Tout anticiper, tout prévoir, pour être prêt à agir quelle que soit la situation…

leadimg

Tiens, la couverture du journal The Economist est taquine ce matin…

… pour ne pas dire un tantinet provocatrice :

La Bombe à retardement au coeur de l’Europe

Source : The Economist

So much to do, so little time…” écrit le journal (Tant à faire…, si peu de temps…)

Réponse de monsieur Montebourg : “The Economist est le Charlie Hebdo de la City !”

No comment

En Allemagne, la couverture du Handelsblatt (l’équivalent teuton des Echos) frappe :

La Grande Nation, toute petite

Le retour du pays en récession oblige Hollande à un tournant politique.

L’indécis va-t-il devenir réformateur ?

Je vous rassure tout de suite, chacun en prend pour son grade
La couverture du Spiegel porte sur le charisme de Mme Merkel. Et le message est sans appel : savoir gérer c’est bien ; transcender les populations, c’est mieux.

Angela ne l’aura jamais ; le charisme, la force de faire bouger les autres, de modeler notre monde et pas seulement de le gérer. Peut-on apprendre cette magie ?“, se demande le Spiegel

Mais revenons à la France qui inquiète tant nos voisins…

La question que posent tous ces journaux est inlassablement la même
Sommes-nous capables de mettre effectivement en oeuvre des mesures de fond, rapidement ?

Enkystés que nous sommes, pour ne pas dire sclérosés, allons-nous être capables de nous réformer ?

Nos amis Anglais n’ont probablement que faire de la santé économique de notre beau pays. En revanche, l’Europe et l’euro les intéressent.

Or si la France dérape, c’est l’euro qui “prend”. N’oubliez pas que le MES tient essentiellement par le financement de l’Allemagne ET de la France.

Si la France ne peut plus financer/se porter garante pour les autres pays… l’Allemagne sera alors seule. Or il est impensable qu’elle porte toute la zone euro à bout de bras seule.

D’ailleurs c’est l’une des raisons qui explique l’agitation outre-Rhin autour du “cas français”.

Redistribution des cartes, possibles, risques et enjeux européens…

L’Allemagne se prépare à tous les scénarios possibles
L’affaire Schäuble/sages allemands est en ce sens symptomatique. Il n’est évidemment pas du tout question pour l’Allemagne de “donner des leçons” à la France. Non…

Ce qui est en train de se passer est tout autre : l’Allemagne se prépare à tous les scénarios possibles.

Rien de surprenant à cela ; c’est très allemand comme comportement : tout anticiper, tout prévoir, pour être prêt à agir quelle que soit la situation.

Nos amis Allemands essayent probablement d’étudier le cas français pour comprendre “où en est la France” et “quels sont les risques potentiels” de sa non-capacité à se réformer et à équilibrer son budget. Et, en cas de réalisation du risque, “quelles en seraient les conséquences ET les solutions envisageables” pour l’Allemagne…

Ils vont anticiper tous les scénarios, chiffrer tous les impacts, évaluer toutes les conséquences de chacune des solutions…

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un dérapage français aura un impact considérable sur l’Europe, l’euro et donc sur l’Allemagne (on frise les 800 milliards d’euros de créances allemandes sur Target 2).

Comprenez aussi qu’un affaiblissement de la France entraînera de facto un renforcement de l’Allemagne ; ce qu’elle ne souhaite absolument pas car elle sait pertinemment qu’un tel déséquilibre est “dangereux” pour l’Europe (“Stand united to kick out the Nazis“, entend-on déjà dans les rues d’Athènes…)

Mais revenons à… nous.

Question : Une récession est-elle possible en France ?
Pourquoi diable tout ce tapage médiatique puisque tout va bien, vous diront certains :

  • Le troisième trimestre est dans le vert (de justesse)
  • La France emprunte à des taux, défiant l’entendement, tant ils sont bas
  • Nous sommes “prisés” pour notre exceptionnelle capacité à lever les impôts (triste record)
  • Nous croulons sous une épargne mobilisable (et mobilisée, certains diront nationalisée) qui fait des envieux

Certes… mais :

  • la production industrielle s’enfonce ;
  • le moral des entrepreneurs flanche ;
  • le monde des affaires s’est brusquement “figé”, l’activité s’enraille ;
  • les entreprises freinent leurs investissements tant les incertitudes sont nombreuses ;
  • et une vague importante de licenciements est donc très probable…

Les mots doux de François Hollande suffiront-ils à “repulper” l’envie d’entreprendre des Français ?

N’oubliez pas cher lecteur que la France ne peut plus s’endetter pour “faire” de la croissance en soutenant la consommation.

Ce qui veut donc dire que la croissance DOIT venir des entreprises.

Or nos entreprises me paraissent très fragilisées parce qu’elles n’ont pas assez de fonds propres, de marges, de capacités d’autofinancement, de trésorerie… pour “faire face” sereinement à l’avenir.

Je crains fort que le “choc de l’arrêt de la croissance” ne dégaine bien plus vite que le “choc de compétitivité dont on parle tant.

Et alors ?

Et alors, en simplifiant :

Moins de croissance = moins de rentrées fiscales + licenciements

Moins de rentrées fiscales = nécessité de renflouer à nouveau le déficit budgétaire mis à mal…

… d’où l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de nos têtes : le risque d’une remontée des taux d’intérêt
Lorsque votre taux de croissance devient inférieur au taux auquel vous empruntez, inutile d’avoir fait polytechnique pour comprendre que vous êtes dans une situation très inconfortable. Demandez à l’Espagne, l’Italie et la Grèce ce qu’ils en pensent…

Le cercle vicieux se met en branle et vous écrase, vous étouffe ; le poids de votre dette et surtout du service de la dette dans votre budget, croît sans cesse… vous êtes alors dos au mur.

Fort heureusement nous n’y sommes pas… diront les optimistes.

Certes, mais jamais nous n’en avons été aussi proche…

… d’où la “volte-face” affichée du président français
Schröderisation” de la France ? Hollande fait-il Bad Gödesberg “à lui tout seul” ? s’interrogent nos journaux.

Qui sait…

Pour l’instant nous n’en sommes qu’au stade des mots. Les mots seuls ne suffiront pas à redresser nos comptes publics ni à relancer notre économie. Ils achètent juste un peu du temps…

La réalité pourrait nous rattraper rapidement si les faits ne suivent pas ; comme ils ont rattrapé l’Italie ou l’Espagne.

Et comme le dit si bien Charles Gave : “bouger les chaises sur le Titanic” ne suffira pas. Il va falloir entrer dans le “dur“.

Combien de temps pour enrayer la force d’inertie du paquebot France à votre avis ?

Mais il y a plus grave encore…
… certains commencent à anticiper le défaut des Etats-Unis
, alertait hier Simone Wapler qui passe toute la presse anglo-saxonne et française en revue chaque jour pour ses lecteurs.

Le “cri d’alarme” émane du Financial Times nous dit-elle, en la personne de Robert Jenkins (membre éminent du comité monétaire de la Banque centrale d’Angleterre).

Titre de l’article : “Penser l’impensable pour la dette des Etats-Unis”.

Selon Robert Jenkins, il faut penser l’impensable pour les Etats-Unis à la lumière de ce qui se passe en Europe : “Les Etats-Unis appelleront-ils au secours ? Le Fonds monétaire international l’accordera-t-il ? Dans quels termes et à quelles conditions ? Quelle décote de la dette américaine sera nécessaire pour restaurer la santé de ses dépenses publiques ?“.

Perplexe ?

Probablement autant que Simone Wapler qui concluait : “Je vous assure, je n’invente rien, c’est écrit, dans le Financial Times. A moi aussi, cela m’a fait tout bizarre de lire ces lignes“, avant de rajouter :

Oui, nous vivons la plus grave crise que le monde ait peut-être connue“… ”Imprimer de l’argent camoufle l’insolvabilitéjusqu’à un certain point ; et lever plus d’impôts aggrave l’insolvabilité puisque l’Etat capte la richesse à son profit, richesse qu’il est incapable de créer“.

Cher lecteur, nous en sommes là… au plus grand dam de l’investisseur et du retraité.

En attendant, je vous conseille vraiment de suivre Simone Wapler dans la newsletter Protection & Rendements. L’inscription à cette lettre quotidienne est gratuite, et je vais probablement y contribuer régulièrement. Y jeter un oeil, c’est l’adopter. Testez par vous-même en cliquant ici.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.

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