Les matières plombées par les pays émergents

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Les matières premières et les pays émergents entretiennent une relation indissociable. Seules quelques rares matières réagissent directement aux situations des pays développés. Depuis plusieurs semaines, il ne vous a pas échappé que les matières, notamment les métaux, avaient retrouvé le chemin de la croissance. Pourtant le mouvement est en train de s’inverser en octobre. L’originalité de cette semaine, c’est qu’à leur tour, agriculture et métaux précieux participent au reflux. La faute aux pays émergents ? Pas seulement.

C’est vrai que l’effondrement des matières correspond cette année à un ralentissement prolongé des pays émergents. La semaine dernière, le FMI abaissait une nouvelle fois ses perspectives de croissance pour la Chine, passant de 8% à 7,8% pour 2012. La Banque asiatique de développement avait un peu plus tôt dans le mois revu ses perceptives de croissance à la baisse pour l’Inde et également pour la Chine. De l’autre côté du Pacifique, le Brésil continue de ralentir à son tour. Brasilia devrait connaître une maigre croissance de 1,5% cette année.

Cette situation est une des explications les plus importantes du déclin des matières cette semaine. Les métaux sont en première ligne. L’aluminium, le nickel, le zinc ou encore le plomb affichent des baisses supérieures à 4%. Alors que je ne croyais pas à la durabilité du rebond des métaux en septembre, les marchés avaient été plus résilients que moi, et avaient soutenu certains métaux à des niveaux incohérents. Surtout, les marchés attendaient les publications des résultats des entreprises du troisième trimestre pour décider de la tendance actuelle.

Il semble que la publication la semaine dernière du producteur d’aluminium Alcoa, première entreprise outre-Atlantique à publier ses résultats, ait enfin donné le ton de cette période. Alcoa a publié des pertes de 143 millions de dollars, et a abaissé ses prévisions de demande en raison du ralentissement chinois. Il n’en fallait pas plus pour casser la dynamique des métaux, et les faire retourner au fond du trou. Le LMEX, l’indice des métaux de Londres, devrait rapidement retrouver ses niveaux de l’été, soit ses plus bas depuis deux ans.

Pourtant le tableau des émergents est plus contrasté. Ce matin, la Chine a affiché une progression de quasiment 10% de ses exportations sur un an, témoignant que le coeur de son activité continue de battre. De même, l’Association internationale de l’acier (World Steel Association) s’attend à ce que l’Inde porte en partie la demande de fer dès l’année prochaine. Enfin le cuivre, principal indicateur à court terme de l’activité économique des émergents, reste au-dessus des 8 000 $. Pour les oiseaux de mauvais augure, je rappelle que le métal rouge était passé sous les 4 000 $ en 2009 lors du premier décrochage des marchés.

Cette situation apparaît donc plus contrastée que ce que les chiffres laissent penser. La baisse des métaux correspond davantage à l’arrêt de la spéculation sur le marché des matières, spéculation entretenue ces dernières semaines par les injections de liquidités décidées par la plupart des grandes banques centrales. La spéculation reflue, laissant les matières à leurs niveaux “normaux”. Mais elles ne se sont pas effondrées pour autant. Le changement de dirigeants aux Etats-Unis et en Chine devrait avoir un effet de plus long terme sur la demande en matières premières. Il faut donc attendre novembre pour voir se dessiner une tendance de long terme.

Reflux de la spéculation sur les métaux
Un des métaux dont la chute est la plus spectaculaire depuis plusieurs mois est le fer. Selon Jürgen Kerkhoff, directeur de la German Steel Federation et membre de la World Steel Association, “à la fois dans les pays développés et en développement, la demande s’est affaiblie considérablement”. Celle chinoise notamment a fortement baissé, et devrait ralentir encore en 2013. L’association, qui a publié une étude la semaine dernière, ne prévoit une croissance de la demande que de 2,5% cette année, contre 6,4% en 2011.

Pourtant l’association a souligné que le tableau n’était pas noir pour autant, la demande en provenance des Etats-Unis, du Japon et de l’Inde pourrait compenser le ralentissement chinois. Personnellement, je pense que la demande chinoise en 2013 pourrait repartir plus rapidement que prévu.

Le pétrole résiste à l’AIE
L’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, a annoncé, dans son rapport à moyen terme sur le marché pétrolier publié vendredi dernier, que la demande en pétrole n’allait progresser que de 1,2% par an jusqu’en 2016, contre 1,3% préalablement annoncé. Mais pour l’instant, cette annonce ne devrait rien changer à la hausse des prix.

A court terme, la hausse des prix du pétrole raffiné aux Etats-Unis a poussé les compagnies à acheter davantage d’or noir. En parallèle, la réduction de l’offre du fait de l’embargo sur l’Iran et les interruptions de livraisons en mer du Nord ont contribué à restreindre l’offre.

Mais c’est principalement l’amélioration de la situation aux Etats-Unis qui a soutenu les cours, permettant au WTI de s’éloigner des 90 $.

Apaisement en trompe l’oeil pour l’agriculture
Ces dernières semaines, le climat s’est détendu de manière illusoire sur le marché de l’agriculture. Le dernier rapport de l’USDA a révélé que les stocks étaient particulièrement tendus, même si les conditions climatiques se sont améliorées. Les stocks de maïs en particulier sont bas, “inférieur au stock dit ‘outils’, permettant de passer d’une campagne à l’autre sans crainte” selon Agritel. Ainsi le moindre incident climatique ferait à nouveau décoller les cours.

De manière plus générale, la situation reste également tendue du fait d’un ralentissement du phénomène El Niño cette saison, qui devait apporter moins de pluies en Amérique du Sud. La production de soja et de sucre pourrait en souffrir. Ce secteur reste plus que jamais sous tension sur les mois à venir.

Barclays voit une once d’or au-dessus des 1 800 $
Cette semaine, c’est Standard & Poor’s qui a affirmé son optimisme pour les prix de l’or. Selon Barclays Research, les prix pourraient même remonter jusqu’à 1 810 $ l’once au quatrième trimestre 2012. La banque a affirmé qu’”idéalement nous verrons une percée au-dessus du canal par le haut près des 1 803 $, pour confirmer une nouvelle hausse vers les 1 921 $”.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
05/10/2012
Vendredi
12/10/2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 2 110 1 997 -5,36%
Cuivre* 8 295 8 175 -1,45%
Plomb* 2 268 2 164 -4,59%
Nickel* 18 595 17 300 -6,96%
Etain 22 450 21 795 -2,92%
Zinc* 2 062 1 939 -5,97%
Acier (Méditerranéen) * 350 340 -2,86%
Pétrole light
(New York 1 mois)
88,39 91,56 3,59%
Or (spot Comex) 1 768 1 747 -1,19%
Argent spot Comex) 33,79 33,21 -1,72%
Platine (spot Comex) 1 677 1 640 -2,21%
Palladium (spot Comex) 651 638 -2,00%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
8,57 8,52 -0,58%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,41 7,43 0,27%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
15,41 14,96 -2,92%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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