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Un canari dans la mine de cuivre

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leadimg

Forte chute probable du cuivre à court terme ?
Intéressante l’évolution du cours du cuivre qui dessine une Epaule-Tête-Epaule de long terme. Regardez :

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Alors que le cuivre vient de terminer son pull-back sur la ligne de cou et semble devoir consolider fortement vers la base de sa figure en Epaule-Tête-Epaule, différents événements surviennent qui semblent prêter à des interprétations multiples et divergentes.

Quoiqu’il en soit, Goldman Sachs, dans la dernière semaine de mai, a rejoint mon avis sur une forte chute potentielle du cuivre à court terme.

Demande record de livraison physique
Le 29 mai, le site Internet zerohedge (ZH) mettait en avant le fait que des ordres de livraison record avaient été passés sur le marché de Londres sur le cuivre (LME). Alors que Bloomberg en concluait que c’était une indication d’une reprise de la demande, ZH subodorait que cet exceptionnel mouvement dans les entrepôts du LME pourrait être plus complexe qu’une simple reprise demande industrielle.

Regardez l’évolution des demandes de livraison du cuivre depuis 2008. Le mouvement auquel on vient d’assister est frappant :

Pour accorder des crédits aux entreprises, il semblerait que les banques chinoises acceptent depuis 2009 de prendre en garantie des biens tangibles d’une certaine valeur et surtout d’une certaine densité pour une question de volume de stockage, l’or et l’argent, bien sur, mais aussi le cuivre, le nickel et l’acier.

Des entreprises ont donc acheté du cuivre sur le marché, pour ensuite le mettre en garantie auprès de leur banque et obtenir des prêts. Comme sur le marché de l’or, ces stocks de cuivre ont été hypothéqués plusieurs fois. Pour l’entreprise chinoise, le cuivre en stock permettait de jouer la hausse des cours, qui ont triplé entre 2009 et septembre 2011. Les Chinese Copper Financing Deals (CCFD) ont donc donné lieu à une énorme spéculation, ce qui explique les importations massives de cuivre par la Chine, durant cette période, avec des abus et des escroqueries en tout genre.

Il y aurait aujourd’hui près de 500 000 tonnes de cuivre stockées dans les entrepôts en Chine, dont une grande partie n’aurait aucune raison d’être industrielle.

D’un autre côté, les stocks de cuivre dans les entrepôts du LME sont également à un niveau exceptionnellement haut, du fait du ralentissement de la demande mondiale.

Eclatement d’une bulle hypothécaire ?
Le 5 mai dernier, les autorités financières chinoises ont changé les règles du jeu concernant le CCFD, ces accords de financement du cuivre. Cette soudaine et très forte hausse des demandes de livraison constatée dans les entrepôts du LME pourrait être le fait de banques cherchant à mettre la main sur les garanties des prêts qu’elles ont octroyés. Il est probable que ces prêts étaient consentis contre simple présentation d’un certificat du LME.

Lorsque les banques auront récupéré leur garantie (cuivre physique), elles ne vont pas les conserver, mais risquent de les vendre sur le marché. C’est exactement ce qui s’est passé avec l’immobilier américain. Les banques ont saisi les maisons hypothéquées, puis les ont vendues en masse, faisant s’écrouler les prix de l’immobilier américain. Le marché risque donc à court terme de voir affluer 400 000 tonnes de cuivre au moment même, où la demande faiblit. Les cours devraient donc chuter assez rapidement d’ici septembre.

Escroqueries ordinaires de Glencore, Goldman Sachs, JPM… & Co
Goldman Sachs, comme JPM, Glencore et autres fripons ont investi massivement dans l’entreposage, jusqu’à détenir 50% de ce marché.

  • D’une part, à 42 cents la tonne, ce métier permet des facturations récurrentes non négligeables,

  • d’autre part, être au coeur des stocks permet de mieux percevoir la demande et d’anticiper les mouvements sur les marchés.

  • Enfin, quand on a une âme de voyou, cela permet d’estamper les clients à la petite semaine. Leurs procédés font penser aux vespasiennes de Topaze.

En juin 2011, Coca-Cola a d’ailleurs entamé des procédures contre Goldman Sachs, qui bloquait les livraisons de l’aluminium acheté sur le LME (facturant ainsi plus longtemps l’entreposage) et exigeait des bakchichs pour sortir les palettes des clients.

Les plaintes contre tous les entrepôts privés des sous-traitants du LME n’ont cessé de se multiplier, touchant tous les métaux.

En avril dernier, des plaintes similaires en provenance des plus gros transformateurs américains de cuivre échouaient sur le bureau du LME. Les propriétaires d’entrepôts bloquaient les livraisons, créant des pénuries artificielles et manipulant de fait les cours du métal.

Pour revenir à notre sujet, ce qui semble être une brutale hausse des demandes de livraison n’est peut être pas sans rapport avec ces manipulations organisées par Golman Sachs, Glencore (dont j’ai abondamment parlé au printemps) et JPM qu’il n’est plus besoin de présenter. La mafia italienne était montée en puissance grâce au syndicat des dockers, les mafieux de Wall Street n’ont pas honte d’abuser des industriels via leurs entrepôts.

L’exceptionnelle demande de livraison du cuivre est elle en rapport avec ce racket ?

Du cuivre et du Bancor
Le 15 avril 2009, Ambrose Evans-Pritchard dans le Telegraph affirmait que les besoins industriels de la Chine ne pouvaient en aucun cas expliquer ses achats massifs de cuivre et s’interrogeait sur la possibilité que les Chinois cherchent à instaurer un nouvel étalon monétaire basé sur le cuivre. Il citait notamment Nobu Su, le président du groupe Taiwanais TMT, acheminant des matières premières en Chine continentale, et qui disait alors : “la Chine investit dans les matières premières pour essayer d’alléger ses 1,9 trillions de dollars de réserves de change. Ils vont avoir des réserves pour leurs infrastructures pour les 20 ans à venir“.

Un mois plus tôt, juste avant le G20 en Italie, Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale chinoise, avait écrit un essai sur le thème “changeons le système monétaire“, où il demandait à ce qu’on sorte du système actuel de monnaie fiduciaire. Il émettait des regrets que rien n’ai été fait dans les 70 dernières années pour essayer de mettre en place le “Bancor”, que Keynes avait proposé à Bretton Woods. Le Bancor devait être garanti par 30 matières premières, une base plus large que l’étalon or. M. Zhou disait qu’une telle monnaie éviterait les excès de la monnaie actuelle, basée sur la dette, qui avait mis le système financier à genoux.
(cf. les chapitres actualités et prospective de “Histoire de l’Argent“)

  • D’une part, on peut constater qu’Ambrose Evans-Pritchard n’avait pas complètement tort. Le cuivre acheté par la Chine n’était pas industriel mais avait effectivement une raison d’être monétaire. La Chine a constitué des stocks de métaux stratégiques (or, argent, cuivre, acier, nickel…) en utilisant de nombreux subterfuges, comme ces prêts hypothécaires sur le cuivre (CCFD) ou l’acier, mais également en proposant aux déposants de conserver leur trésorerie en parts d’ETF gold ou silver.

  • D’autre part, la Chine a en quelque sorte commencé à substituer la monnaie purement fiduciaire par une monnaie garantie par du métal sur son marché intérieur. J’ai lu qu’un équivalent du CCFD existait pour le soja ; en cherchant bien, on en trouverait sans doute pour le riz, etc.

Ruée vers des biens tangibles ?
Envisageons un instant que toutes les manoeuvres sur les marchés n’aient au final qu’un seul objectif, celui de mener en une ou deux étapes à une réforme globale du système monétaire, dans lequel on sait déjà que l’or jouera un rôle essentiel.

De nombreux analystes ont fait savoir Urbi et Orbi que la bulle de l’or allait éclater et que les cours allaient s’effondrer. L’attaque violente de fin avril avait pour objectif de faire lâcher les mains faibles et en même temps de permettre aux banques de vendre leurs shorts pour passer long avant la prochaine hausse de l’or. Les Bullion Banks ont réussi à sortir de leurs positions de vente à découvert. Elles ont diminué leurs “short” sur l’or de 75% et de 83% sur l’argent. Ce sont désormais les hedge funds qui ont pris le mistigri, espérant tirer profit d’un deuxième raid sur les métaux précieux.

Si, d’une manière ou d’une autre, un nouveau point bas sur les métaux était “organisé”, la différence entre prix du papier et prix du physique devrait encore s’agrandir. Le short squeeze (pénurie sur le physique) devrait être plus flagrant encore que celui dévoilé en mai, qui a amené la faillite du HKMEX.

Lors de la fermeture de la place de Hong Kong, beaucoup d’investisseurs, qui croyaient détenir du métal réel, se sont retrouvés avec un simple chèque. Combien de ces lingots, qui n’ont pas été livrés, étaient la garantie de prêts de banques chinoises ?…

Comme il y a eu depuis quelques mois une ruée vers l’or physique, assiste-t-on à une ruée vers le cuivre physique réellement détenu ?

Est-ce que les banques chinoises demandent cette livraison d’une ampleur exceptionnelle parce qu’elles pressentent un effondrement systémique imminent ? Ou la chute d’un marché plus gros que le HKMEX ?

Ceux qui comprennent qu’il vaut mieux avoir une pièce d’or ou d’argent dans sa poche, plutôt qu’un compte garni dans une banque en déconfiture, peuvent comprendre le raisonnement que je prête aux Chinois.

La grande dévaluation
Le point bas attendu sur les métaux précieux avant une nouvelle jambe de hausse n’est qu’une façon politiquement correcte de parler du chant du cygne des monnaies fiduciaires. Ce n’est jamais l’or qui monte, mais la valeur des monnaies qui baisse. Ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle jambe de hausse des métaux précieux n’est qu’une nouvelle gigantesque dévaluation monétaire. Celle-ci est programmée et chacun en cherche les signes précurseurs :

  • La baisse massive des positions shorts des Bullion Banks vous dit qu’elle est extrêmement proche.

  • La ruée sur l’or physique des Chinois est un autre signe.

  • Les demandes de livraison de cuivre pourraient être, à cet égard, un autre canari dans la mine…

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Cyrille Jubert

Entrepreneur avec deux entreprises fructueuses créées à son actif en 1984 et en 1993, Cyrille Jubert tient depuis 2008 un blog sur l'actualité économique et les métaux précieux.

Il est l'auteur d'une Histoire de l'Argent, étude historique et géopolitique de ce métal. Pour acheter le livre ou le e-book suivez ce lien

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