Nous sommes dos au mur
Il y a 15 jours je vous écrivais :
Devant : le vide, le saut de l’ange, le grand saut fédéral…
Derrière : l’échelle qui permet de “faire demi-tour”… L’espoir du “Comme au bon vieux temps…“.
Aujourd’hui “tout est possible”. L’accélération de l’Histoire est oppressante. Et les décisions que nous allons prendre façonneront dramatiquement notre avenir. Pour le meilleur ou pour le pire.
Préalable à la survie de l’euro : quelle Europe veut-on ? Comment ? Et pour quoi faire ?
Le duo Schäuble/Merkel a fait une proposition, en attendant les contre-propositions de ses partenaires…
Bonne nouvelle, le plan allemand retient tout d’abord les propositions de croissance de François Hollande (comprenez : on commence par caresser dans le sens du poil…) : renforcement de l’action de la Banque européenne d’investissement, les fonds structurels et les projects bonds.
Ensuite, ça se corse : le plan prévoit un renforcement de la compétitivité des pays par des réformes structurelles profondes du marché du travail. Du Hartz, si vous voyez ce que je veux dire…
L’union budgétaire et fiscale des pays deviendrait réalité. Là, on passe aux choses sérieuses : transferts de souveraineté et vote de la “règle d’or”…
Vient ensuite l’union politique au travers de l’élection d’un président européen (président de la Commission de Bruxelles) au suffrage universel et la nomination d’un ministre européen des Finances. La Cour européenne de justice verrait ses pouvoirs renforcés pour sanctionner les Etats “mauvais élèves” (le cas de Brême finira par vous convaincre, j’y reviens dans un instant).
L’union bancaire européenne chapeauterait les banques nationales et le MES resterait l’outil de gestion des crises financières (notre mini-FMI à nous).
In fine, création d’un marché de la dette unifié, avec les eurobonds. Et en attendant la création de ce grand marché de la dette, Berlin propose la création d’un fonds de rédemption européen dans lequel serait transféré les dettes des pays de la zone euro dépassant le seuil des 60% du PIB. Comprenez création d’une bad bank qui rembourserait progressivement la “dette perpétuelle”. Dette qui serait financée par les marchés à un taux tout à fait soutenable.
Bien entendu il serait impossible de venir “gonfler” cette bad bank avec de nouvelles dettes liées à de nouveaux dépassements de budgets. D’où la nécessité de maintenir les budgets nationaux “dans les clous”, et donc d’un “contrôle”. La “bonne dette” devra rester inférieure à 60% du PIB.
Merkel devant les Allemands
Angela Merkel est allée hier sur le plateau du Morgenmagazin : le Télématin allemand. Objectif : expliquer à M. et Mme Fritz que “Nous avons besoin de plus d’Europe, d’une union budgétaire et nous avons besoin avant tout d’une union politique. Nous devons, pas à pas, abandonner des compétences à l’Europe“. Et d’ajouter : “Nous ne devons pas rester immobiles parce que l’un ou l’autre (pays) ne veut pas encore suivre“. Pour l’instant force est de constater que M. et Mme Fritz se tâtent…
Ce projet fédéraliste est bien sûr ouvert aux 27, chacun décidant s’il veut être ou non “de la partie”. Comprenez, Mme Merkel veut éviter le piège dans lequel on voudrait bien qu’elle tombe, à savoir la proposition d’une Europe à deux vitesses, nord contre sud. Elle renvoie chaque pays devant ses propres responsabilités.
Voilà pour “le plan” dont on parle depuis une grosse dizaine de jours en Allemagne.
Un projet difficile à vendre
Vendre le fédéralisme aux peuples va être difficile. Car pour la France et l’Allemagne, union rimera pendant des années avec “transferts vers la périphérie”. Car l’argent devra en priorité servir à reconstruire la croissance des pays à genoux.
Quant au concept de souveraineté, les peuples y sont très attachés et n’ont absolument pas été préparés à cela. On leur a vanté la libre circulation des personnes et de l’argent, la monnaie unique, mais pas le budget unique et la “règle d’or” pour tous. Merkel est la première à s’y attaquer en évoquant l’idée à l’antenne hier matin pour tenter d’amadouer M. Fritz.
Imaginez une harmonisation de l’âge de la retraite, des marchés du travail, des systèmes de retraite, des statuts de la fonction publique, des taux d’imposition… les populations sont-elles prêtes à cela ?
Ce processus aurait dû se faire sur 30 ans. S’il devait se faire, ce serait “au pas de charge”… ce qui est démocratiquement parlant extrêmement dangereux. L’urgence de la situation risque d’évincer le débat démocratique. Et le recours au referendum serait dans certains pays suicidaire au projet d’intégration. Peut-on prendre le risque de passer outre ? Non. Ce serait vicier d’office les racines même d’une construction fédérale.
L’exemple de Brême refroidit les Allemands
Sur Twitter (@IsaMlx), un journaliste économique allemand me disait que le renflouement de la ville-Etat de Brême par tous les Länder via les transferts a été un fiasco. Tout simplement parce que Brême a continué de dépenser sans compter au lieu de remettre de l’ordre dans ses finances.
Une expérience qui a frappé les esprits des Allemands qui craignent de voir ce fiasco se reproduire à grande échelle en cas de mutualisation de la dette sans contrôle sur les budgets…
Comme disait Mme de Staël : “Mon Dieu ! Les désirs de l’Homme dépassent toujours les dons que vous lui faites“…
Le fédéralisme, une opportunité à laquelle se raccrocher en pleine tourmente ?
Ouvrons les yeux. Notre modèle social européen de “l’Etat providence” est en faillite, il nous faut “penser” un nouveau modèle. Or la réflexion en la matière n’est même pas… embryonnaire.
L’intégration n’est-elle pas une formidable opportunité à saisir pour qui est visionnaire ?
La construction d’une véritable puissance européenne, économique et politique, capable de se battre et de défendre les intérêts de ses ressortissants sur l’échiquier international passe par une monnaie à nouveau crédible. L’euro est la seule monnaie qui ne soit garantie – pour le moment - par aucun Etat.
L’intégration ne sera acceptable et acceptée que par ceux qui sont capables de vision à long terme.
Nous avons dépensé sans compter depuis 40 ans et plombé les générations futures qui devront payer pour nos erreurs. Et si pour une fois on faisait passer l’intérêt de nos enfants avant les nôtres ?
Oublions toutes ces visions… Pour l’instant, nous sommes au pied du mur et l’euro risque de voler en éclats. Voilà pour la réalité. Et quoi qu’il arrive, quel que soit le scénario qui se dessinera, mieux vaut avoir pris les devants et s’être protégé du mieux possible. En la matière, Simone Wapler, pourra mieux que personne vous aider à vous préparer : suivez le guide pour en savoir plus…


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