Moins de copeaux dans l’usine du monde

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Non, la Chine et l’Europe ne sont pas “sur le même bateau”.

Contrairement à ce qu’a déclaré le Premier ministre finnois Katainen au Sommet de Davos, je ne pense pas que la Chine et l’Union européenne soient sur le même bateau. D’ailleurs, les dernières nouvelles en provenance de Chine sont venues contredire l’appel à la fraternité du ministre scandinave.

Premièrement, la visite d’Angela Merkel en Chine n’a pas été une réussite. Venue s’assurer du soutien de la Chine au FESF et au MES, la seule certitude finalement que la chancelière ramène en Europe, c’est que Pékin choisira tout seul l’ordre des ses priorités. S’il faut aider une économie, ce sera avant tout la sienne.

Deuxième déconvenue, la question de la taxe carbone dans le domaine aérien. Aucune avancée n’a pu être trouvée lors de la visite. Pire, à peine le pied posé sur le tarmac allemand, la chancelière allemande apprenait que la Chine interdisait à ses compagnies aériennes de payer cette taxe carbone.

Ce camouflet prend tout son sens au regard du contexte économique chinois. Confrontée à un ralentissement de son économie, la Chine veut avant tout favoriser son marché.

D’ailleurs la semaine dernière, la baisse des métaux industriels est venue rappeler au reste du monde que la Chine n’est pas sortie de l’ornière de la crise. Le LMEX, la Bourse des métaux de Londres, était en léger repli sur la semaine, après un +13% sur le mois. Or vous savez quel degré d’intimité ont atteint les liens entre Pékin et la Bourse des métaux.

Devant les risques de ralentissement chinois, je suis convaincu que la Chine va relancer son économie.

En attendant, les matières sont en léger recul. Regardons de plus près l’état des marchés.

Les métaux refroidissent
Après une hausse aussi forte des métaux sur un mois, une rapide analyse technique anticipait logiquement un léger repli des cours. Cette correction est intervenue, et se conjugue probablement avec un ralentissement des achats chinois.

Le cuivre perd 3,26% sur la semaine. Comme l’a rappelé la semaine dernière Goldman Sachs, il est normal que les cours commencent à reculer alors que la Chine vient de vivre quatre mois consécutifs de restockage.

Le marché de l’aluminium est dans le même cas. Les cours à Londres sont en retrait de 3,34% sur la semaine.

L’étain et le charbon résistent
Seul l’étain se détache du lot. Avec une baisse de 1,03%, le métal enregistre la plus faible baisse de notre tableau. Sur l’ensemble du mois, le métal reste en gains, avec +23%.

La raison est simple, l’épicentre du marché de l’étain est en train de se déplacer vers l’est. L’ouverture d’une Bourse de l’étain en Indonésie, dont le pays est le plus important producteur, explique cette hausse.

Enfin les perspectives se dégagent pour le charbon. Après une année de restructuration aux Etats-Unis, et d’un recul des cours, la consommation repart. C’est le cas notamment dans la région Asie-Pacifique.

Grand écart dans le pétrole
Le “spread” (écart de cours) entre le Brent et le WTI est à nouveau en train de s’agrandir.

D’un côté, la production américaine de pétrole a augmenté grâce à l’exploitation accrue du pétrole de schiste. D’ailleurs, l’agence américaine de l’Energie a récemment quantifié la hausse de la production américaine. Selon elle, entre 2007 et 2010, la production américaine de pétrole a augmenté de 5,5 millions de barils.

De l’autre côté, le Brent reste toujours prisonnier du projet d’embargo de l’Union européenne sur l’Iran.

Résultat, 18 $ dollars séparent désormais les deux cours.

Sale temps dans l’agriculture
Les réseaux électriques ne sont pas les seuls à être mis à rude épreuve par la vague de froid qui déferle sur l’Europe.

Le blé enregistre une hausse de 2,73% sur la semaine, pour atteindre les 6,62 cents le boisseau. Cette hausse témoigne de la tension naissante sur le marché. Le marché était resté stable en janvier, mais le climat pour le moins rigoureux actuellement en Europe de l’Est pourrait réduire les exportations de grains.

Le blé signe ainsi la plus forte hausse du tableau.

Le marché du maïs reste tendu
Le maïs, bien qu’en gain sur la semaine, de +1,07%, conclut finalement un mois pratiquement à l’équilibre.

En ce qui concerne le soja, le gouvernement argentin a annoncé une perte de 30% de la production du fait du phénomène météorologique La Niña. Cette annonce a depuis été confirmée par plusieurs courtiers en soja.

Les cours ont ainsi repris leur ascension, en hausse de 2,37% cette semaine.

Les produits tropicaux rechutent
Le cacao est en fort repli pour sa part, à -6%. Après une flambée des cours suite aux craintes sur la récolte ivoirienne, la présentation du projet de régulation du marché cette semaine a calmé les marchés. Surtout, la nouvelle structure ivoirienne pourrait à court terme gonfler les stocks du pays.

Pour le sucre et le café, le ralentissement de la demande face à une production toujours robuste, respectivement en Inde et au Brésil, a pesé sur les cours.

Le sucre est en repli de 4,7% sur la semaine.

Les métaux précieux sauvent la mise
L’or et l’argent continuent de profiter de l’assurance donnée par le patron de la Fed de laisser les taux d’intérêt pratiquement à 0%.

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Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
27/01/2012
Vendredi
03/02/2012
Variation
hebdomadaire
Aluminium 2 277 2 201 -3,34%
Cuivre* 8 622 8 341 -3,26%
Plomb* 2 315 2 177 -5,96%
Nickel* 21 725 20 840 -4,07%
Etain 24 300 24 050 -1,03%
Zinc* 2 195 2 106 -4,05%
Acier (Méditerranéen) * 505 495 -1,98%
Pétrole light
(New York 1 mois)
98,99 96,78 -2,23%
Or (spot Comex) 1 737,3 1 718,50 -1,08%
Argent spot Comex) 33,99 33,35 -1,88%
Platine (spot Comex) 1 619 1 609 -0,62%
Palladium (spot Comex) 689 696 1,02%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,444 6,62 2,73%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,372 6,44 1,07%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
12,07 12,35 2,32%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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