test

Pékin est-il toujours le phare des matières premières ?

| |
leadimg

L’atterrissage de l’économie chinoise semble se faire au ralenti.

Le rythme est lent, mais pourrait encore durer quelques semaines. Dernier signal baissier en date, le pays vient d’annoncer une croissance de 8,1% au premier trimestre 2012. Il faut remonter dans les archives de 2009 pour retrouver un chiffre similaire. A la même date l’année dernière, la croissance s’établissait à 9,7%.

Pour Ting Lu cependant, analyste de Bank of America Merrill Lynch, “le pire est passé“. D’ailleurs, la hausse inattendue des prêts accordés en mars, représentant un total de 159 milliards de dollars, témoigne de la relance des investissements en Chine.

La transition politique introduit de l’incertitude
Le ralentissement “ressemble de plus en plus à une lente consolidation, plutôt qu’à un ralentissement brutal comme en 2008-2009“, explique même Ren Xianfang, économiste du cabinet de consultant IHS Global Insight. Sur le strict plan économique donc, le pays n’est pas en train de s’enfoncer dans une spirale de récession.

Sur le plan politique en revanche, les évolutions de l’équilibre politique à la tête de l’Etat, dont vous pouvez retrouver un bref résumé ici, entretiennent encore une forme d’incertitude.

L’Europe pèse sur les perspectives chinoises
Un autre facteur pèse sur la croissance chinoise : la poursuite des tensions autour des dettes européennes. En Italie, en Grèce et en Espagne, les taux d’emprunt remontent. L’Espagne a même connu un petit raté dans une émission obligataire en début de semaine, alors que l’Italie s’est fait peur sur sa dette pas plus tard qu’hier. Problème, l’Europe est le premier marché vers lequel la Chine exporte.

Il est là aussi trop tôt pour parler d’un “bis repetita” du scénario grec. La situation internationale n’est d’ailleurs pas la même. L’optimisme qui règne à Wall Street, assez solide pour se permettre d’ignorer le rebond des inscriptions au chômage en mars, a permis au CAC 40 de se reprendre après un passage à vide en début de semaine dernière.

Reste à savoir pendant combien de temps les marchés européens vont rester dans la roue de Wall Street. C’est peut-être la BCE qui apportera la réponse, alors que celle-ci vient de déclarer être prête à acheter davantage de dettes des pays européens.

En attendant, les matières ont poursuivi des trajectoires différentes. Les métaux ont notamment continué leur lente glissade.

Le cuivre cristallise les doutes sur la croissance
Les métaux ont, à l’instar des marchés, connu un trou d’air mardi, avec une baisse de 2% du LMEX, l’indice des métaux à Londres. L’indice s’est finalement relevé, aidé par la prévoyance/le calcul — c’est selon — des spéculateurs : l’annonce d’un tremblement de terre au large de l’Indonésie a provoqué des achats pavloviens sur l’étain et le nickel. L’Indonésie est le premier producteur d’étain au monde, et un des premiers transformateurs de nickel. Toutefois, ses installations ne semblent pas avoir été affectées.

Le cuivre est tombé momentanément sous les 81 00 $ la tonne, mouvement inédit depuis janvier dernier. L’annonce de stocks élevés à Rotterdam et Busan (Corée du Sud) ont notamment déclenché cette baisse. Toutefois, l’Union Bank of Switzerland (UBS) est venue rassurer les marchés, en déclarant qu’un déficit en métal rouge devrait subsister cette année.

A plus court terme, c’est pour l’aluminium que les perspectives se sont éclaircies. Les déclarations rassurantes du fabricant d’aluminium Novelis sur la demande chinoise, notamment dans l’automobile, ont permis au cours de remonter après leur chute de 4% la semaine dernière.

Découplage entre le maïs et le soja
Le soja reste bien au-dessus des 14 $ le boisseau. La grève des dockers argentins a repris cette semaine, entretenant un début de tension sur le marché. La Chine a fini de soutenir le marché, en annonçant une baisse de 11% des surfaces de plantations consacrées au soja.

Sur le marché du maïs, rien de tel. Les cours ont lourdement baissé, alors que Pékin a annoncé une extension des surfaces plantées de maïs de 3,7%. Le ministère de l’Agriculture a toutefois déclaré qu’il craignait un début de pénurie de semences dans certaines régions.

Enfin le blé a connu une légère baisse. La Commonwealth Bank of Australia a résumé la situation sur le marché en déclarant que si les risques de gel qu’ont connus les Etats-Unis récemment soutiennent les prix “la plupart des analystes météorologiques expliquent que les dommages faits aux plantations de blé seront probablement insignifiantes“. Les cours devraient rester stables.

L’or et l’argent ont achevé leur consolidation ?
L’or et l’argent se maintiennent respectivement autour des 1 660 $ et 32 $.

Après un lourd passage à vide la semaine dernière, les ratés des émissions de dettes de l’Espagne et de l’Italie ont réinjecté la petite dose de risque que ces matières attendaient. Les deux marchés pourraient avoir achevé leur consolidation. Il faut s’attendre à un redressement à partir de cette semaine.

Il faut également noter que le président du consultant GFMS, une société de conseil spécialisée, vient d’annoncer dans une étude un pic de l’or en 2013. L’once de métal se stabiliserait vers les 2 000 $ fin 2012, puis redescendrait sous l’effet du ralentissement des injections monétaires.

Le pétrole baisse enfin
Les Iraniens ont enfin décidé de jouer la deuxième partie de leur jeu, l’”apaisement”. Après la montée des enchères diplomatiques, l’Iran a fait redescendre la pression avec l’ouverture de négociations le 17 avril. Personne ne croit à un arrêt du programme nucléaire iranien, et cet apaisement ne sera que de courte durée. Seules des relations diplomatiques suivies pourraient mettre fin au badinage de Téhéran. Ce ne sera probablement pas le cas ce mois-ci.

Cependant, les cours du Brent devraient redescendre en dessous des 120 $, aidés en cela par la baisse de la demande. Dans son rapport mensuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé que le marché du pétrole se calmait actuellement. La faute à une stagnation de la demande, la mobilisation de l’OPEP pour produire plus, et au déblocage éventuel de stocks stratégiques.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
06/04/2012
Vendredi
13/04/2012
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 2 090 2 088 -0,10%
Cuivre* 8 340 8 120 -2,64%
Plomb* 1 988 2 080 4,63%
Nickel* 17 940 18 455 2,87%
Etain 22 450 22 600 0,67%
Zinc* 1 982 2 012 1,51%
Acier (Méditerranéen) * 485 489 0,82%
Pétrole light
(New York 1 mois)
103,14 102,05 -1,06%
Or (spot Comex) 1 631 1 646 0,92%
Argent spot Comex) 31,71 31,5 -0,66%
Platine (spot Comex) 1 592 1 669 4,84%
Palladium (spot Comex) 639 642 0,47%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,38 6,17 -3,29%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,57 6,21 -5,48%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,31 14,26 -0,35%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

 

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.