La France brille par son absence et entraîne de facto un leadership allemand

leadimg

Notre gouvernement s’enlise dans l’insoluble équation budgétaire française…
… avec cet improbable zeste de dogmatisme, qui caractérise si bien notre exception française

Mettons de côté les vagues provoquées par le projet de loi de finances… Ce projet a tout de même un grand mérite : il nous permet d’y voir clair ; clair sur les choix de nos dirigeants : notre gouvernement a décidé de réduire le déficit sans toucher au train de vie de l’Etat.

Il est toujours bon de savoir OU on va, et COMMENT on y va… Cela permet d’anticiper, de voir venir… et donc de s’adapter. Indispensable par les temps qui courent…

Si vous avez un patrimoine à gérer et transmettre, mieux vaut être réactif. Sur ce point, personne mieux que Simone Wapler, saisissante de lucidité, ne vous conseillera.

[NDLR : Découvrez son analyse et ses solutions sans plus tarder...]

Mais là n’est pas la question aujourd’hui.

Angela frappe à nouveau
Madame Merkel veut baisser les impôts dans son pays.

- 1er constat : elle en a la capacité. Le déficit public de son pays est inférieur à 3%.

- 2ème constat : attaquée de toutes parts sur l’Europe, Merkel prend les devants en expliquant qu’elle veut soutenir l’économie européenne en dopant sa demande intérieure. Excellente nouvelle pour l’Europe !

Curieusement, les médias français n’en ont jamais fait grand cas. Car depuis quelques mois déjà, l’Allemagne fait tout pour doper sa consommation intérieure :

- les retraites ont été relevées

- les salaires ont augmenté

Aujourd’hui, Merkel en rajoute une couche : elle veut baisser les impôts pour accroître davantage encore le pouvoir d’achat des Allemands. Une aubaine pour l’Europe.

L’Allemagne volerait-elle au secours des pays périphériques et de la France ?
“Quand nous avons un déficit public largement sous les 3%, c’est aussi notre devoir de faire quelque chose pour la relance de l’économie en Europe… car “Quand nous soutenons notre consommation intérieure, nous importons davantage des autres pays de l’Union européenne”, déclarait Merkel récemment.

Sur ce point, elle dit juste. Les deux-tiers des importations allemandes viennent d’Europe, et son plus gros fournisseur est… la France.

Pas de doute, sa politique pro-consommation intérieure participe au rééquilibrage de la compétitivité européenne entre le Nord et le Sud. Personne ne peut nier cela, à moins d’être de mauvaise foi.

C’est une excellente nouvelle pour l’Europe, pour l’euro… et pour les exportations françaises…

Le deal Merkel : donnant-donnant
Pourtant, l’Allemagne ne peut-être, à elle seule, le moteur de l’Europe. Elle ne fait tout simplement pas le poids. C’est une réalité.

D’où le deal d’Angela aux pays périphériques, France comprise :

1 - Je relance ma consommation intérieure allemande pour vous aider à retrouver de la compétitivité ; et en échange, vous faites les réformes indispensables pour redresser votre compétitivité de votre côté.

2 - Je signe les chèques et ouvre un boulevard à Draghi/BCE sur les rachats d’obligations ; mais en échange, vous acceptez de faire rentrer vos budgets dans les clous (règle d’or).

Depuis le début, on est dans le donnant-donnant avec Merkel.

A ce stade, l’Allemagne tient ses engagements ; les pays périphériques font des efforts gigantesques ; mais curieusement, la France se tâte…

Altruiste Merkel ? Ne nous emballons pas…
Merkel a bien d’autres raisons de relancer sa consommation intérieure…

- D’abord, l’Allemagne s’essouffle, la crise de la zone euro fait tâche d’huile… L’institut IFO prévoit un taux de croissance de 1% pour 2013, contre 2% auparavant.

“Nous sentons que l’effondrement des économies dans plusieurs pays de la zone euro nous touche… l’Allemagne n’est pas déconnectée”, nous explique Merkel

- Ensuite, les émergents sont un formidable moteur de croissance pour les Allemands. Or leurs économies ralentissent, ce qui peut être fatal aux exportations allemandes.

- Enfin, la baisse d’impôt proposée par Merkel arrive juste après l’annonce, par le gouvernement français, d’importantes hausses d’impôts. Ce n’est absolument pas un hasard… Les responsables allemands sont inquiets ; car pour eux, alourdir la fiscalité des entreprises ne crée pas d’emplois et freine la croissance.

Autre chose maintenant…

Angela doit convaincre son peuple que faire du déficit budgétaire, c’est parfois utile
Et là, ce n’est pas gagné. Car nos amis teutons, de culture protestante, ont l’âme orthodoxe. Ortho-libérale pour être précise.

Je vous rappelle que l’une des mesures phares du programme 2009 de Merkel était de baisser les impôts. Baisse qu’elle n’a JAMAIS réussi à faire passer car l’opposition SPD détient la majorité au Bundesrat et a systématiquement bloqué toute tentative allant dans ce sens.

Le SPD se dit pourtant haut et fort en faveur de PLUS de solidarité européenne. Va-t-il cette fois mettre ses actes en harmonie avec ses propos & positions politiques ?

Nous le saurons bientôt…

En attendant, si Merkel réussissait à faire passer une baisse d’impôts, inutile de vous dire qu’à huit mois des élections, cela vaudrait son pesant d’or…

L’Euro a eu la peau de tous les dirigeants politiques européens. Merkel sera-t-elle l’exception ?

Pour l’instant les sondages lui sont très favorables…

Dernier point qui me tient à coeur
Je suis frappée par le vide sidéral, le silence abasourdissant de nos dirigeants français quant à l’Europe. Alors que l’on voit Angela sur tous les fronts, en permanence sous les feux de la rampe, les Français semblent obstinément absents du débat.

Or être force de proposition constante, c’est se mettre à risque. Il est si facile de critiquer les positions de ceux qui se mouillent et font des propositions pour faire avancer le débat. C’est peut être pour cela que Merkel est autant critiquée.

Merkel prend les devants, mais elle les prend seule. Tout le drame est là, car :
Comprenez que l’Europe ne peut pas fonctionner sans un couple franco-allemand fort et soudé.

L’absence française entraîne de facto un leadership allemand ; leadership qui sera forcément critiqué et générateur de tensions internes à l’Europe, tout simplement parce qu’il n’est pas co-construit et partagé.

Voilà pourquoi il me semble urgent que nous entrions dans le débat… à grands pas.

D’ici là, n’oubliez pas de rester à l’écoute.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.

Un commentaire
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  1. Bonjour,

    J’ai réagi (ou plus exactement surenchérit) à votre article sur mon blog. J’aimerai bien votre avis.

    http://david.latapie.name/blog/lallemagne-prendra-t-elle-la-tete-de-leurope/

    Merci d’avance

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