Comme vous le savez, je vous écris depuis Pékin. J’ai découvert ici qu’il est commun, voire recommandé pour la santé, de boire de l’eau chaude. Cette habitude est fondée sur le sentiment qu’il ne faut pas essayer de modifier la température naturelle du corps, même lorsqu’il fait chaud. Le contraste avec l’Europe est étonnant, l’eau fraîche étant un met aussi recherché par grosse chaleur qu’un grog bouillant au milieu de l’hiver. Une solution intermédiaire, entre respect de son corps et besoin de se rafraîchir pourrait être l’eau… tiède. “Tiède”, c’est justement le terme qu’a utilisé l’économiste Bruno Cavalier, d’Oddo, pour qualifier l’accord européen conclu vendredi 29 juin.
“Eau tiède”, l’expression est bien choisie, car elle caractérise bien cette synthèse de deux visions opposées. D’un côté celle de la France, de l’Italie et de l’Espagne, qui veulent d’agir immédiatement pour refroidir des taux d’emprunt trop élevés. De l’autre la vision allemande, qui ne veut pas cacher la situation naturelle de certaines économies en Europe… c’est-à-dire désastreuse.
Pourtant l’UE avait désespérément besoin de mesures radicales. Ainsi la confiance mise dans cet accord commence (déjà) à se lézarder. Les capacités financières du MES et le FESF semblent nettement insuffisantes. Et sur le fond, l’UE est encore en crise. L’indice Markit PMI reste en berne en juin, à 46,4. Conséquence logique, le CAC 40 a fléchi de 2,77% en fin de semaine.
L’UE a besoin de poser de règles
Pour réellement retrouver une confiance dans l’euro, l’Union européenne a besoin d’imposer des règles budgétaires. Mais pour faire accepter cette perte de souveraineté sur nos budgets nationaux, il faut l’accompagner d’un projet politique à l’échelle européenne.
Un article paru fin juin m’a particulièrement éclairé sur ce point. Sur le site Telos, Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, dégage deux hypothèses de construction européenne :
-
Une construction de type allemande
L’Etat vérifie les budgets mais intervient en cas d’urgence. En Allemagne, c’est la Cour fédérale de Karlsruhe qui vérifie les budgets des Länder, mais l’Etat peut intervenir en cas de dérapage financier.
-
Une construction de type américaine
L’Etat n’apporte pas sa garantie financière aux régions. Aux Etats-Unis, Washington “a décidé qu’il ne sauverait plus les Etats en difficultés” depuis 1841, mais il n’exerce par contre aucune autorité sur les budgets.
Le plus important, c’est que M. Wyplosz conclue en soulignant qu’au niveau des Etats, c’est la solution américaine qui réussit le mieux. Certains Länder ont actuellement des dettes “qui approchent 100% de leurs PIB” alors que “depuis 1850, il n’y a pas eu un seul défaut [d'Etats américains]“.
La hausse des matières s’essouffle déjà
Si l’UE n’est pas habitué aux “grands bonds en avant”, le petit pas fait le 29 juin dernier n’est donc pas suffisant. Un vrai choix entre ces deux modèles reste à faire.
En attendant, la perpétuation à venir de la crise européenne pèse déjà sur nos matières. L’indice CRB des matières premières de Reuters a ainsi perdu plus de 2% vendredi dernier. La baisse est également due au renchérissement du dollar, qui rend plus chère les importations de matières.
Seule l’abaissement des taux de la BCE et de la Banque centrale chinoise vont permettre d’amortir la nouvelle phase baissière vers laquelle se dirigent les matières. Toutefois, l’agriculture réussit à tirer son épingle du jeu cette semaine.
Le rebond des métaux est-il fini ?
Le LME, la bourse des métaux de Londres, a gagné plus de 3% sur la semaine, avant d’en perdre à nouveau deux en fin de semaine. Le rebond des métaux semble avoir fait long feu.
L’optimisme post-sommet européen a porté le métal rouge vers les 7 700 $ la tonne, avant que la retombée de l’optimisme ne le fasse clôturer sous les 7 600 $ vendredi. La rechute de l’aluminium a été moins brusque, lui faisant conserver plus de 4% de hausse sur la semaine.
Le nickel s’éloigne des 16 000 $ la tonne, mais devrait rester encore loin des 18 000 $ cette année. Une récente étude de BNP Paribas estime que la production, malgré les surcapacités actuelles, devrait continuer d’augmenter en 2012 et 2013. Mais la faible demande ne va pas permettre au métal de rejoindre les hautes sphères.
Les stocks américains soutiennent des cours déprimés
Les gesticulations des banques centrales, notamment l’abaissement des taux de la BCE, ont aidé le Brent à revenir proche des 100 $. Pourtant les conditions économiques indiquent une baisse probable à court terme.
Le pétrole à New York n’a lui que très peu rebondi. Proche des 80 $, la baisse des stocks américains devrait empêcher les prix d’aller plus bas.
La sécheresse aux Etats-Unis enflamme les marchés
Le maïs continue d’être sous très haute tension, les problèmes de météo continuant de perturber les récoltes américaines. Après avoir brutalement dépasser les sommets de 2011 dans la semaine, les cours sont tout aussi brutalement revenus vers les 7 $. Le soja est également victime des sécheresses aux Etats-Unis. La proportion de la récolte estimée “bonne” ou “excellente” a chuté de 8% cette semaine.
L’avenir du blé semble également assuré. L’International Grains Council vient d’annoncer que les stocks de blé pourraient toucher un plus bas depuis cinq ans. Alors que je m’attendais à un recul des prix sur l’année suite à une bonne récolte, les perturbations climatiques en Chine, en Russie et aux Etats-Unis ont réduit les attentes et ont fait augmenter les prix. Le blé est la matière en hausse de la semaine, avec un décollage de 11%.
L’or attend son heure
L’or a commencé à profiter de l’action de la BCE, en passant la barre des 1 600 $ l’once. Trois études de Barclays, Commerzbank, Morgan Stanley ont confié leur même optimisme pour l’or à long terme. Barclays se risque même à pronostiquer un prix moyen en 2012 de 1 700 $ l’once.
La baisse surprise des taux de la Banque centrale chinoise, associée aux mesures de la BCE et peut-être bientôt de la Fed vont redonner de l’élan à l’once jusqu’en fin d’année. Je partage l’objectif de ces banques des 1 700 $ l’once, au minium, au quatrième trimestre 2012.
[NDLR : N'oubliez pas qu'il existe divers moyens d'investir dans l'or – certificats, pièces et lingots, minières, etc. – et que vous pouvez viser des gains pouvant varier du simple au triple selon le support que vous choisirez. Simone Wapler tient un service qui donne toute sa place à ces différents supports aurifères : profitez de son expertise sans attendre...]
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 29/06/2012 |
Vendredi 06/07/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 834 | 1 919 | 4,63% |
| Cuivre* | 7 604 | 7 615 | 0,14% |
| Plomb* | 1 795 | 1 870 | 4,18% |
| Nickel* | 16 470 | 16 500 | 0,18% |
| Etain | 18 750 | 18 825 | 0,40% |
| Zinc* | 1 842 | 1 855 | 0,71% |
| Acier (Méditerranéen) * | 364 | 375 | 3,02% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
83,94 | 84,74 | 0,95% |
| Or (spot Comex) | 1 599 | 1 582 | -1,06% |
| Argent spot Comex) | 27,49 | 27,2 | -1,05% |
| Platine (spot Comex) | 1 444 | 1 441 | -0,21% |
| Palladium (spot Comex) | 582 | 579 | -0,52% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
7,39 | 8,21 | 11,10% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,86 | 7,09 | 3,35% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
15,27 | 15,25 | -0,13% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois


Un commentaire
Laissez un commentaire »
Poursuivre le débat
[...] conseil Lundi, je soulignais dans mon Edito que Barclays, Commerzbank et Morgan Stanley ont simultanément affiché leur optimisme pour une [...]
10 juil 20125:06