François Hollande s’est-il mis au basket-ball ?
La question peut paraître étrange, elle est pourtant essentielle. Dimanche 28 octobre, le directeur de la revue Esprit décrivait la politique étrangère de Barack Obama comme celle d’un joueur de basket. Rappelant que le président américain avait joué au basket au poste de pivot, Olivier Mongin expliquait que Barack Obama a, dès 2009, fait pivoter la politique étrangère américaine de l’Europe vers l’Asie.
Cette semaine, François Hollande a peut-être fait pivoter sa politique des Etats-Unis vers l’Asie. Le président français participe au sommet Asie-Europe (ASEM) organisé à Vientiane ce lundi. Plus important encore, il est le seul représentant d’un Etat européen présent. L’objectif de François Hollande est simple : ouvrir une zone pesant 50% du PIB mondial, regroupant 58% de la population mondiale et 60% des échanges aux entreprises françaises.
Deux pistes précisément se sont dessinées ces dernières semaines
D’abord, récupérer le retard perdu de la France au Japon. Peu féru de culture asiatique, le président Sarkozy avait fait du Japon sa bête noire pour marquer sa différence avec Jacques Chirac, passionné de culture japonaise. François Hollande veut lui redonner sa place. Voici ce qu’il déclarait fin août : “Troisième puissance économique mondiale [qui] n’a pas reçu toute l’attention qu’elle méritait ces dernières années”. Ensuite, dépassée de très loin par l’Allemagne en Chine, sa stratégie est de se rapprocher des prochains émergents asiatiques, c’est-à-dire des pays d’Asie du Sud-Est. Le Cambodge, le Laos et le Vietnam connaissent actuellement des croissances de 6-8%. L’Indonésie est également un des secteurs que l’Elysée a repéré.
Sur le plan des secteurs, j’en vois deux qui guideront les exportateurs français. D’abord, la défense. Nos derniers accords en Inde, avec le Rafale, et en Malaisie, avec les sous-marins, témoignent de la vigueur de ce marché. Ensuite, le secteur de la coopération dans l’énergie devrait se développer. Le 24 octobre dernier, la Chine a sorti son livre blanc sur la politique énergétique. Cette publication a ouvert la voie à une “marketisation” des énergies en Chine, ce qui devrait conduire à une hausse des tarifs de l’énergie à venir. Les compagnies déjà sur le marché profiteront logiquement de cette revalorisation, et pourraient pousser plus loin leur investissement.
Alors que Nicolas Sarkozy était un président atlantiste, François Hollande sera-t-il un président du Pacifique ? Jugement attendu dans cinq ans. En attendant, le président français se déplacera en Inde, en Chine et au Japon l’année prochaine.
A plus court terme, le marché des matières premières s’est figé sur place, dans l’attente des échéances à venir cette semaine. Elections américaines, désignation d’une nouvelle autorité chinoise et rapport de l’USDA feront peut-être de cette semaine une des plus agitée de l’année.
Les métaux se figent
C’était pourtant deux bonnes nouvelles qui auraient justifié un petit signe d’optimisme sur les marchés. Mais non, les métaux sont restés intransigeants et n’ont que très peu évolué devant les meilleurs chiffres en provenance des Etats-Unis et de Chine. Comme en témoigne notre tableau, seul le plomb, et dans une moindre mesure l’étain, ont connu une évolution significative cette semaine, avec des hausses de quasiment 7% et 3%.
Les créations d’emplois outre-Atlantique, meilleures que prévues, n’ont pas fait oublier que le chômage est remonté à 7,9%. De même, le Bureau national des statistiques (NBS) a annoncé que les profits du secteur industriel s’étaient nettement redressés en septembre comparé à septembre 2011. C’était la première hausse depuis six mois. Cette bonne tenue s’est accompagnée ce matin d’un nouvel indicateur : la Chine a annoncé la hausse de 53,7 à 55,5 de son indice des directeurs d’achats du secteur des services en octobre.
Le meilleur exemple de cette atonie du marché est le cuivre. Face à ces bonnes nouvelles, le métal rouge est pratiquement resté insensible. A peine la tonne à Londres a-t-elle daigné gagner 0,2% à l’annonce du NBS. Les investisseurs sur les métaux attendent que la passation de pouvoir en Chine soit achevée pour reprendre un cours normal. Seul le plomb affiche une vraie performance. Cette hausse s’explique par l’intensification du risque de pénurie. La hausse des prix de la ferraille, associée à la difficulté à sortir les stocks de plomb à Londres, ont augmenté les tensions sur un marché déjà tendu. Un analyste de Standard Bank soulignait la semaine dernière que l’ouragan Sandy allait probablement accroître la demande en batteries.
Le pétrole reste insensible
Malgré les bonnes créations d’emplois de l’économie américaine annoncées vendredi dernier, le pétrole n’a pas bougé de sa ligne de flottaison, à 85 $. Il a même légèrement reculé, à 84 $. Ce n’est pas tant l’incertitude sur la reprise américaine que l’élection US qui empêche de donner à cette immobilité un sens économique. Les évolutions de la semaine prochaine seront bien plus intéressantes pour nous.
A plus long terme, je remarque que l’Iran est passé en l’espace de trois mois de la place de quatrième à celle de 16e exportateur mondial. Une telle contraction n’est pas pour me rassurer. En cas de réchauffement des relations avec l’Iran, d’un éventuel programme “pétrole contre nourriture”, ou de changement à la tête de l’Etat, il est possible de voir les vannes s’ouvrir à nouveau sur les marchés mondiaux. Un tel déferlement pourrait faire couler en quelques jours les cours du Brent. A suivre.
L’or anticipe-t-il une victoire républicaine ?
“Une victoire de Romney est vue dans l’ensemble par les investisseurs comme un risque baissier pour l’or”. C’est l’analyse que faisait Joni Teves, de la banque UBS, la semaine dernière. Le risque que Ben Bernanke soit remplacé par un banquier central estampillé “faucon” en cas de victoire républicaine, pèse déjà sur les cours (un “faucon” reviendrait probablement sur les assouplissements monétaires de Ben Bernanke). Comme sur la plupart de nos matières, l’élection de demain est donc déterminante.
Sur le plan fondamental, l’or et l’argent restent bloqués entre deux tendances. La première est une progression de la demande en Asie, notamment en Inde alors que la saison des festivals commence. La deuxième tendance, inverse, est la baisse de la demande, alors que l’amélioration de l’activité économique aux Etats-Unis réduit les besoins de placements sûrs.
L’agriculture et le gel d’automne
Les produits agricoles ne se différencient pas des autres matières, et affichent une relative atonie. Selon le site d’analyse français Agritel, “les opérateurs vont se montrer prudents à la veille des élections américaines et avant le rapport USDA de vendredi”. Les fonds ont même clôturé un grand nombre de leurs positions dans l’attente de ces deux échéances. La baisse du soja confirme simplement la tendance active depuis quelques semaines de la révision à la hausse des rendements aux Etats-Unis. Les conséquences de la sécheresse de cet été ont peut-être été surestimées. Last but not least, la baisse des cours de la palme a réduit les reports d’achat sur l’autre grand oléagineux, le soja, pesant encore un peu plus sur ses cours.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 26/10/2012 |
Vendredi 02/11/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 925 | 1 959,50 | 1,79% |
| Cuivre* | 7 765 | 7 780 | 0,19% |
| Plomb* | 1 995 | 2 133 | 6,92% |
| Nickel* | 16 095 | 16 195 | 0,62% |
| Etain | 19 945 | 20 290 | 1,73% |
| Zinc* | 1 832 | 1 890 | 3,17% |
| Acier (Méditerranéen) * | 340 | 335 | -1,47% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
85,48 | 84,53 | -1,11% |
| Or (spot Comex) | 1 711 | 1 676,20 | -2,03% |
| Argent spot Comex) | 31,85 | 30,7 | -3,61% |
| Platine (spot Comex) | 1 541 | 1 538 | -0,19% |
| Palladium (spot Comex) | 594 | 597 | 0,51% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
8,68 | 8,66 | -0,23% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
7,42 | 7,384 | -0,49% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
15,48 | 15,16 | -2,07% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


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