Pourquoi le prix de la ratatouille menace-t-il de grimper ?

| |
leadimg

La faute n’est pas à rechercher, du côté de la courgette, de l’aubergine ni même du bouquet garni qui embaume nos cuisines.

La responsable, c’est la tomate. Attention, pas la tomate importée aux saveurs de serviette-éponge. Je parle de la vraie et unique tomate française… cultivée sous serre.

C’est une information délivrée ce matin par Le Figaro. Selon un consommateur, la tomate française se retrouverait autour de 5 euros le kilo sur certains marchés parisiens, contre 2 euros pour la tomate espagnole. Une des raisons avancées est le coût du chauffage des serres, qui s’effectue… avec du gaz.

De l’autre côté aux Etats-Unis, au contraire, la chute continue des prix du gaz ne cesse de soulager le pouvoir d’achat des consommateurs. Au point que le gaz serait une des raisons du retour de la croissance (modeste) américaine. Le magazine Fortune affichait même en une de ce mois-ci la statue de la Liberté, dont la flamme prenait une couleur bleutée, avec ce titre : “Les Etats-Unis du gaz naturel”.

Si le gaz est effectivement en train de transformer l’économie américaine, cette semaine vient de nous prouver que Washington n’est plus seul.

Désormais, l’exploitation du gaz de schiste se répand, et nous offre de nouvelles opportunités d’investissement.

L’EPA crée une autoroute pour le gaz de schiste US
Le prix du MBTU (unité de mesure du gaz sur le marché spot US) est tombé ce mois-ci en dessous de 2 $. A 4 $, la capacité des producteurs US à rester compétitif forçait l’admiration. A 2 $, cela relève de la prestidigitation.

Si cette baisse a poussé dans le rouge certains producteurs, la nouvelle a été contrebalancée cette semaine par l’assurance d’une meilleure visibilité sur le marché à long terme. L’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement, vient de publier un ensemble de règles que les producteurs de gaz devront appliquer pour renforcer la protection de l’environnement autour des puits de forages. Elles devront être mises en place d’ici 2015.

Le spectre d’une interdiction s’éloigne donc, et le ketchup n’aura jamais été aussi bon marché.

Tout le monde se rallie !
Mais la vraie nouveauté qui a réjoui le secteur, c’est le ralliement. Les derniers récalcitrants se sont finalement rangés derrière le produit qui apparaît de plus en plus clairement devoir diriger l’économie.

Je ne parle pas de la campagne électorale, mais toujours bien du gaz de schiste. En Angleterre, en Pologne, et de manière encore plus surprenante en Russie, les gouvernements viennent de reconnaître un à un l’inévitable succès à venir du gaz de schiste.

Désormais, l’Europe semble s’être convertie au gaz de schiste.

Le prix de la tomate anglaise va baisser
C’est en effet au tour de l’Angleterre de donner le coup d’envoi à l’exploitation du gaz de schiste.

Deux mini-séismes avaient secoué le Lancashire l’année dernière. Très vite, on établit le lien avec l’utilisation de la fracturation hydraulique que Cuadrilla Resources utilisait dans la région.

Or après analyse, le groupe d’experts mobilisé pour identifier les causes de ces incidents a annoncé mardi dernier que le risque d’un tremblement majeur devait être écarté.

Ainsi c’est 1 000 milliards de milliards de pieds cubes (Tcf) qui pourraient irriguer les industries anglaises dans les années à venir. Considérant que l’Angleterre consomme autour de 3,5 Tcf par an, Londres pourrait rapidement devenir auto-suffisant net gaz.

La Russie forcée à se lancer dans la bataille
De son côté, la Russie s’est longtemps désintéressée du gaz de schiste. Pourquoi s’inquiéter de la concurrence lorsque l’on possède les plus grandes réserves de gaz au monde ?

Pourtant le Kremlin a commencé à comprendre son erreur lorsque le pays a perdu la place de premier producteur de gaz au monde en 2009, au profit des Etats-Unis. Dans la foulée, la Pologne s’est lancée à corps perdu dans le gaz de schiste dans l’espoir de réduire sa dépendance vis-à-vis de la république fédérale russe. Vladimir Poutine s’est alors décidé à réagir.

Cette semaine, le patron du Kremlin a encouragé les entreprises énergétiques à “être prêtes à relever ce défi [du gaz de schiste] dès aujourd’hui“. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que Gazprom noue une alliance avec Total, Chesapeake ou encore ExxonMobil dans le gaz de schiste.

La tomate française restera-t-elle vraiment un met de luxe ?
Pour l’instant, seule la France, rejointe récemment par le Québec, interdit encore l’exploitation du gaz de schiste avec la fracturation hydraulique. Pourtant cette interdiction ne semble pas immuable.

Fin mars, la mission gouvernementale sur les gaz de schiste a discrètement ouvert la porte. Désormais, il est possible d’utiliser la fracturation hydraulique, “à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public“.

De là à ce que les résultats, que l’on peut déjà prévoir comme “satisfaisants environnementalement”, servent de base pour une exploitation industrielle, il n’y a plus qu’un petit pas à faire.

Misez sur l’ascension du gaz de schiste en Europe
Vous pouvez vous aussi participer à cette seconde vague d’investissement sur les shale gas. Aux Etats-Unis, les pionniers du shale gas ont connu des croissances fulgurantes. Ainsi Southwestern Energy a gagné 220% depuis 2005, et Devon Energy 78% !

[NDLR : Matières à Profits vous propose d'investir sur deux valeurs positionnées au coeur de cette révolution énergétique. Je me suis penché récemment sur les conséquences de la révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis. J'ai repéré pour vous un secteur qui devrait, d'après les producteurs, décoller grâce à la montée des hydrocarbures non-conventionnels. Cliquez ici pour en savoir plus...]

Aujourd’hui, c’est au tour des valeurs européennes de bondir. Pour les plus européens des investisseurs, vous pouvez participer aux premiers pas des shale gas. En Pologne, Talisman Energy est sur les rangs pour exploiter les ressources. Ils pourraient ainsi rejoindre les pionniers américains au panthéon des plus belles envolées boursières.

Bon investissement.

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

2 Commentaires
Laissez un commentaire »

  1. Bonjour.

    Vous avez raison, il faut se jeter sur le gaz de schiste.

    Les institutions corrompues par l’idéologie du Marché vont laisser faire, comme d’habitude.

    Il n’y a RIEN d’environnemental dans la fracturation.

    Utilisation gigantesque d’eau (polluée) pour fracturer.
    Fuites de méthane, beaucoup plus efficace que le CO2 sur le plan du réchauffement climatique.
    Risques avérés de pollution des nappes phréatiques.

    Ceux qui veulent de l’eau propre n’ont qu’à aller l’acheter au supermarché (achetez des valeurs dans le domaine de la flotte: ça va payer)… avant que de s’attaquer à l’air en bouteille: là aussi, ça va payer.

    Prend l’oseille et tire-toi… mais fais attention : il n’y aura bientôt plus un seul endroit pas trop pollué où se tirer.

    Mais bon: on s’en fout. C’est le court terme qui compte, chez les lobotomisés du Marché.

Poursuivre le débat

  1. Et si le prix de la tomate influençait l’humeur de la rentrée ?

    [...] plus sur le net, dans Agora le site proposé par Isabelle Mouilleseaux, j’ai trouvé ça , sous le clavier de Florent Detroye, en date du 19 avril 2012 ! “Pourquoi le prix de la ratatouille menace-t-il de grimper ? La [...]

    13 août 20127:30

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.