Depuis les sommets de l’an passé, le cuivre a perdu près des deux tiers de sa valeur. Les stocks dépassent désormais le demi-million de tonnes auprès du London Metals Exchange, et tout le monde semble se dire que le massacre ne fait que commencer.
Tout le monde ? Non ! Car le prix du cuivre dépend d’un petit groupe d’initiés aux intérêts bien compris…
Pour mieux comprendre, allons regarder au-delà des écrans de fumée.
Une situation due à la crise du crédit plus qu’à la demande réelle
En temps normal, maintenir un inventaire de cuivre hors marché est moins cher à financer qu’un entreposage au London Metals Exchange (LME). Mais nombre de financements octroyés par des banques n’ont pas été renouvelés, les prêteurs d’hier se retrouvant aujourd’hui en situation de quasi-faillite. Ainsi, d’importantes quantités de cuivre ont été déversées auprès du LME, causant la dilatation des stocks que l’on a constatée.
La Chine, encore et toujours
Depuis la mi-décembre, la Chine s’est mise à acheter des contrats à terme sur le cuivre mais dont la livraison ne démarre pas avant mars. Le Céleste Empire joue serré, car les entrepôts de Shanghai ne disposent plus que de 30 000 tonnes de ce métal, l’équivalent de ce que le pays consomme en deux à trois jours.
Reflétant cette situation d’extrême tension, les contrats à terme chinois sur le cuivre s’échangent actuellement 20% plus cher que leur homologue britannique. De plus, l’accès au cuivre recyclé s’est considérablement asséché dans l’Empire du Milieu.
Un match serré entre la Chine et les CTA : ils font le prix du cuivre
Les inventaires asiatiques du London Metals Exchange ont déjà commencé à décliner, tandis que les “cancelled warrants” (stocks vendus mais encore physiquement dans l’inventaire) sont en augmentation. Dans cet environnement explosif, les Commodity Trading Advisors (CTA) et la Chine bataillent ferme pour défendre leurs intérêts.
Il ne s’agit pas à proprement parler d’un face-à-face, puisque seule une partie, tant des contraintes que des objectifs de ces deux poids lourds du marché, s’oppose.
Les Chinois veulent acheter leur cuivre à vil prix, et pour eux il serait idéal que le coût du métal n’oscille pas trop.
De l’autre côté, des performances positives pour les CTA ne sont quasiment possibles que si la volatilité se maintient. En d’autres termes : ces derniers ont intérêt à ce que les prix du cuivre s’effondrent, ou alors à ce qu’ils rebondissent violemment.
Sur lequel de ces deux chevaux parier ?
Pour les amateurs d’émotions fortes — préférant personnellement une attitude neutre au marché -, je propose une pièce en trois actes. Selon votre propre situation, vous pourrez l’interpréter soit comme une oeuvre dramatique — pour votre situation patrimoniale -, soit comme une symphonie héroïque.
Dans un premier temps, violent rebond (de l’ordre de +20%) du prix du cuivre exprimé en dollars. Les Commodity Trading Advisors gagnent la première manche et publient de belles performances à fin avril 2009 ; les plus téméraires, usant d’un levier de cinq fois ou plus, doublent en moins de deux mois l’argent qui leur est confié.
Le panda chinois lèche ses plaies, qui ne sont pas trop profondes, puisque le cuivre coûterait encore, à deux dollars la livre, moins de deux fois moins qu’au printemps 2008.
Pour la deuxième étape, le pays de Mao reprend le combat : la volatilité sur le cuivre baisse, les prix se stabilisent ou se dégonflent doucement, à la faveur d’une économie mondiale exécrable. Les spéculateurs algorithmiques reperdent la moitié des profits engrangés récemment et s’entre-déchirent.
Troisième et dernier acte : le Chinois, dont l’esprit est fin, décide de changer son fusil d’épaule. Plutôt que de se fatiguer à batailler contre les spéculateurs, la République populaire surachète le cuivre, de manière à compenser une éventuelle cherté future du métal par des gains financiers.
Une nouvelle alliance sacrée naît alors pour un temps : celle des CTA et de la Chine, tous deux haussiers
Bien qu’il soit téméraire de parler d’explosion des prix tandis que l’économie mondiale s’effondre, le cuivre devrait alors très bien se comporter, du moins en termes relatifs. Les adeptes du market neutral profitent alors de cette surperformance, sans exposition nette au marché.
Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur le site Le Coin des Insiders.

