3 compagnies qui vont profiter d’un gaz de schiste plus vert

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“La France est bénie des dieux”.

Cette phrase aperçue de loin entre deux stations de métro sur un kiosque à journaux m’a plongé dans des abîmes de perplexité. Wolfgang Schäuble s’apprête à mettre notre pays en coupe réglée, Gérard Depardieu quitterait la France et Stars 80 est toujours à l’affiche… non, je ne voyais toujours pas ce dont la France pouvait se réjouir.

Sorti du métro, je me suis décidé à acheter ce journal. “Pour l’Europe, elle (la France) serait au gaz de schiste ce que le Qatar est au pétrole”… voici la fin de la phrase. Elle a été prononcée par Michel Rocard, à propos des immenses réserves de gaz de schiste que notre territoire possèderait. Comment un ancien Premier ministre, connu pour ses positions écologiques, peut-il se réjouir de la richesse française en hydrocarbures ?

Michel Rocard se réjouissait d’abord des effets positifs sur l’industrie que le gaz de schiste pourrait avoir en France. Est-ce qu’il en oublierait pour autant les problèmes de contamination de l’eau, la chute des ressources dans certaines régions américaines, l’augmentation de la salinité de l’eau ou encore l’épandage de boues de forage… ?

Il semble surtout que les technologies du gaz de schiste soient en train de s’améliorer considérablement. J’ai donc décidé de mener une petite enquête. La R&D américaine avait été à l’origine de la découverte des gaz de schiste. Elle était probablement capable de mettre au point des technologies pour rendre son exploitation plus propre.

J’ai ainsi détecté 3 compagnies qui pourraient à l’avenir profiter du boum des gaz de schiste, et de leur exploitation plus écologique. Retenez bien, ces 3 pistes ne sont pas toutes américaines !

  • Le gel magique de Gasfrac

Nous commençons à le comprendre, il n’y a pas d’énergie idéale. Gaz, pétrole, renouvelable ou encore nucléaire devront cohabiter. Ce qui n’empêche pas de faire des progrès sur les technologies utilisées. Or les technologies d’exploitation des gaz de schiste, parce qu’elles sont jeunes, ont la chance d’avoir une grande marge de progression.

La dernière technologie qui a attiré les investisseurs est celle de fracturation à base de gel développée par la compagnie GasFrac Energy Services, cotée à Toronto. A la base, la fracturation hydraulique, qui consiste à fracturer la roche, utilise un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques. Cette nouvelle technologie permettrait de fracturer la roche avec seulement un gel conçu à partir de gaz propane liquéfié (LPG).

Cette technologie a deux atouts. D’abord, sa consistance permet aux compagnies de récupérer plus facilement ce qui ressort des puits, notamment les produits chimiques. Mais surtout, elle permet d’économiser de l’eau. Ainsi, cette technologie pourrait amener les régions désertiques, comme le Texas, ou fortement peuplées, comme l’Etat de New York (qui a imposé un moratoire en 2010 sur les gaz de schiste) à accélérer ou relancer la production.

La compagnie a commencé à signer des accords commerciaux avec les compagnies pétrolières et gazières. Chevron, par exemple, utilise désormais la technologie LPG dans ses installations du Colorado.

  • La Smart Sponge d’Abtech

La deuxième solution concerne l’amélioration des technologies de retraitement. Or dans ce domaine, les technologies émergent à peine. Toutefois l’une d’entre elles semble avoir pris le dessus, la smart sponge ou l’éponge intelligente.

La compagnie Abtech Holdings, cotée sur l’OTC, a été récompensée du prix de la meilleure invention technologique cette année par le World Shale Oil & Gas Summit. Sa technologie est simple, il s’agit d’une éponge qui filtrerait les hydrocarbures de l’eau.

Photographie d’une éponge intelligente à l’état brut (1)

Photographie d'une éponge intelligente à l'état brut

Ces éponges, obtenues grâce à du plastique extrudé, sont oléophiles, c’est-à-dire qui absorbe particulièrement les corps gras. Encore mieux, ces éponges sont hydrophobes, qui rejettent l’eau. L’intérêt est donc clair. En faisant passer l’eau qui ressort de la fracturation sur ces éponges, les hydrocarbures et les produits chimiques qu’elles contiennent seront absorbés.

Dernier atout, Glenn Rink, le créateur d’Abtech, envisage son procédé comme une boucle fermée, afin de limiter les déchets. Une fois que les éponges sont gorgées d’hydrocarbures, elles peuvent être utilisées comme carburant ! Abtech est en train de mettre au point un générateur pour utiliser cette énergie.

  • Le spécialiste de l’eau, Veolia

Si ces technologies ont un grand avenir devant elles, il n’en reste pas moins que le traitement de l’eau reste pour l’instant le procédé le plus utilisé pour réduire la pollution de l’eau des puits.

Dans ce secteur, un acteur français est en train de monter en puissance : Veolia. Alors que la compagnie prend l’eau de toute part, son PDG, Antoine Frérot, a révélé aux Echos début novembre qu’il avait l’intention de prendre le virage stratégique des gaz de schiste. Comme il l’a expliqué, Veolia a “une expertise unique pour nous positionner sur les grandes problématiques environnementales. Nous sommes ainsi un des deux seuls acteurs au monde à savoir traiter les effets sur l’eau de l’exploitation des gaz de schiste”.

Le redressement de Veolia passera peut-être par le gaz de schiste.

Mon conseil
Ces trois solutions vous offrent donc une même possibilité d’investir sur une exploitation plus écologique des gaz de schiste. Alors que les réglementations environnementales vont se faire de plus en plus sévères à leur encontre, toutes en profiteront.

Toutefois le niveau de risque n’est pas le même pour toutes. Compte tenu de la jeunesse de leur technologie, Abtech et Gasfrac sont davantage à classer dans la catégorie “pari”. A l’inverse, pour profiter en douceur de l’essor du marché, je vous conseille de vous intéresser à Veolia.

[NDLR : Le développement des gaz de schiste a entraîné une activité sans précédent aux Etats-Unis de la part des utilities de l'eau. Selon la banque Boennings & Scattergood, le marché du retraitement de l'eau pèsera 3 milliards par an pour le seul champ de Marcellus. Florent Detroy a proposé à une poignée de lecteurs d'acquérir une valeur particulièrement bien exposée à ce secteur - le titre a déjà pris 10% ! Et avec l'accélération de l'exploitation des gaz de schiste dans le monde, il pourrait bien continuer sa progression dans les mois et les années à venir : profitez-en sans plus attendre...]

 

(1) http://www.forbes.com/sites/christopherhelman/2012/09/21/shale-gas-frackers-get-excited-about-a-new-sponge/?ss=innovation-science

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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