Un secteur est en voie de concentration. C’est maintenant qu’il faut s’y intéresser…
Le monopole est le nouveau fléau de nos sociétés industrielles. Comme beaucoup de fléau, nos Etats l’ont combattu sans vergogne. A grands coups de lois et de décrets, nous avons petit à petit cassé, fissuré, éparpillé façon puzzle, des compagnies qui s’arrogeaient un trop grand pouvoir.
Le premier grand coup donné par un Etat à une compagnie monopolistique fut donné par les Etats-Unis. En 1911, la Cour suprême américaine cassa le monopole du pétrolier Standard Oil, donnant naissance à 7 compagnies distinctes. Rien n’empêcha, 20 ans après, les sept compagnies de s’entendre, mais c’est une autre histoire.
Plus près de nous, c’est le monopole de la Chine sur les terres rares qui est dans le viseur des Etats-Unis. Washington vient une nouvelle fois d’attaquer cette semaine au monopole de la Chine à l’OMC, avec le soutien de l’Union européenne et du Japon.
Les terres rares sont le pétrole du XXIe. La construction d’un monopole autour d’une source d’énergie irremplaçable apparaît ainsi inadmissible.
Mais que dire de la mise en place d’un monopole sur un secteur encore plus essentiel, l’alimentation ?
De nouveaux monopoles sont en train de se former, et nous ne voyons rien
Pas à pas, des groupes encore inconnus comme Bunge, Glencore ou Olam accaparent des pans entiers de l’agro-industrie.
Bientôt, une poignée de groupes seront responsables de la production, du transport et de la commercialisation de notre croissant du dimanche matin (je me l’interdis les autres jours).
En attendant que la Chine et l’Inde attaquent les négociants en matières premières à l’OMC (pourquoi pas ?), je vous propose de miser sur les quelques groupes liés à l’agriculture et qui résistent encore à la domination.
Glencore is buying you
L’année dernière a été marquée par l’introduction en bourse de Glencore. Glencore est une société de négoce de matières premières. La société traîne une réputation sulfureuse du fait des acoquinements de son ancien PDG, Marc Rich, avec divers dictatures plus ou moins sanguinaires.
Depuis son départ, la société a essayé de se refaire une virginité. Son introduction en bourse l’année dernière a pu être interprétée comme un signe de transparence.
Cette introduction lui a surtout permis de gonfler ses poches. Désormais à la tête de 10 milliards de dollars, la compagnie a lancé cette année des séries d’acquisitions.
Son but : se diversifier
Très présente dans les métaux de base et dans l’énergie, la compagnie a l’intention de mettre le grappin aussi sur l’agriculture.
Lundi dernier, la compagnie de commercialisation et de stockage de blé Viterra a révélé avoir été approchée par Glencore pour une offre de rachat.
C’est bien là le problème. Avec ce rachat, Glencore participe à un vaste moyen de concentration dans l’agriculture.
L’objectif n’est plus de contrôler la commercialisation, mais de contrôler l’ensemble de la chaîne industrielle.
Diversifier pour mieux régner
C’est tout le mouvement que l’on constate chez les grandes compagnies de négoce de matières premières. Ces diversifications ont déjà pris plusieurs formes :
▪ La diversification géographique
De plus en plus de négociants sont partis directement investir dans les pays producteurs. Ainsi l’Afrique et l’Amérique du Sud se sont retrouvés dans le viseur de ces mastodontes que sont Bunge ou encore Cargill.
▪ La diversification sectorielle
Ces compagnies autrefois spécialisées ont petit à petit diversifié leurs activités. Ainsi Bunge s’est diversifiée dans les engrais, puis le sucre.
Glencore, autrefois spécialisé dans l’énergie, s’est rapproché des métaux. Sa tentative de contrôler le minier Xstrata lui donnerait la haute main sur des marchés entiers, comme celui du zinc.
Aujourd’hui, c’est vers l’agriculture que tous convergent. L’objectif est de contrôler l’ensemble de la chaîne de production. C’est normal, l’agriculture est le secteur haussier du moment.
L’agriculture rayonne
L’année 2011 a été une mauvaise année pour l’agriculture. L’indice des prix alimentaires de la FAO a baissé de 11,5% sur l’année.
Pourtant, 2011 apparaît déjà comme une année particulière. Car les marchés des matières agricoles sont tendus depuis plusieurs années.
Ainsi, il aura suffi d’une seule perturbation, certes majeure, pour faire décoller le marché. Le phénomène météorologique La Niña en Amérique du Sud a gravement perturbé les récoltes de soja et de maïs en Amérique du Sud. En 2012, le soja a ainsi pris +10%, le maïs +6,10%. D’ailleurs, pour Goldman Sachs, le maïs fait partie de son top 3 des matières haussières pour 2012.
Grâce à la hausse constante de la consommation des pays émergents et de la difficulté pour l’offre de suivre, le marché est promis à un grand avenir. Glencore l’a bien compris, et rachète tout sur son passage.
Nous restera-t-il les yeux pour pleurer ?
Un secteur est resté jusque-là en dehors du viseur de ces grands groupes, les semenciers.
Une fois que vous possédez des terres, vous disposez de deux moyens pour améliorer les rendements :
▪ Les engrais
Ca a été le choix d’investissement de Bunge par exemple.
▪ La qualité des graines
Les groupes, comme Monsanto ou Villemorin, sont des valeurs sûres de l’agriculture actuellement. Ce sont ces groupes qui permettront de gonfler les rendements des productions agricoles.
Il est à parier que Glencore et consorts ne s’arrêteront pas avec le rachat des commerçants en blé, comme Viterra. Ces groupes se tourneront bientôt vers ces compagnies spécialisées dans les semences “high tech”.
Matières à Profits s’est révélé particulièrement sensible à cette question. Très tôt, notre portefeuille a accueilli deux lignes exposées à ce secteur. Une de ses valeurs a enregistré déjà +35% depuis août 2011. Pour profitez vous aussi de ce secteur qui sera bientôt la cible des plus grands groupes : retrouvez mon analyse dans Matières à Profits…
Ce sont ces compagnies qu’il faut garder à l’oeil pour anticiper la prochaine vague de rachat.


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[...] c’est tout un secteur qui s’emballe, comme l’expliquait hier Florent Detroy dans l’Edito Matières Premières & Devises : “Le phénomène météorologique La Niña a gravement perturbé les récoltes de soja et [...]
14 mar 20124:21