L’annonce de la fusion entre le courtier en matières premières Glencore et le minier Xstrata ne s’est pas faite dans la discrétion. Claironnée par les deux intéressés, l’annonce a été reprise par les journaux, friands de superlatifs. Une fusion de 80 milliards de dollars, c’est déjà un événement en soi.
Surtout, Glencore traîne une réputation sulfureuse d’opacité et de secret, qui est du plus bel effet lorsqu’elle est affichée en première page.
Personnellement, j’ai préféré attendre avant d’aborder les conséquences de cette fusion. D’une part parce que comme beaucoup d’autres avant elle, son issue est incertaine. Rappelez-vous du projet de fusion entre Rio Tinto et BHP Billiton qui a échoué lamentablement quelques mois après.
D’autre part parce qu’au-delà de cette annonce, et de la publicité faite au marché des métaux, cette fusion va bien au-delà d’une simple “économie d’échelle”. Le regroupement des deux traders va concentrer entre leurs mains un pouvoir de négociation exceptionnel sur ces marchés.
Un marché en particulier est en ligne de mire, le marché du zinc.
Soporifique et dépressif, parler du zinc n’est pas une mince affaire. Croyez-moi, j’ai essayé un jour d’en parler en conférence de rédaction, je n’ai récolté que des sourires compatissants. Pourtant mes efforts pour faire vivre ce marché étaient justifiés.
Le zinc est le quatrième marché des métaux industriels, et pèse 30 milliards de dollars. Qu’il tombe entre des mains mal intentionnées, et c’est notre quotidien qui sera transformé.
Il est temps de se réagir !
Un métal du quotidien…
Le zinc permet de galvaniser les métaux. C’est un procédé qui permet de recouvrir des métaux pour les protéger de la corrosion. Vous connaissez probablement mieux ses alliages, notamment le laiton, alliage de cuivre et de zinc.
Vous le retrouverez ainsi dans l’industrie automobile, l’électroménager ou encore les équipements industriels.
Moins connu, le zinc est un élément indispensable dans l’agriculture. Utilisé en tant qu’oligo-élément, le zinc est particulièrement indispensable à la culture du maïs. Un hectare de culture de maïs consomme de 300 à 500 grammes de zinc.
… bientôt épuisé ?
Avec ces quelques détails, le marché du zinc ne vous apparaît probablement pas plus sexy. Les fondamentaux restent déprimants. Les stocks de 2011 n’avaient jamais été aussi hauts depuis 1995, et l’offre de zinc raffiné était plus qu’abondante. Pire, les menaces de l’Iran ou les révolutions au Maghreb ne permettront même pas de mettre un peu de piquant sur ce marché.
Rassurez-vous, cette situation va rapidement prendre fin.
A partir de 2013, plusieurs mines importantes sont programmées pour fermer. Xstrata va notamment fermer sa mine du Brunswick, et Minmetal sa mine de Century en Australie. Avec la hausse de la demande en Asie, le marché pourrait connaître une pénurie de trois millions de tonnes cette année. Soit la première pénurie depuis sept ans.
Comme le résume la spécialiste des matières premières de Scotiabank, Patricia Mohr, de tous les métaux, le zinc est “celui à garder à l’oeil” en 2012.
[NDLR : Pour profiter de la veille stratégique de Florent Detroy sur le zinc et sur toutes les opportunités matières premières les plus profitables pour votre portefeuille : suivez le guide...]
Le marché frémissait depuis un an…
Les prévisions d’une tension sur ce marché ne sont bien entendu pas passées inaperçues. Depuis plusieurs mois les fusions se multiplient.
Ainsi le minier belge Nyrstar, le plus grand producteur du monde de zinc, a acquis Breakwater resources en 2011. De même, Xstrata a racheté Hackett River et Wishbone l’année dernière.
Aujourd’hui, la fusion de Xstrata et de Glencore vient clore ce cycle de fusion/acquisition. Mais le marché du zinc en sera fondamentalement transformé… au détriment des consommateurs.
… et risque d’exploser l’année prochaine
Cette fusion va non seulement permettre des économies d’échelle dans l’exploitation du zinc, mais également créer un “Léviathan du zinc”, un acteur tout puissant. Car cette union donnera naissance :
- Au premier producteur de zinc au monde
- Au premier courtier en zinc au monde
- A une des premières fonderies du monde
Au total, le nouveau groupe contrôlera entre 16 et 18% du marché mondial. Et malheureusement, c’est l’Union européenne qui sera notamment en première ligne.
Car l’UE va dépendre à 30% du couple pour ses approvisionnements. Par exemple, le nouvel ensemble va notamment prendre le contrôle de l’usine de San Juan de Nieva, en Espagne, soit la plus grande fonderie de zinc du monde.
En contrôlant ainsi l’ensemble de la chaîne industriel du zinc, elle ne pourra même pas se tourner vers d’autres miniers. Comme le rappelle Duncan Hobbs, analyste chez Macquarie, l’influence de ce futur groupe ira “bien au-delà la taille de sa production“.
Mon conseil
La question n’est pas de savoir s’il va y avoir une pénurie, mais quand elle aura lieu.
Ainsi comme Glencore et Xstrata, vous pouvez profiter de ces fondamentaux. Investisseurs au long cours, le zinc pourrait donc être une des opportunités de l’année.
Il reste plusieurs minières sur le marché qui seront soit rachetées dans les mois à venir, soit qui profiteront de la hausse des cours à partir de 2013.
Parmi elles, le belge Nyrstar va rester un des leaders dans le domaine du zinc, notamment dans le raffinage. Gardez cette valeur bien au chaud dans votre portefeuille, elle pourrait vous apporter quelques bonnes surprises en 2013.
Bon investissement.


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Poursuivre le débat
[...] l’opportunité la plus intéressante en ce moment. Comme je vous l’ai signalé dans cet Edito, si les cours du zinc restent déprimés, les fondamentaux à moyen termes sont haussiers. [...]
05 mar 20125:33