,85%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
9,12 8,71 -4,50%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
8,12 8,09 -0,37%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
16,41 17,61 7,31%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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