Gaz, ne vous trompez pas de cible !

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Il y a eu le disco, les films pornographiques et les Big Mac avec deux steaks hachés… Mais il n’est pas sûr que l’Europe copie à nouveau les Etats-Unis sur l’exploitation du gaz de schiste.

C’est pourtant le rêve de bons nombres d’hommes politiques et d’industriels. Ces derniers mois, ils se sont répandus dans les journaux pour confier l’importance d’exploiter les gaz de schiste en France, et de manière générale en Europe. Surtout, la comparaison avec les Etats-Unis, qui auraient créé 600 000 emplois rien qu’avec cette nouvelle industrie, a donné le tournis à plus d’un employé de Pôle Emploi.

Je suis régulièrement revenu sur le cas du gaz de schiste en France, en essayant de ne pas traiter le sujet sous un angle idéologique. D’un point de vue industriel, l’exploitation du gaz en France me paraît tout simplement un bon moyen de réduire, à long terme, notre dépendance à l’étranger. Surtout, c’est la mise en place d’une industrie, avec les emplois et l’innovation qui vont avec. Je vous rappelle que des acteurs aussi hétéroclites que Vallourec, GDF Suez ou la SNCF sont déjà impliqués dans l’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis !

Bien entendu, la question environnementale est une question importante. L’objectif de 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 pourrait être tenu si le gaz de schiste ne sert qu’à remplacer le gaz que nous importons déjà.

Pourtant, à la vue des dernières évolutions du marché européen, on se rend compte que le continent n’est pas prêt à adopter massivement le gaz de schiste. Les Etats-Unis sont et resteront le pays du gaz de schiste, et c’est là qu’il faut investir.

Voici pourquoi !

Pourquoi remplacer les importations…
Le cas de la France est emblématique de la situation des pays européens continentaux. Le pays n’a pas de ressources gazières propres. Ainsi Paris importe la totalité de son gaz. 20% sont importé via GNL (gaz naturel liquéfié). Les 80% restants le sont via gazoducs. Comme l’explique un article récent de RFI, les pays fournisseurs se repartissent entre la Norvège (36%), la Russie (15%) et l’Algérie (13%).

Le problème jusqu’alors, c’est que les prix des contrats d’approvisionnements pour ce gaz étaient indexés sur les prix du pétrole. Cette logique est ancienne, et vise à réduire les risques de concurrence entre les différentes énergies. Sauf que depuis les années 1990, l’Europe a créé un marché spot du gaz, c’est-à-dire au comptant. Et sur ce marché, les prix du gaz sont inférieurs de moitié au prix du pétrole en “baril équivalent pétrole”.

Les prix du gaz aujourd’hui ne reflètent donc pas le coût d’exploitation du gaz naturel, mais du pétrole. Les grands acteurs européens comme GDF Suez, E.ON ou Iberdrola ont ainsi commencé à modifier ces règles de calculs. Pourtant, l’urgence de modifier ces contrats ne saute pas aux yeux, la consommation de gaz étant déclinante en Europe.

… quand notre consommation décline…
Il est toujours bon d’exploiter une ressource lorsqu’on a déjà le client devant soi. A l’inverse, il est risqué de dépenser des fortunes pour se retrouver avec sa cargaison sur les bras. C’est ce qu’il se passe en Europe.

Selon Capgemini, la consommation a baissé de 9,2% en 2011 pour le gaz. Et cette diminution est fortement encouragée au niveau européen. Comme le rappelle Colette Lewiner, conseillère du président de Capgemini sur l’énergie ce matin dans Les Echos, “la directive européenne sur l’efficacité énergétique, votée en septembre dernier, contraint les opérateurs à réduire la consommation de leurs clients de 1,5% dès 2014″.

Et de toute façon, la moindre hausse de la consommation sera absorbée par les énergies renouvelables, car la règlementation européenne a rendu les énergies renouvelables prioritaires sur le réseau.

… et que les exportateurs mènent le jeu
Sur l’Europe continentale, nous connaissons déjà quel est le pays les plus avancé dans l’exploitation des gaz de schiste : la Pologne. Le pays était notamment pressé de développer son potentiel pour réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz russe.

Or Varsovie vient de connaître un curieux revers. Alors que les plus grandes majors s’étaient pressées en Pologne pour s’occuper de cette activité, Exxon Mobile s’est tout récemment retiré du projet.

Certes les réserves polonaises ont été cette année fortement réduite à la baisse. Mais certains soupçonnent Moscou d’avoir fait pression sur Exxon Mobile pour se retirer du gaz de schiste polonais. Pour rappelle, Exxon Mobile et Rosneft, le champion de l’énergie russe, se sont lancés dans un partenariat stratégique pour l’exploitation commune des réserves russes de l’Arctique.

Dans ce contexte, j’espère vous avoir démontré que le marché américain reste bien le marché privilégié pour capter les bénéfices de la révolution des gaz de schiste.

Mon conseil
Le gaz de schiste aux Etats-Unis offre désormais des opportunités extrêmement diverses. Tout simplement parce que l’usage du gaz s’est répandu sur l’ensemble du tissu industriel américain.

Après les producteurs de gaz, les constructeurs de tubes ou les utilities de l’énergie, le gaz a révolutionné plusieurs industrie, notamment de la chimie. Des groupes comme Dow Chemicals ou BASF ont effectué des investissements majeurs sur le sol américain pour profiter des bas couts du gaz.

Aujourd’hui, deux pistes d’investissements s’offrent à vous :

  • Le prochain secteur industrie qui bénéficiera des bas coûts du gaz

Ces secteurs sont divers. Il peut s’agir autant des métallurgistes que des producteurs d’engrais, dont les activités dépendant fortement des coûts de l’énergie.

[NDLR : Roulez au gaz ! Une compagnie est en train de révolutionner le secteur du transport américain en proposant d'utiliser le gaz de schiste dans les moteurs. En hausse de 14% dans le portefeuille MAP, ce titre ne commence qu'à peine son ascension. Pour profiter vous aussi de cette nouvelle opportunité, abonnez-vous à Matières à Profits].

  • Les innovateurs dans le domaine des technologies du gaz de schiste.

Passé inaperçu, certains Etats américains ont commencé à encadrer l’utilisation des gaz de schiste pour des raisons environnementales. C’est une impulsion supplémentaire donnée aux sociétés pour innover avec de nouvelles technologies d’exploitations. Un acteur comme Chimera Energy est actuellement en train de développer une technologie de fracturation “sèche”, qui pourrait bien s’imposer dans les années à venir.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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