Goran Ivanisevic et Ivo Karlovic sont des extraterrestres.
Après des années de carrière, ils sont tous les deux sur les deux premières marches du classement de leur sport. Ce sport, c’est le tennis.
En effet, les deux Croates ont pris la tête du classement des joueurs ayant réalisé le plus grand nombre d’aces dans une carrière un match. Avec 10 183 en 796 matches, Goran Ivanisevic domine de la tête et des épaules ce sport.
Il détient surtout le record du monde du service le plus rapide de l’histoire, à 251 km/h.
Il y a 20 ans, Goran Ivanisevic n’aurait jamais été recordman du monde.
Vous savez pourquoi ?
Parce que les joueurs jouent désormais avec des raquettes en graphite. Ce métal est particulièrement léger, mais surtout particulièrement résistant. Il partage d’ailleurs avec le diamant cette caractéristique. Ces deux matières sont les deux seuls polymères en carbone naturel dans le monde.
Résistant aux chaleurs extrêmes, aux attaques chimiques et à la corrosion, le graphite possède des caractéristiques exceptionnelles. Ce sont ces caractéristiques qui expliquent que le nombre d’utilisations industrielles ne cesse de progresser de jour en jour.
Pourtant, le graphite vient de rejoindre le groupe de métaux menacés de pénurie.
Comme les terres rares avant lui, et le zinc demain, le graphite fera bientôt les gros titres des journaux. Alors que la demande ne cesse de progresser, les industriels peinent à trouver de nouveaux volumes sur les marchés.
C’est sur une des rares minières capable d’exporter encore du graphite que je vous propose d’investir aujourd’hui.
La diversification du graphite
Jusque-là, nous connaissions les raquettes de tennis au graphite, les stylos en graphite, voire pour certains initiés les clubs de golf en graphite.
Aujourd’hui nous retrouvons du graphite dans nos voitures, dans nos panneaux solaires et nos centrales nucléaires.
Un secteur en particulier a profité des caractéristiques du graphite ces dernières années, l’automobile.
La renaissance de l’auto ne se fera pas sans graphite
C’est le secteur de l’automobile qui est le principal consommateur de graphite au monde. Et cette demande est sur le point de s’accélérer du fait de l’évolution des technologies de transport.
Aujourd’hui, le développement des batteries des voitures hybrides et électriques a amené la consommation de graphite à augmenter de 5% par an. Le graphite est donc intimement lié au développement des technologies vertes.
Comme le rappelle Bob Moriarty, rédacteur du site “321energy, “si vous croyez aux batteries au lithium [élément-clé des voitures vertes], vous feriez mieux d’investir dans une bonne compagnie de graphite plutôt que de lithium”.
De même, le développement des piles à combustible devrait à l’avenir demander de plus en plus de graphite.
Le problème, c’est que le graphite n’a pas échappé à l’emprise de la Chine sur les métaux. Le métal est en train de connaître le même scénario que les terres rares : après avoir concentrée la production, la Chine réduit ses exportations pour nourrir son industrie.
La Chine, leader des énergies vertes
Pékin règne sur 70 à 75% du marché du graphite.
Le mode opératoire de la Chine commence à être connu. Dans les années 1990, Pékin a commencé à produire du graphite. L’arrivée de ces nouveaux volumes a inondé le marché, faisant s’effondrer les prix.
Les plus importantes mines du monde ont alors cessé de produire, laissant l’horizon dégagé pour les chinois. En parallèle, la baisse des prix a alimenté l’utilisation du graphite.
Au début des années 2000 se sont cependant posés deux problèmes :
- Les gisements les plus faciles à exploiter sont épuisés.
- La Chine a commencé à construire une industrie consommatrice de graphite.
Les prix ont alors décollé.
Des prix qui triplent en cinq ans
Depuis 2005, la production chinoise donnait effectivement des signes de faiblesse. Aujourd’hui, la production a atteint 1,1 million de tonnes.
Ainsi les prix ont triplé en sept ans. Désormais, ils atteignent plus de 2 000 $ la tonne.
Fourchette de prix pour une tonne de graphite,
pure à 94% (ligne bleue) et 97% (ligne jaune), en dollar
A l’avenir, compte tenu de la demande exponentielle, les prix pourraient atteindre les 3 000 $.
Un métal déjà stratégique
Le fondamentaux de ce marché ont ainsi amené les Etats à classer ce métal comme “stratégique”.
L’étude du British Geological Survey, dont nous avons déjà parlé ici, ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Chargé de classer les métaux en fonction de degrés de “criticalité” de leur approvisionnement, le bureau a rangé le graphite en dessous des terres rares, mais devant le lithium.
De même, l’équivalent américain, l’U.S. Geological Survey, déclarait en 2010 “qu’une application à grande échelle des piles à combustibles pourrait consumer autant de graphite que toutes les autres utilisations combinées“.
Mon conseil
Contrairement à beaucoup de métaux, il existe plusieurs spécialistes de l’exploitation du graphite.
Des compagnies comme Northern Graphite Corporation ou Focus Metals pourraient profiter du décollage du graphite, notamment dans l’industrie automobile.
Bon investissement.
[ERRATUM : Vous avez été quelques-uns à écrire pour signaler une erreur dans mon article de jeudi dernier, "Chasse aux métaux stratégiques, ce métal ne doit pas vous échapper". Comme ces personnes l'ont fait remarquer, le graphite n'est pas un métal mais un métalloïde (terme qui n'est plus employé aujourd'hui). Je présente donc toutes ses excuses pour cette erreur. Sachez néanmoins que l'analyse et le potentiel du graphite restent intacts.]


2 Commentaires
Laissez un commentaire »
Poursuivre le débat
[...] => Nous investissons dans un producteur américain (retrouvez l’Edito sur ce métal ici). [...]
28 mar 20125:12[...] jour) ; les batteries des voitures électriques, à l’autonomie limitée, nécessitent du graphite, des terres rares, du lithium qui sont en quantité limitée et dont l’approvisionnement [...]
03 sept 20122:33