Cette semaine a été riche en nouvelles. Sur les trois grands marchés, l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine, les évolutions ont toutes été majeures. Pourtant les signaux économiques ont souvent été contradictoires, et ont empêché les matières de réellement profiter de la stabilité politique retrouvée après le renouvellement de l’exécutif en Chine et aux Etats-Unis.
Commençons par les Etats-Unis. Vous l’aurez sûrement remarqué, Barack Obama a été réélu à la tête de l’Etat. Au vu de la confortable marge de voix obtenues par le candidat, le parti républicain pourrait connaître très prochainement sa nuit des longs couteaux. Mais la victoire du parti démocrate a surtout fait planer le risque d’une poursuite du blocage républicain au Congrès, notamment autour des allègements d’impôts votés ces dernières années. Alors que ces allègements doivent prendre fin le 31 décembre prochain, une poursuite du blocage pourrait faire basculer le pays dans la récession. Pour creuser ce sujet, je vous renvoie vers la Quotidienne d’Agora. Partiellement obéré par les analystes avant l’élection, le risque, appelé fiscal cliff, est désormais réel. C’est ce qui explique le trou d’air des bourses jeudi dernier. Le Dow Jones perdait 2,4% par exemple, avant de se ressaisir partiellement. La publication vendredi de statistiques en hausse à propos du moral des ménages américains, par l’université du Michigan, a insufflé toutefois une dose d’optimisme en fin de semaine.
Du côté européen, la publication de statistiques économiques moins bonnes que prévues a pesé sur les bourses. La Commission européenne a déclaré qu’elle s’attendait à ce que l’économie européenne se contracte cette année, de 0,4%. Il n’en fallait pas plus pour amener les bourses à la baisse. Le CAC 40 a ainsi perdu 2,5% sur la semaine. Cette déprime a même commencé à se propager en Allemagne, alors que les commandes industrielles du pays ont reculé lourdement. Le retour de la tension autour de la Grèce a également pu expliquer cette fébrilité.
Mais le plus intéressant est venu de Chine. Une fois n’est pas coutume, je ne veux pas parler du 18e Congrès, mais bien de l’économie réelle. Les investisseurs ont anticipé la bonne transition du pouvoir, car cette semaine a vu une pluie de bons indicateurs être publiés. L’activité industrielle, les ventes de détail et les investissements en capital fixe sont tous partis à la hausse le mois dernier. En particulier, ce sont les ventes de détail qui ont progressé fortement, de 14,5% sur un an en octobre, contre 14,2% en septembre. C’est un signal positif, bien qu’à confirmer, d’une accélération du rôle de la consommation dans la création de richesse. Je rappelle que c’est l’objectif du 11e plan quinquennal chinois, qui englobe la période 2011-2015.
Ces indicateurs ont ainsi conforté l’optimisme autour du marché chinois, perceptible depuis quelques semaines. Pour Lu Ting, de Bank of America-Merrill Lynch, cité par l’AFP, c’est une confirmation que la croissance va repartir à la hausse au quatrième trimestre : “Nous maintenons notre prévision de 7,8% pour le quatrième trimestre et de 8,3% pour la première moitié de 2013″, a-t-il déclaré. Il n’en fallait pas plus me faire pronostiquer une remontée courant 2013 du prix des métaux industriels.
Des métaux encore fébriles devant le fiscal cliff
Les métaux ont hésité à célébrer la victoire d’Obama. Certes, sa victoire confortait la place de Ben Bernanke, et sa politique monétaire généreuse. Mécaniquement, l’assurance de la poursuite d’un assouplissement monétaire va favoriser la hausse des métaux, portée par la spéculation. Pourtant les marchés se sont très vite concentrés sur la nouvelle échancre, le fiscal cliff, et n’ont pas pu profiter avec emphase des bons indicateurs chinois.
Le cuivre a symbolisé les tensions qui traversent actuellement le marché. Le métal rouge était reparti à la hausse en début de semaine sous le coup de la publication des bons chiffres de l’industrie chinoise et de l’accord conclu en Grèce. Mais les inquiétudes autour du fiscal cliff sont venues calmer les ardeurs des marchés, pour faire perdre finalement plus de 2% sur la semaine au métal rouge.
Comme la semaine dernière, seul le plomb s’en sort bien. L’explication n’a pas varié, voire est devenue encore plus crédible : le marché devrait tomber en déficit d’ici 2013. La demande en batteries acide-plomb a déjà fortement augmenté en Chine, permettant de soutenir les cours.
L’or se réjouit de la stabilité à la tête de la Fed
A l’instar des autres matières, l’or a apprécié la victoire d’Obama, mais est très vite redescendu du fait du fiscal cliff et de la remontée du dollar. A terme, l’once d’or devrait être la principale bénéficiaire de ce nouveau mandat qui s’ouvre pour le président Obama, grâce à l’assurance de voir Ben Bernanke rester à son poste.
Sur le plan fondamental, l’or sera également soutenu dans les années à venir grâce à la demande chinoise. Si Pékin a réduit ses achats de métaux industriels ces derniers mois, l’or garde toujours les faveurs de l’empire du Milieu. Les importations d’or sur les neuf premiers mois de l’année ont ainsi représenté quatre fois les volumes importés en 2011, signe d’une accélération forte de la demande. Selon l’analyste de Thomson Reuters GFMS, Philip Klapwijk, la Chine pourrait bientôt dépasser l’Inde en tant que premier consommateur d’or au monde.
Le pétrole s’est rétabli
Le pétrole s’est remis de son accès de fièvre de mercredi dernier. Après la publication de résultats décevants sur la zone euro par la Commission européenne, le WTI avait perdu près de 4 $. Depuis, les bonnes nouvelles en provenance de Chine, l’accord en Grèce sur une nouvelle saignée dans le budget de l’Etat, et une remontée du moral des Américains ont aidé le pétrole de New York à remonter la pente. Il se permet même de finir la semaine sur une note positive.
Dans les semaines à venir, les cours du WTI seront dictés en partie par le Moyen-Orient, où les regains de tension font une nouvelle fois craindre une escalade au moins verbale.
Le blé illumine l’agriculture
Cette semaine, c’est le blé qui est en vedette. La semaine dernière, le blé meunier a même conclu sept séances d’affilée de hausse. Les causes sont à chercher ici dans les pays de la CEI. En Ukraine précisément. Sa production devrait être en baisse de 38% comparé à l’année dernière, celle-ci s’ajoutant à la chute de la production russe. Ce qui est en train de tendre les cours, c’est la situation difficile que sont en train d’affronter les autres pays. En Australie, les rendements sont attendus en baisse, alors que l’Argentine craint pour la qualité de sa production. “Le fait qu’il n’y ait pas de bonnes nouvelles dans cette partie du globe [Amérique du Sud] rend vraisemblable que les prix restent à un haut niveau à moyen terme”, a résumé Commerzbank.
A l’inverse, le soja devrait continuer sur la pente descendante. Très attendu, le rapport de l’USDA (l’Agence de l’agriculture américaine) publié vendredi, a annoncé de meilleurs rendements que prévus pour la production, et des stocks en hausse. Les conséquences de la sécheresse ne semblent plus aussi dramatiques. Comme le résume bien Damien Courvalin : “les risques d’un niveau de stocks critique de soja continuent de s’évanouir rapidement”.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 02/11/2012 |
Vendredi 09/11/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 959,50 | 1 907 | -2,68% |
| Cuivre* | 7 780 | 7 536 | -3,14% |
| Plomb* | 2 133 | 2 156 | 1,08% |
| Nickel* | 16 195 | 15 945 | -1,54% |
| Etain | 20 290 | 20 190 | -0,49% |
| Zinc* | 1 890 | 1 892 | 0,11% |
| Acier (Méditerranéen) * | 335 | 315 | -5,97% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
84,53 | 85,92 | 1,64% |
| Or (spot Comex) | 1 676,20 | 1 733 | 3,39% |
| Argent spot Comex) | 30,7 | 32,61 | 6,22% |
| Platine (spot Comex) | 1 538 | 1 560 | 1,43% |
| Palladium (spot Comex) | 597 | 609 | 2,01% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
8,66 | 8,786 | 1,45% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
7,384 | 7,382 | -0,03% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
15,16 | 14,276 | -5,83% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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