La domination de Vladimir Poutine sur le marché du gaz ne faiblit pas.
Alors que son pouvoir commence à être contesté à l’intérieur de la Russie, Poutine reste plus que jamais le mâle dominant sur le marché international du gaz.
C’est ce que j’ai pu constater le 15 novembre dernier lors de la réunion des principaux producteurs gaziers du monde à Doha, au Qatar.
Ce sommet, le Gas Exporting Countries Forum, ou OPEG, est toujours l’occasion de voir les forces en présence. Lors de cette réunion, pas de doute, Poutine a une nouvelle fois démontré l’étendue de son pouvoir.
Mais pour une fois, le Kremlin n’a pas choisi le rapport de force pour s’imposer.
Négociations, explications, ententes, on aurait dit un parlementaire européen !
Et grâce à l’accord obtenu, Poutine vient de modeler le marché européen du gaz, dans l’indifférence totale des commentateurs.
Heureusement, nous connaissons désormais les valeurs qui vont en profiter.
Suivez le guide !
L’OPEG plus puissante que l’OPEP ?
Comme son cousin pétrolier, l’OPEG (Organisation des pays exportateurs de gaz) réunit les principaux acteurs gaziers du monde. Ses membres représentent 60% de la production de gaz mondiale.
Caractéristique intéressante, le siège de l’OPEG est à Doha, la capitale du Qatar. Aucun hasard sur ce choix. Si le Qatar n’apparaît qu’au 9e rang des pays producteurs de gaz, le pays joue toutefois un rôle de premier plan sur le marché du GNL (gaz naturel liquéfié). Or le marché du GNL est en pleine croissance depuis quelques années.
Autre caractéristique importante, ce forum est avant tout un lieu de discussion, pas de décision. La Russie, le plus grand producteur de gaz au monde, n’a aucune envie de se lier les mains avec des accords internationaux sur des quotas d’exportations.
Lors de la dernière réunion pourtant, un accord a été passé entre la Russie et le Qatar.
Un accord qui pourrait transformer totalement le marché européen du gaz.
Moscou veut protéger sa chasse gardée…
Si Moscou considère les pays de l’ex-URSS comme sa chasse gardée politique, il considère les marchés du gaz européen comme sa chasse gardée économique.
C’est cet aveuglement qui a empêché Moscou de réagir au développement du GNL.
Grâce au GNL, c’est-à-dire à la possibilité d’exporter du gaz par bateaux, de nouveaux pays ont commencé à concurrencer la Russie. C’est le cas de Trinidad et Tobago, de l’Indonésie, de l’Australie, et bientôt des Etats-Unis.
Moscou vient de réagir début janvier.
… en bloquant l’accès au marché européen
Pour couper l’électricité d’une ville, il existe un moyen plus simple que d’arrêter sa centrale. Il suffit de couper les lignes électriques.
C’est exactement la stratégie qu’a mené Vladimir Poutine pour isoler l’Europe.
Au lieu de réduire la production de gaz, la Russie a réussi à couper les lignes de transmission du gaz : les méthaniers.
Les méthaniers sont ces bateaux qui transportent des volumes de gaz liquéfiés (GNL) pour le vendre aux quatre coins du monde. Le Qatar est le principal transporteur du monde.
La Russie a ainsi simplement négocié avec le Qatar pour que le pays n’augmente pas son offre de GNL à l’Europe.
Oui, vous avez compris, la Russie vient de mettre en place un embargo gazier sur l’Europe.
A qui profite le crime ?
Le Qatar est le premier bénéficiaire de cet accord. En échange de sa réduction de GNL, le Qatar a gagné le droit d’investir dans le projet de Yamal.
Yamal, c’est un des plus importants gisements de gaz du monde. Le géant gazier russe Gazprom le développe avec plusieurs partenaires. En investissant dans le projet Yamal, le Qatar se rapproche ainsi du marché européen.
Le deuxième bénéficiaire est bien évidemment le colosse russe Gazprom, qui détient le monopole des exportations de gaz russe. D’ailleurs, suite à cet accord, ses cours ont gagné 20% !

Cours de Gazprom depuis le 1er novembre 2011
L’impact sur les énergéticiens européens risque par contre d’être négatif.
Car une abondance de GNL aurait permis de faire baisser les cours du gaz en Europe. Ainsi, les seules compagnies capables de profiter de cet accord sont les compagnies déjà partenaires du leader gazier Gazprom dans l’exploitation des ressources russes.
Mon conseil pour investir
Grâce à cet accord, Gazprom apparaît plus que jamais comme une compagnie profitable. Pour éviter le périlleux marché russe, vous pouvez également choisir de miser sur les valeurs européennes engagées avec le géant russe. Ces compagnies vont devenir de plus en plus indispensables aux Russes.
Si ces compagnies sont dépendantes de Gazprom pour l’accès aux ressources, Gazprom ne réussira jamais à accroître son monopole sur l’Europe sans elles. Car seules les compagnies occidentales possèdent les technologies pour exploiter des champs comme Yamal ou Shtokman.
[NDLR : Opportunité ! Deux sociétés françaises du secteur de l'énergie sont associées au géant Gazprom. Florent Detroy surveille actuellement ces valeurs dans le cadre de son service de conseils en investissement sur les matières premières. Il peut vous aider à tirer pleinement parti de la situation inédite sur le marché du gaz décrite dans cet article : il suffit pour cela de suivre le guide...]
En attendant que l’étau russo-qatari se resserre sur l’Europe, vous avez encore l’opportunité d’y échapper.


C’est très intéressant cet article, l’enjeu des matières premières dans la géopolitique semble un peu échapper à nos politiques (je pense à l’imbroglio autour d’Areva).
La gestion de l’eau et des terres cultivables passe plus souvent par les armes et par la colonisation que par une gestion raisonnée.
Le problème des ressources en eau est conflictuelle au Moyen Orient, comme en Espagne,
Quant aux surfaces cultivables, du temps lointain où j’étais en terminale B, on dénonçait déjà le danger d’accroître les productions céréalières destinées à l’alimention animale, aux dépends de l’alimention humaine. (C’était l’époque d’Alfred Sauvy) et l’on s’inquiétait de la disparition des cultures vivrières en Afrique au dépens de la monoculture. Maintenant la chine a pris les choses en main.
Cette précipition allemande dans la fermeture des centrales atomiques, m’avait laissé perplexe, car il était trop évident que c’était se mettre à la merci de la Russie.
Poutine a remarquablement joué son jeu en contournant le problème qui fut celui de toute l’histoire de la Russie: l’accès la mer.
Sébastopol est devenu un bastion dérisoire face à la mondialisation, quoique la flottre russe y séjourne encore au cas où…
Quant à l’Allemagne, le temps n’est plus où le cher Willy (Guillaume II) invitait son cher ami Nicky (Nicolas II) à assister aux manœuvres en mer du Nord de la marine allemande et lui envoyait son portrait pour l’amadouer.
Pour en revenir à 2010, cela semble bouger du côté des compteurs intelligents, il semble que la Chine investisse dans le secteur ?
PS :L’émission de Jean Christophe Victor est remarquable.