Aujourd’hui, j’ai décidé de laisser de côté, provisoirement, la situation européenne qui s’enlise inexorablement vers un défaut de la Grèce. L’inquiétude du lobby des vendeurs de CDS, qui devraient rembourser des sommes astronomiques en cas de défaut, n’est pas le moindre des indices qui me font anticiper ce scénario. Selon moi, défaut il y aura, maquillé ou pas.
Je voudrais, cher lecteur, me pencher aujourd’hui sur le cas du Japon.
Une économie vouée à l’exportation
Mercredi dernier, le Japon a publié son premier déficit commercial depuis les années 1980, à -25,4 milliards d’euros.
L’économie japonaise entière repose sur le dynamisme de ses exportations qui, jusqu’alors, venaient combler une situation domestique tendue.
Le déficit du Japon s’élève aujourd’hui à plus de 200% de son PIB, bien au-delà des 180% grec et consorts.
Pourquoi, me direz-vous, le Japon ne fait pas face aux mêmes problèmes que les surendettés européens ?
Quelques éléments de réponse…
Un modèle démographique en danger
La dette japonaise est détenue, selon les derniers chiffres, à 94% par des créanciers japonais.
En effet, l’épargne domestique a contribué au financement de la dette gigantesque qu’a cumulé le pays, avec une bienveillance intéressée des Américains qui ont pris leur part du gâteau. Car le Japon est l’un des principaux créanciers des Etats-Unis.
Jusque-là, pas de problème. Le patriotisme économique à la japonaise fonctionnait parfaitement et l’excédent commercial pesait favorablement dans les rapports internationaux.
Toutefois, les épargnants nippons arrivent désormais à l’âge de la retraite. Or qui dit retraite, dit besoin de liquidités.
Le taux d’épargne en baisse continue
Par conséquent, le taux d’épargne, force vive du Japon, qui culminait à plus de 15% par foyer dans les années 80, n’a cessé de diminuer pour atteindre moins de 2% récemment.
Ce phénomène a ainsi augmenté la dépendance aux créanciers étrangers. En 2011, les achats de dette par des non-Japonais ont plus que doublé par rapport à 2010.
Pourtant, les taux restent bas et permettent au Japon de se financer plus que correctement malgré l’endettement record.
Etrange ? Pas tellement.
La dette japonaise, un vecteur de diversification
Mercredi dernier, à l’instar de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, la dette nipponne a attiré près de six fois les montants prévus avec des taux en baisse.
Car malgré des problèmes structuraux et une dette colossale, le Japon et sa force exportatrice rassurent et attirent les capitaux qui fuient la zone euro.
Selon plusieurs gérants, les dégradations européennes ont ranimé l’attrait des investisseurs pour la dette japonaise. Désormais, l’objectif est de diversifier les investissements afin de réduire l’exposition à la zone euro.
Cela permet donc au Japon de faire encore illusion. Toutefois cette forte demande pour les titres japonais attise également la hausse d’un yen déjà très fort.
Plus dure sera la chute…
Une bulle est sans doute tranquillement en train de se former.
Le Japon souffre de trois maux :
- La baisse de la demande en zone euro et aux Etats-Unis
- Des troubles politiques et météorologiques de ses partenaires asiatiques
- L’aggravation de son déficit commercial suite à l’arrêt des centrales nucléaires. Cet arrêt a obligé le pays à importer de plus en plus d’énergie
Ce dernier déséquilibre risque de persister plusieurs années alors que la concurrence fait rage sur les produits à valeur ajoutée exportés par le Japon.
Ajouté à cela un problème démographique majeur et une restructuration de la société nipponne nécessaire, et vous avez déjà le terreau d’une nouvelle crise.
Après la déflation, l’inflation !
Et après avoir lutté pendant des décennies contre la déflation avec des taux bas, le recours à l’importation de plus en plus importante devrait entraîner un regain d’inflation.
La hausse du yen, mécaniquement entretenue par le besoin de financement étranger, pénalise en même temps les exportations, et donc le déficit commercial. Si pour le moment le système survit, le moment approche où comme les Grecs, les Japonais devront payer l’addition.
Surveillez bien la courbe des taux des obligations japonaises. Quand les investisseurs se rendront compte que pour fuir la zone euro, ils sautent dans un navire en plus mauvais état, la récréation sera définitivement finie pour les Japonais.
La Banque du Japon, votre meilleure alliée
Comme déjà expliqué lors d’un précédent article, l’évolution du yen est fréquemment perturbée par des interventions massives de la banque centrale qui veut défendre la compétitivité de sa devise.
Ainsi, après l’annonce de ce déficit historique et la récente remontée de l’euro, je m’attends à un nouveau mouvement des autorités pour amplifier le repli du yen.
Graphique quotidien de l’euro face au yen
Cliquez sur le graphique pour l’agrandir
Alors que la paire de devises EUR/JPY rebondit vers une zone clé de résistance à 102,60 yens, un coup de pouce de la BoJ (Bank of Japan) pourrait provoquer la cassure de cette zone et déclencher une vague de stop.
Un tel mouvement amènerait la paire à tester les 104,90 puis 107,90 yens pour 1 euro.


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[...] une nouvelle fois sur le cas du yen japonais qui a connu, comme je l’anticipais dans mon article du 31 janvier 2012, une forte [...]
16 mar 20125:21