La Bundesbank : une bombe à retardement au coeur de la BCE ?

leadimg

Tout va bien la vie est rose… Draghi, Karlsruhe, les millions. Qui oserait perturber cette sérénité ?

Il n’est pas impossible que la Bundesbank, pieds et poings liés, soit une véritable “bombe” au coeur même de la BCE.

Il n’est pas improbable non plus de penser que le “billard à trois bandes” qui se joue actuellement au coeur de l’Europe entre Merkel, Draghi et les Etats dispendieux tourne court.

Il n’est pas impossible que ce que Karlsruhe vient d’imposer au MES, soit imposé à la BCE…

On se pose beaucoup de questions en Allemagne, qu’on ne se pose pas en France…

Les banques centrales ont pris le pouvoir
BCE et Fed sont SIMULTANEMENT passées en mode “injections SANS LIMITES” de cash dans le système.

Creusons un peu.

Quand la masse monétaire d’un pays croît plus vite que la richesse qu’il produit, il déprécie sa monnaie. C’est ce qui se passe. Chaque dollar, chaque livre sterling, chaque euro que vous détenez perd insidieusement de sa valeur jour après jour ; au risque de conduire in fine à un appauvrissement généralisé de sa population. Ce n’est pas un hasard si le cours de l’or flambe, qu’il soit libellé en dollar ou euro. [Ndlr : L'Investisseur Or & Matières vous dit comment réagir...]

Vous me répondrez sans doute que la BCE va “stériliser” le cash imprimé/injecté (comprenez qu’elle enlèvera les liquidités du circuit). Voilà qui me laisse songeuse… Soit on est en mode “sans limites”, soit on ne l’est pas. J’attends de voir car ce mot est la clé.

Stérilisation : c’est LE MOT qui a permis à Draghi “d’acheter le OUI” d’Angela
Imprimer des euros pour racheter la dette des Etats (ce que va faire la BCE), cela revient à financer les Etats (ce que n’a pas le droit de faire la BCE). Cela fait aussi à gonfler exponentiellement le bilan de la BCE qui, si défaut d’un Etat il devait y avoir, devra être renfloué par… les contribuables. Allemands en première ligne ; vous et moi en seconde.

Le contribuable est le “garant” en dernier ressort. La stérilisation est son “pare-feu. Encore faut-il qu’il soit réalité…

Nous allons y revenir.

Un billard à trois bandes… serrées
La BCE achète du temps, nous dit-on.

Certes, c’est le deal :

  • La BCE se donne “toute latitude” pour agir ;

  • Merkel acquiesce, le noeud au ventre ;

  • Et les Etats endettés s’engagent la main sur le coeur à réduire leurs dépenses et faire des réformes structurelles. Immédiatement.

Merkel a lâché du lest. Draghi a sorti le grand jeu. Maintenant, aux pays obèses d’agir : tout est entre LEURS MAINS. En clair et sans décodeur : la non-mise en oeuvre de réformes pourrait faire voler en éclats cette “entente cordiale”. Et je pèse mes mots.

Serait-ce pour cela que “ça rue dans les brancards” du côté de notre gouvernement en ce moment ?

Car je vous rappelle que MES =pacte budgétaire = Règle d’or. Le vote du budget, c’est très bientôt… La pression monte.

La démocratie allemande vit comme jamais elle n’a vécu
Outre-Rhin, il y a débat sur la question de l’euro. La presse et les politiques interpellent, s’interrogent. Les citoyens réagissent et se mobilisent, font fonctionner les contre-pouvoirs. Il y a une véritable discussion sur la construction européenne. Un débat transverse qui fait sauter tous les clivages politiques habituels.

Curieusement, ce n’est pas vraiment le cas chez nous et j’ai bien peur qu’un jour les Français se réveillent et s’opposent à une Europe qui se sera faite “sans eux”. L’éloge unanime et immodéré de la presse française aux propos de Draghi la semaine dernière est à ce titre abasourdissant. Au même moment, sur la même question, la presse allemande se déchirait et réagissait violemment. Vous n’imaginez pas à quel point.

Que disent les critiques allemandes (et dont la presse française a fait fi…) ?
En vrac et non exhaustif :

1 - La politique de sauvetage de l’euro est l’affaire des Etats. Elle relève du politique. Et c’est pour cela qu’on a créé le Mécanisme de sauvegarde (MES), précisément.

2 - La BCE est légitime pour la politique monétaire. Pas pour la politique budgétaire et fiscale (Etats et MES).

3 – Avec ses rachats illimités de dettes souveraines, la BCE agit en dehors de son mandat et s’auto-habilite à prendre des mesures qui sont de l’ordre du politique. Or elle n’a aucune légitimité politique ou démocratique pour le faire. Son plan est considéré comme un “plan de sauvetage” bis, au même titre que le MES.

4 – Et surtout, un rachat “sans limites” d’obligations par la BCE engagerait “sans limite” les contribuables allemands en cas de défaut d’un pays. Voilà pourquoi pour beaucoup d’Allemands estiment que la souveraineté budgétaire du pays est bafouée puisque l’Allemagne n’a plus la main sur sa destinée budgétaire et fiscale. Cette destinée est mise à risque par la BCE, celle-ci engageant la responsabilité des contribuables sans que le Bundestag (les représentants du peuple) n’ait donné son accord.

5 – Or que dit la décision de Karlsruhe (saisie par les citoyens allemands) ?

Elle dit très clairement que la responsabilité des Allemands qui se portent garants en dernier ressort du MES ne peut être engagée sans une validation au préalable des députés allemands. Le Bundestag retrouve sa “souveraineté budgétaire et fiscale” ; et les Allemands reprennent leur destinée en main.

MES / BCE : ce qui est vrai pour l’un ne devrait-il pas l’être pour l’autre ?
Le point qui suit est très important ; accrochez-vous.

Si la Cour de Karlsruhe exige dans le cadre du MES l’accord préalable du Bundestag pour toute nouvelle garantie financière qui engage le contribuable allemand, pourquoi ne l’exigerait-on pas pour la BCE ? Car la BCE engage unilatéralement et sans aucune légitimité politique ce même contribuable allemand, et pour des montants illimités.

Telle est la question.

La Cour européenne sera-t-elle saisie pour barrer la route à Draghi ?
Quand on dit que Weidmann est isolé lorsqu’il dit que les rachats d’obligations sont un acte illégal de monétisation de la dette et que la BCE sort de son mandat, c’est faux. Il est soutenu par beaucoup de politiques et économistes outre-Rhin. Et les recours existent :

1 - Pour des raisons que je n’expliquerai pas ici, la Cour de Karlsruhe ne peut décider de la constitutionnalité des décisions prises par Draghi par rapport aux traités européens. En revanche, elle étudie la question et donnera son avis (peut-être en décembre). Suite à cela, elle pourra saisir la Cour européenne et exiger d’elle qu’elle tranche sur la question qui relève de sa compétence.

2 - De même, des voix de tous bords politiques s’élèvent en Allemagne pour exiger du gouvernement qu’il saisisse directement la Cour européenne pour décider de la constitutionnalité des mesures de Draghi. “C’est le devoir du gouvernement” entend-on.

3 - Pour couronner le tout, la Bundesbank faisant partie de la BCE est “co-responsable” des actes de Draghi. Si la Cour de Karlsruhe estime (en décembre ?) que ce dernier est sorti de son domaine de compétences, cela voudrait automatiquement dire que la Bundesbank est en infraction elle aussi.

Elle serait alors dans l’incapacité de participer aux rachats de dettes décidés par Draghi. Dit autrement, elle pourrait être obligé de dire “NON, je ne vous suis pas monsieur Draghi”.

Draghi pourra-t-il alors agir ? Car la Bundesbank, si elle n’a que deux voix au sein de la BCE, en représente tout de même 27%.

Affaire à suivre…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.

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