Carlyle, l’une des plus importantes sociétés d’investissements du monde, vient de débourser pas moins de 210 millions de dollars pour investir dans un groupe tanzanien quasiment inconnu, ETG. La particularité de cette société, c’est d’être est un des premiers négociants en noix de cajou du monde. Selon les spécialistes, cet investissement, réalisé en partenariat avec Standard Chartered et un gestionnaire de fonds sud-africain, valorise le négociant à hauteur d’un milliard de dollars ! Autant le secteur des matières premières est habitué à jongler avec les milliards, autant il est rare de voir de telles sommes déboursées sur un marché de niche… qui plus est en Afrique.
Cet investissement témoigne d’un mouvement de fond sur le marché des matières premières. Oubliez la prétendue fin du super cycle des matières premières. Si la demande en métaux est en train de repartir avec le redémarrage chinois, c’est surtout le secteur de l’agriculture qui est en hausse.
La hausse des prix de la plupart des céréales et des oléagineux cette année a donné aux acteurs du marché les moyens d’investir dans de nouvelles capacités de production, transformation ou de commercialisation. Toutefois, l’investissement de Carlyle témoigne de la continuité mais aussi des nouvelles tendances en cours sur ce marché.
Voici les trois tendances qui vont orienter le marché. Je vous donnerai le moyen d’en profiter après ces quelques lignes.
Les 3 tendances qui vont tirer vers le haut le marché de l’agriculture
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Une nouvelle phase de consolidation en cours
Après 10 ans de boom des prix agricoles, le secteur des négociants en matières premières a connu une phase d’intense concentration. Ainsi, jusqu’à récemment, le secteur était dominé par quatre sociétés, les fameux ABCD, soit ADM, Bunge, Cargill et Dreyfus. Avec l’émergence d’une concurrence asiatique, les NOW – pour Noble Groupe, Olam et Wilmar –, les acteurs du négoce se sont ainsi lancés dans une course à la taille critique. C’est pourquoi, depuis quelques mois, les rachats se sont multipliés, majoritairement dans les céréales.
En mars dernier, le négociant international Glencore a annoncé son intention de racheter la société agroalimentaire canadienne Viterra, pour près de 6 milliards de dollars. En mai, le Japonais Marubeni a acheté le négociant américain en céréales Gavilon pour 5,3 milliards de dollars. Enfin, ADM a offert 2,8 milliards de dollars pour le rachat de l’Australien GrainCorp.
Cette phase s’inscrit plutôt dans la continuité du secteur, puisque les grands acteurs occidentaux se sont renforcés sur les marchés qu’ils dominaient déjà. La deuxième tendance est nettement plus nouvelle.
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La croissance de l’Afrique
“L’histoire de la croissance en Afrique n’est pas seulement due aux matières premières, c’est une histoire de croissance interne”.
Une analyse prononcée par Ketan Patel en personne, le directeur général d’ETG. Pour lui, le succès de sa société n’est pas seulement dû à la croissance du marché de la noix de cajou. C’est avant tout le fait de la croissance du marché africain, qui a permis à des acteurs comme ETG d’entrer sur les marchés internationaux.
Marlon Chigwendge, qui dirige le fonds Afrique de Carlyle, a d’ailleurs confirmé que l’investissement qu’elle vient de mener était un pari à la fois sur l’augmentation de la demande en matières premières, et sur la croissance africaine. Le montant total du fonds en Afrique devrait s’élever à 500 millions de dollars au total.
Cette confiance s’explique par la forte croissance attendue en Afrique dans les années à venir. Le FMI s’attend ainsi à une croissance moyenne de 5% du continent cette année. Compte tenu des liens commerciaux importants de certains pays africains avec la zone euro, cette performance est particulièrement impressionnante. Et cerise sur le gâteau, le FMI a relevé en octobre ses prévisions pour l’année prochaine, de 5,3 à 5,7%, signe que le continent s’est doté d’un moteur économique puissant.
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Le retour des produits tropicaux
A l’instar de la noix de cajou, les produits autres que le triptyque soja/blé/maïs sont revenus dans le viseur des grands groupes. L’investissement de Carlyle n’est que le dernier de nombreux accords conclus cette année sur ces marchés.
Ainsi le 6 novembre, le fameux négociant en cacao Armajaro, déjà diversifié dans le café et le sucre, a mis la main sur le négociant en coton Plexus pour 17 millions de dollars. L’opération lui permet de renforcer son exposition aux matières tropicales. De même, le négociant asiatique Olam a annoncé son retour sur le coton dès 2013.
Ce regain d’intérêt pour les produits tropicaux est d’abord le fait de la forte demande chinoise. Demande qui n’a pas faibli cette année.
Mon conseil
Ces trois tendances vont continuer de faire évoluer le marché dans les mois à venir. Ainsi le Financial Times a récemment consacré un article aux sociétés qui pourraient devenir les prochaines proies des grands groupes agricoles. Etonnement, deux Français arrivent en tête, Touton et Sucden (Sucres et Denrées), suivis du Suisse Ecom Agroindustrial.
Ces trois sociétés ne sont toutefois pas cotées. Cependant, les grandes compagnies qui réussiront à mettre la main sur un de ces trois acteurs possèderont un bijou. Toutes les trois détiennent des positions fortes sur les marchés du cacao, du café et du sucre. En outre, Touton et Sucden sont historiquement implantés en Afrique.
Pour profiter de la consolidation, je vous conseille donc de regarder du côté des grands négociants en matières premières, en Occident comme en Asie. Ces acteurs savent mieux que les autres profiter à la fois de la demande alimentaire croissante des pays asiatiques, comme des difficultés d’approvisionnement en période de sécheresse.
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