Enrayer la chute des prix sur le natty (le marché gazier) !
Voici ce que l’on pouvait lire sur toutes les lèvres lors de la tenue du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG).
Surnommé l’OPEP du gaz, le FPEG a réuni lundi 19 avril, à Oran, des producteurs inquiets face à la chute des cours du gaz depuis deux ans.
Les cours du gaz touchent le fond, et creusent encore !
La consommation mondiale de gaz en 2009 s’est contractée de 5% selon Cedigaz, principalement en Europe et en Asie. Et les prix du gaz “rampent” autour à 4 $ le million de BTU (British Thermal unit), alors qu’ils caracolaient non loin des 14 $ avant la crise en 2008.
La fin de la crise fera-t-elle rebondir les cours du gaz ?
Je n’y crois pas. Vous voulez savoir pourquoi ?
Le marché du gaz ne devrait pas connaître plus de 1% à 1,5% de croissance.
N’attendez rien non plus du côté de la Chine, notre habituelle pourvoyeuse de bonnes nouvelles économiques. Le pays a fait le choix du charbon et des énergies renouvelables. Le gaz ne devrait pas excéder 10% du mix énergétique chinois.
Le vrai responsable de la crise du gaz ? Le gaz non conventionnel
Bien sur, la crise a contribué à faire chuter les cours, de 14 $ le million de BTU en 2008 à 3 $. Pourtant, elle n’est pas la seule responsable. Un autre facteur participe à déprimer les cours du gaz naturel : les gaz non conventionnels.
La production de gaz non conventionnel aux Etats-Unis, très récente, compte désormais pour un tiers de la production, et pourrait atteindre 60% en 2030. Grâce à la flexibilité du marché américain, cette “offre supplémentaire inespérée” s’est tout de suite répercutée sur les marchés spot : le prix du gaz sur le Henry Hub est actuellement de 50% inférieur au prix des contrats à long terme !
Le marché du GNL, excédentaire
De plus, si le développement du GNL (gaz naturel liquéfié) a rendu le marché plus liquide en abolissant la segmentation géographique du marché du gaz, en période de surcapacité, tout le monde trinque.
Le marché du GNL devrait être excédentaire de quelque 90 GM3 (milliards de mètres cubes) en 2010 et 2011. Ces surplus devraient se déverser sur les marchés d’Amérique du Sud et d’Asie, contribuant à leur tour à faire chuter les prix sur ces places.
Le dogme de l’indexation remis en cause
La chute des prix a donné aux consommateurs l’occasion de critiquer le sacro-saint mode de calcul des prix du gaz : l’indexation sur les prix du pétrole.
Acheter son gaz à prix d’or, autour de 7 $/8 $, quand de l’autre côté de la rue, il est bradé à 4 $ sur les marchés spot, évidemment, c’est agaçant…
L’idée serait d’introduire davantage de flexibilité en prenant plus en compte ce qu’il se passe sur les marchés spot.
Devant les premières concessions lâchées par plusieurs compagnies, notamment Statoil et Gazprom, les pays producteurs ont décidé de se concerter sur les moyens d’enrayer la chute des cours.
L’OPEP du gaz, un projet prématuré
Reproduire la structure de l’OPEP pour contrôler un marché en voie d’homogénéisation, l’idée semble judicieuse. Mais pour l’instant, le marché gazier est encore trop segmenté :
L’OPEP, c’est l’association d’un swing producer, l’Arabie Saoudite, avec les producteurs d’un même produit standardisé, vendu aux quatre coins du monde. La FPEG, pour l’instant, n’a ni patron, ni marché homogène, ni produit homogène.
Quatre “grands” concentrent les cartes du gaz
Pourtant, ils auront du mal à unifier leurs intérêts :
La Russie possède les réserves les plus importantes, mais ses exportations sont rigidifiées par les gazoducs.
Le Qatar semble engagé dans une stratégie de gain de parts de marché à tout prix, sans souci excessif de la rentabilité.
L’Iran et l’Algérie sont trop faibles économiquement et politiquement pour pouvoir agir seuls.
Face à ces contraintes, les pays présents se sont bornés à rappeler les principes de leurs marchés.
Revenir aux fondamentaux
En attendant une hypothétique “stratégie commune”, les pays producteurs se sont prononcés unanimement pour un maintien de l’indexation du gaz sur les cours du pétrole, seul moyen d’atteindre un prix “juste”.
Chakib Khelil, le ministre algérien de l’Energie et des Mines, a estimé qu’une parité de “1 à 6″ avec le pétrole serait normale. Un tel calcul amènerait le MBTU à 13-14 $ !
Une cartélisation de la planète gaz par les deux plus gros acteurs de la planète ?
Malgré l’énergie déployée par l’Algérie lors de ce Forum, l’avenir du gaz se jouera probablement autour de la Russie et du Qatar. Conscients de leur potentiel respectif, les deux pays ont entrepris un rapprochement, en lançant en mars dernier un projet de “commission de coopération” bilatérale. Premier pas vers un condominium gazier ?
Je vois deux raisons crédibles à sa réalisation :
- Le GNL devrait se développer rapidement, grâce à sa flexibilité et à sa meilleure couverture des risques financiers. Le Qatar, possédant les troisièmes réserves mondiales de gaz, et une importante flotte de méthaniers, sera donc bientôt capable d’inonder les marchés. Seuls l’Europe et les Etats-Unis lui échapperont.
- La Russie pourrait laisser le Qatar s’imposer comme le swing producer, en échange d’une non intervention sur le marché européen, où les capacités GNL sont encore très faibles.
Vous l’aurez compris, sur le court terme, les consommateurs devraient être les principaux bénéficiaires des récentes évolutions du marché.

