Le problème européen existe-t-il encore ?

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Pour Bank of America Merrill Lynch, c’est clair, le “fiscal cliff” américain constitue désormais la principale menace pour les marchés.

L’annonce de la banque pourrait être au mieux anecdotique, au pire redondante, puisque cela fait des semaines que cette menace est évoquée par les marchés. Pourtant il constitue peut-être un tournant dans la perception du risque par les marchés. Le “fiscal cliff” est le principal risque pour la banque… devant la crise de la dette européenne !

Depuis maintenant deux ans, la fuite en avant de la crise européenne pèse sur les marchés. Pourtant il semble que le risque s’éloigne enfin, malgré la poursuite des blocages institutionnels. Jeudi dernier, Les Echos, réagissant au conflit qui opposait François Hollande à Angela Merkel lors du sommet européen, titraient encore “l’Union européenne est rattrapée par ses démons”. Nous sommes même partis pour une nouvelle passe d’armes entre Français et Allemands, entre partisans de l’union bancaire et partisans de l’union budgétaire. Récemment, c’est David Cameron qui est venu complexifier encore un peu plus les débats, en refusant la moindre hausse du budget européen.

En dépit de cet énième blocage européen, les marchés semblent regagner un peu de confiance. Les indices financiers européens continuent de sous-performer par rapport notamment aux marchés américains. Le S&P 500 affiche une progression de 16% sur l’année alors que le CAC 40 est en progression de 11%. Mais sur une période de trois mois, on se rend compte que le marché français fait mieux que son homologue outre-Atlantique. Les actions européennes affichent un +12%, soit deux fois mieux que Wall Street. Au passage, Madrid affiche un +22% !

Le filet de sécurité tendu par Mario Draghi en septembre a permis d’apporter un peu de répit au marché européen. Désormais s’ouvre une nouvelle période, où les constructions institutionnelles peuvent s’élaborer dans un climat plus calme. La présentation du rapport en décembre prochain sur l’approfondissement de l’intégration “budgétaire” de la zone euro, rédigé par Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso, Mario Draghi et Jean-Claude Juncker, sera ainsi déterminante.

Malgré l’atténuation du risque européen, le marché des matières premières reste très incertain. Le grand raout organisé chaque année par le LME, le London Metal Exchange, qui s’est tenu la semaine dernière, a permis de faire le point sur les échéances à venir. Comme le résumait le Financial Times, un triptyque d’inquiétude a dominé les débats, “la passation de pouvoir en Chine, les élections américaines et le ‘fiscal cliff’, et la crise de la zone euro”. D’ici moins d’un mois, deux de ces inquiétudes seront levées. Un nouveau cycle se mettra en place, qui devrait être favorable aux matières.

Les métaux reculent sans conviction
Les effets du triptyque débattus cette semaine lors de la semaine du LME ont une nouvelle fois pesé sur les cours des métaux. Cette fois-ci, c’est la transition chinoise qui est responsable du ralentissement. La Chine a publié les chiffres de sa croissance en baisse au troisième trimestre, à 7,4%. Il y a deux semaines, un analyste expliquait que les prix du cuivre étaient montés trop vite à la suite de l’annonce du plan d’investissement chinois de 125 milliards d’euros. Cette publication semble lui donner raison. Le cuivre est en baisse pour la deuxième semaine consécutive.

Toutefois, si le métal rouge devrait continuer de baisser pour repasser sous les 8 000 $ la tonne, les analystes ont tous affirmé que le marché restait “serré”. Un analyste s’est même risqué à prédire en 2013 que “les gens allaient être surpris par la tendance haussière”. Il faisait probablement référence aux déceptions récurrentes des marchés sur la production des nouvelles mines.

Plus confiante encore, la banque Goldman Sachs prévoit une hausse du cuivre à 9 000 $ la tonne en 2013. La banque a profité de la semaine du LME pour réaffirmer que le cuivre restait “son exposition préférée parmi les métaux de base”.

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Le platine sous tension
Les regards se sont tournés vers la platine cette semaine. Une étude de la Deutsche Bank a prédit que les prix du platine pourraient repartir à la hausse avec la multiplication des grèves en Afrique du Sud. Du fait des grèves, 30% des ouvriers du pays n’occupent par leur poste actuellement. Ainsi, la production globale de platine pourrait baisser de 17% cette année. Surtout, les stocks devraient rester bas.

Alors que le marché était en surplus début 2012, les prix pourraient remonter d’ici la fin d’année. Moins affecté, le palladium pourrait pourtant repartir à la hausse, les acheteurs pouvant choisir ce métal comme substitut.

Plein feu sur le blé
Cette semaine, c’est le blé qui est en vedette. Alors que les cours des matières premières agricoles sont légèrement remontés cette semaine, avec une hausse de 3% pour le maïs et de 3,81% pour le soja, c’est le blé qui pourrait repartir à la hausse de manière plus durable. L’USDA, l’Agence de l’agriculture américaine, a définitivement gravé dans le marbre la baisse de la production mondiale de blé la semaine dernière. Alors que des incertitudes entouraient encore la récolte australienne, il n’y a désormais plus de doute, sa production est elle aussi en baisse selon l’USDA, de trois millions de tonnes. Ainsi la production globale devrait baisser de 6% comparé à 2011. De leur côté, les stocks devraient tomber à leur plus bas niveau depuis quatre ans, rendant le marché particulièrement sensible au moindre aléa.

Goldman Sachs moins optimiste sur le Brent
Le pétrole a étonnement perdu les faveurs de Goldman Sachs la semaine dernière, la banque attendant un baril de Brent à 110 $ en moyenne en 2013, contre 130 $ annoncé précédemment. L’explication est à chercher dans la montée en puissance du pétrole de schiste aux Etats-Unis et au Canada. Toutefois, l’ampleur de la correction laisse penser qu’une nouvelle révision des prévisions n’est pas à exclure. Les tensions aux Moyen-Orient, l’embargo sur l’Iran, ainsi que les problèmes d’approvisionnements en mer du Nord pourraient continuer à tendre les cours.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
12/10/2012
Vendredi
19/10/2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 997 2 000,5 0,18%
Cuivre* 8 175 8 124 -0,62%
Plomb* 2 164 2 140 -1,11%
Nickel* 17 300 17 065 -1,36%
Etain 21 795 21 695 -0,46%
Zinc* 1 939 1 905 -1,75%
Acier (Méditerranéen) * 340 315 -7,35%
Pétrole light
(New York 1 mois)
91,56 90,43 -1,23%
Or (spot Comex) 1 747 1 724,9 -1,27%
Argent spot Comex) 33,21 32,09 -3,37%
Platine (spot Comex) 1 640 1 618 -1,34%
Palladium (spot Comex) 638 626 -1,88%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,52 8,79 3,17%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,43 7,65 2,96%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,96 15,53 3,81%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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